Un homme clé parmi des Libyens chargés d'épauler les insurgés syriens : Adem Kikli est un proche d'Abdelhakim Belhaj, l'ancien djihadiste devenu gouverneur militaire de Tripoli. PDF Print E-mail
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Written by Edith Bouvier   
Sunday, 25 December 2011 18:18
Mis à jour le 23/12/2011 à 19:04 | publié le 23/12/2011 à 15:51 
Deux membres de l'Armée syrienne libre, le 15 décembre, dans la province d'Idlib, près de la frontière avec la Turquie.
Deux membres de l'Armée syrienne libre, le 15 décembre, dans la province d'Idlib, près de la frontière avec la Turquie. Crédits photo : SEZAYI ERKEN/AFP

Notre envoyée spéciale s'est infiltrée en Syrie avec trois émissaires de Tripoli.

Les trois hommes sont discrets. Leurs grands sacs à dos, apparemment, ne transportent que des appareils photos et des vêtements. «Nous sommes obligés de dire que nous sommes Tunisiens, que nous travaillons pour une association humanitaire. Si jamais on se faisait arrêter, ce serait une victoire pour les autorités syriennes, mais ce serait l'horreur pour nous, Libyens.»

Adem Kikli est un proche d'Abdelhakim Belhaj, l'ancien djihadiste devenu gouverneur militaire de Tripoli. Il sort une paire de jumelles de son étui et scrute au loin les chars de l'armée du régime. Petit, brun, le regard déterminé, Adem parle un anglais parfait, mâtiné d'accent du nord de l'Angleterre.

«J'ai fui la Libye dans les années 1990, pour échapper à la folie de Kadhafi et à ses violences, raconte-t-il. Je me suis réfugié en Angleterre, à Manchester, j'y ai fondé une famille. Mais quand la guerre a démarré en Libye, je suis rentré. Il fallait que je sois aux côtés des miens. Comme il faut que je sois aux côtés des Syriens aujourd'hui pour les aider, partager nos expériences et continuer la lutte.»

Accueil chaleureux

À ses côtés, Fouad, qui semble être un garde du corps, reste silencieux. Les yeux baissés, il récite des versets du Coran et plonge son regard vers les collines en face de nous. Le chauffeur les montre du doigt: «C'est la Syrie, à quelques centaines de mètres d'ici.» Le silence se fait dans le camion qui fait passer notre petit groupe en territoire syrien.

De l'autre côté de la frontière, l'accueil est chaleureux. Tous se précipitent pour serrer la main des combattants libyens. Une réunion s'improvise dans le salon d'un des membres de l'Armée libre. En pénétrant dans la pièce, tous se déchaussent, déposent leurs armes sur le tapis, avant de s'asseoir autour du poêle. Quelques kalachnikovs, plusieurs revolvers 9 mm et des grenades. «C'est tout ce que vous avez? Il va falloir s'organiser, lance Adem. Il vous faut bien plus. Nous sommes en train de mettre en place des collectes d'armes en Libye. Une fois que ce sera fait, nous devrons trouver un moyen de les acheminer jusqu'ici. Votre combat ne fera pas long feu avec aussi peu de munitions.»

Téléphones satellite

Plus d'une cinquantaine d'hommes sont rassemblés, des officiers et des soldats, tous mélangés, tous silencieux. Abdel Mehdi al-Harati, qui commandait la Brigade de Tripoli lors de la prise de la capitale libyenne, déboutonne son gilet à rayures, attrape une kalachnikov et reprend.

«Il faut que vous compreniez bien que pour nous aussi la révolution a été longue et difficile. Au départ, il a fallu voler des armes aux forces de Kadhafi. L'armée nous semblait tellement puissante.» L'homme se baisse et fouille dans son sac à dos. Il en sort plusieurs étuis de talkie-walkie, des téléphones satellitaires Thuraya, ainsi que trois paires de jumelles. «Allah Akbar», s'écrie un combattant syrien.

«Maintenant que la Libye est à nos côtés, nous allons pouvoir nous battre. Nous ne sommes plus seuls. Shebabs! («les jeunes», comme se désignent tous les combattants), redressez la tête, la victoire est encore possible, la Ligue arabe nous a abandonnés, mais la Libye est là!»

Les hommes prient, tous ensemble. Syriens et Libyens, têtes baissées, récitent les mêmes versets, partagent les mêmes peurs. «Quand le jour est venu de faire tomber Tripoli, j'ai réalisé l'immensité du chemin parcouru depuis les premières batailles dans l'Est libyen. Bientôt, vous aussi, vous marcherez sur Damas, affirme Abdel Mehdi. Il faut davantage de cohésion entre les différents bataillons de martyrs, que vous communiquiez mieux. Ce n'est que notre première expédition ici, la prochaine fois, nous vous apporterons davantage de matériel. Nous n'avons plus besoin de tout ça en Libye.»

Photos souvenirs

Adem entreprend d'expliquer le fonctionnement d'une paire de jumelles à visée nocturne. Le manuel d'utilisation des talkies-walkies est en chinois et en anglais, mais pas en arabe. Les hommes rient en tentant de déchiffrer quelques mots. «Il faut que vous pensiez à changer vos fréquences très régulièrement. En fait, il vous faut devenir aussi méthodiques que l'armée du régime. Vous n'êtes pas là uniquement pour protéger la population, vous êtes aussi là pour faire la guerre.»

Tous ont le regard décidé, convaincu. C'est le moment des photos souvenirs: les Libyens sont là depuis presque une semaine, il leur faut rentrer en Turquie. Les Syriens attendront leurs prochains envois avec espoir.

http://www.lefigaro.fr/international/2011/12/23/01003-20111223ARTFIG00350-des-libyens-epaulent-les-insurges-syriens.php

 

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