Au temps passé Par Lorens Dietrichson PDF Print E-mail
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Written by Lorens Dietrichson   
Sunday, 04 November 2012 10:49
          En automne 1863, je devins professeur d’une des filles d’Alexandre Herzen[1]. Pour remédier au mauvais état de mes finances, je me suis procuré une place de précepteur à côté de mes occupations de secrétaire de consulat, de bibliothécaire et de correspondant. En ce temps, il y avait à Rome, un peintre allemand qui cherchait un professeur pour son fils et une dame à qui l’on avait confié l’éducation de deux jeunes filles. On m’engagea comme professeur du petit garçon et de la plus jeune des fillettes. La dame en question était une personne exceptionnellement intéressante et plus tard, elle se fit un nom dans la littérature allemande, comme auteur des célèbres Mémoires d’une Idéaliste. Elle s’appelait Malwida von Meysenburg. Alexandre Herzen lui avait confié en 1860 ses deux filles dont l’aînée Natalie était déjà grande et la plus jeune avait environ 11 ans. Pendant 2 ans à peu près, j’ai été engagé chez Malwida à Rome comme professeur de la petite Olga Hersen. Alexandre Hersen lui-même n’était jamais venu à Rome, je ne l’avais jamais vu, quoique je reçusse plus d’une instruction au sujet de l’éducation de sa fille. La première instruction consistait en ce qu’on ne devait pas faire aucune pression religieuse sur l’enfant, en même temps que, cela va de soi, il ne fallait pas non plus étouffer l’évolution religieuse de sa pensée. Mais on ne devait l’influencer d’aucune sorte pour l’une ou l’autre confession, pour l’un ou l’autre dogme. Ce n’était pas une tâche très facile pour moi, car je possédais moi-même une conviction religieuse assez prononcée. Je respectais ce désir et je me donnais consciencieusement beaucoup de peine pour l’accomplir. Ce désir avait ce sens que la jeune fille, une fois grande, si elle le désirait elle-même, pourrait se choisir une religion selon sa propre conviction.
      Mais l’élan religieux est tellement profond dans l’âme humaine, que ni la prévoyance de son père, ni sa probité scrupuleuse à cet égard, ne purent empêcher l’enfant de se créer très tôt sa propre et primitive idée religieuse.
      Un été toute la famille était à Capri. Le peintre allemand dont il a été question et son fils qui partageait les études avec Olga étaient aussi là-bas. Un soir, on remarqua l’absence des enfants et comme, en Italie, on[2]..de rester à l’air quand le soleil se couche de peur d’attaquer des fièvres, on envoya quelqu’un en toute hâte pour les chercher. Après plusieurs recherches infructueuses, on les retrouva enfin au sommet du pic de Capri, là où est situé un des 12 palais de Tiberius et une caverne de Mithras qui marquait l’emplacement de l’adoration antique du soleil. Ici, la petite Russe avait persuadé son camarade de s’agenouiller et de se tourner vers le soleil couchant, elle adressait avec lui une prière de sa propre composition au soleil qui se plongeait dans les ondes de la Méditerranée. L’adoration du soleil, le culte de Mithras furent ainsi la première religion qu’elle s’était choisie et exatement à l’endroit où était attaché le souvenir de l’adoration du soleil des temps antiques.
      Olga était une enfant des plus délicates et des plus aimables qu’on puisse s’imaginer, d’une grâce de fée, bien dotée par la nature, elle était fort intelligente. Il est superflu de dire qu’elle possédait un talent extraordinaire pour les langues, comme tous les Slaves. A l’âge de 11 à 12 ans, elle possédait à la perfection 4 ou 5 langues : français, allemand, anglais, italien et russe. Je fis la découverte étonnante qu’elle n’avait pas étudié ces langues méthodiquement, mais qu’elle les appliquait à divers usages. Ainsi, comme je m’en souviens, elle calculait de préférence en anglais, tandis qu’elle soutenait une conversation légère de préférence en français et aimait raconter en allemand. C’était une grande joie de voir comme l’enfant se transformait en une magnifique jeune fille, quoique sa nature délicate et fine, sensible à l’excès, rende ma tâche très pénible. Surtout parce qu’une branche, notamment l’arithmétique, était très difficile pour elle et la moindre observation l’atteignait profondément. Je me fais maintenant des reproches que j’ai souvent blessé cet esprit délicat dans mon impatience juvénile. Je pense quand même qu’elle m’a pardonné et j’ose espérer qu’elle a gardé un peu d’attachement pour son vieux professeur qu’elle n’a jamais revu. A peine ai-je écrit ces lignes, que je revis de nouveau mon ancienne élève, car elle vint à Rome juste avant mon départ de la ville. Oui, c’était un revoir !
      Elle habite maintenant Paris, épouse du célèbre savant d’histoire à la Sorbonne Monod. Si ces lignes tombent sous ses yeux, je lui envoie un salut chaleureux et cordial.   


[1] Olga est l’arrière grand-mère de Jacqueline Amphoux épouse Elsaleh. Deux articles sur ce site tracent quelques traits de son père Alexandre Herzen (NDLR) :

http://www.mlfcham.com/index.php?option=com_content&view=article&id=1321:amour-et-developpement-par-christian-b-amphoux-montpellier-aout-2012&catid=349:amour-et-developpement&Itemid=1841

http://www.mlfcham.com/index.php?option=com_content&view=article&id=187:herzen-dostoievski&catid=312:world&Itemid=1411

 

[2] Impossible à retranscrire

  

Last Updated on Wednesday, 07 November 2012 15:08
 

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