Syrie vivante complexe par Simone Lafleuriel-Zakri PDF Print E-mail
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Written by Simone Lafleuriel-Zakri   
Saturday, 01 December 2012 10:22
 2/10/2011   
Depuis quelques mois, la Syrie est entrée dans l’actualité de ce que, en Occident, on baptisa   les « printemps arabes ». Mais son cas ne souffre pas la comparaison ou l’amalgame et on  ne peut rien  comprendre à  son histoire  et aux  secousses  présentes sans  explications très particulières. Très hétérogène, le pays est connu pour sa  mosaïque d’ethnies, de religions et de modes de vie. Il est sous un régime politique aujourd’hui dominé par le Baath : un parti unique nationaliste, pan arabe et laïc, créé dans les années 1930 et resté,  ces  dernières  années, seul du genre dans le monde arabe pour cause de chute récente de l’Irak baathiste   à régime  se réclamant du chiisme musulman. Dans son  espace de Grande Syrie ou« Bilad Cham » restreint par les puissances mandataires de l’après guerre à la Syrie actuelle mais toujours au coeur d’une zone géostratégique très sensible, la singularité du pays fait  l’objet dans toutes les langues, d’innombrables études érudites. Mais peu sont de vulgarisation tant l’exercice est frustrant et difficile à condenser .

Une terre multimillénaire mais sous contrôle et ingérence récurrents



Tout en Syrie est   complexe et difficile à rendre en peu  de mots.  Et d’abord son histoire : millénaire et brûlante, le plus souvent tragique et sanglante : celle de la vaste aire du Bilad Cham dont l’actuelle Syrie n’est qu’une partie atrophiée, et de cette population très hétérogène, toutes  deux liées à l’ensemble de l’espace  régional oriental dont  elles constituent le coeur à la croisée de routes de tous les échanges et   encore, et à son corps défendant, liées à l'international. Le  territoire, lui, envahi régulièrement depuis environ dix mille ans et  toujours sous influence, fut et est encore très convoité.  Le pays  est de toutes les  évolutions et  de tous les bouleversements d’un monde qui  lui donne régulièrement des rendez-vous mortels qu’il  soit d’Orient ou d’Occident.  Les envahisseurs arrivèrent de partout et en tout   temps   :  envahisseurs   pharaoniques ou grecs, byzantins ou romains, turcs musulmans ou européens chrétiens en deux longs siècles au moins de présence, au temps de très sanglantes croisades, de la fin du 11e s. au règne des mamelouks succédant au dernier Ayyoubide et à la fin du  13ème s.

 A la suite de ce déclin,  le déferlement tragique  des Mongols  affaiblit toute la région et l’appauvrit  y compris par le massacre ou la déportation de ses habitants dont ses meilleurs artisans,  Il   prépara ainsi  mais  une fois repoussés,  le terrain au règne tout puissant des Ottomans. Ces Turcs laissèrent les lieux aux puissances mandataires   occidentales au cynique temps des mandats qui précèdent l’indépendance!

Mieux, ces mondes étrangers   choisirent le Bilad ash Cham pour terrain de leurs  affrontements très sanglants  et en firent  payer un prix  très fort à sa population  régulièrement massacrée, réduite en esclavage dans le passé (épisode tragique des croisades ou  très barbares invasions mongoles) ou aujourd’hui   comptable et tenue responsable du devenir   d’intérêts étrangers sécuritaires ou économiques qui la dépassent. Ainsi, l’ombre très menaçante pour l'indépendance et l’intégralité de la Syrie  de la découverte  d’importantes  poches de gaz plane désormais sur le devenir de toute la région côtière de la Méditerranée et s’étendant presque en sous sol  jusqu’à l’Euphrate. 


Il  est surprenant de constater   que ces  Syriens déjà  si  différents entre eux, furent en permanence, durant des siècles et sans en tirer de grands bénéfices, rattachés en continu  au destin très chaotique de l’humanité. Et ils le sont de nouveau !  Ils se voulaient pourtant un seul peuple et  ensemble, dans ce pays aux frontières délimitées par la force et  par des étrangers ! Les ondes des chocs récurrents qui secouent notre monde n’ont jamais  manqué  de se propager  à travers le vaste espace jusqu’à cette  petite Syrie en apparence si modeste. Elles ne manquèrent jamais   de l’ébranler et de l’impliquer y compris dans ses avatars les plus  hasardeux et dramatiques : l’exemple récent étant  la création par les puissances  européennes  de l’Etat d’Israël sur le territoire du Bilad ash Cham.  Victorieuses, ces puissances disposèrent et découpèrent   à leur seul gré  mais comme le reste de  la planète,  les  régions du proche et moyen Orient sur les routes menant aux empires puis  devenues  pétrolières et donc aujourd’hui surtout gazières.  Elles  modelèrent donc le Bilad ash Cham. Elles y découpèrent une petite Syrie, sans se soucier des  fatales conséquences  de leurs  décisions. Ce sont   pourtant et de nouveau, les raisons  majeures du chaos actuel en ces temps de crise violente.  Elles    doivent sans aucun doute   entrer dans ses  véritables explications. L’une est par exemple    que la Syrie baathiste n’a  jamais ménagé son appui à la cause palestinienne, a sans cesse affirmé cet appui, s’est  rapprochée, poussée vers  l’Iran chiite  par les  manigances  des  Occidentaux.  Une autre  est   que le pays  n’a eu de cesse, depuis les luttes d’indépendance des  années 20, de dénoncer et de combattre  ces ingérences  étrangères et leurs manoeuvres déstabilisantes y compris en Palestine et par  d’inévitables ricochets, dans toute l’aire orientale.


Du grand Bilad ash Cham à la petite Syrie d’aujourd’hui : un pays  aux frontières  sensibles.



Située sur la plus orientale des rives de la Méditerranée, la Syrie a des   frontières   sensibles qui la séparent de pays tout aussi complexes. Elle  partage sa très longue histoire le plus souvent  tragique  avec l’Irak : pays  arabe longtemps le frère ennemi tant au temps des Abbassides qu’à celui très récent du Baath irakien. Son tragique sort récent glaça d’effroi ses voisins syriens qui accueillirent  des milliers de réfugiés . Aux premiers événements du « dit Printemps arabe » ainsi  baptisé  par ce ex mandataires français heureux  d’annoncer leur retour en Orient,    nombre de Syriens ont aussitôt  craint   de connaître le même sort.  Et c’est ce qui se fait !  A l’époque, ces  exilés irakiens rejoignaient en Syrie et dans leur infortune, quelque 300.000 Palestiniens  expulsés  à partir de 1945 et   des Libanais  fuyant dans les années 80 conflits internes et guerres successives.


Une  longue  frontière de 800 kilomètres sépare la Syrie  d’une  Turquie musulmane qui, de Byzance  à l’empire ottoman, fut omniprésente en Syrie.  Elle semblait redevenir  pourtant   ces temps derniers son partenaire privilégié et de  tout le monde arabe, au point de faire croire  aux plus clairvoyants et pessimistes   à un retour des «  Jeunes Turcs ». D’autres   y voyaient  et pour toute la région,  un modèle possible de développement compatible avec l’islam religion majoritaire d’une vaste aire asiatique jusqu'à la Chine. Il faut aujourd’hui pour se  retrouver dans certains  événenements   reprendre certains  faits de ce temps  des mandats : le français mais là aussi le très anglais :   deux puissances en constante rivalité sur le terrain ! La frontière syro-turque est d’autant  plus sensible qu’elle fut tracée par  des accords entre la puissance turque et une France mandataire  en infériorité, à l’aube d’une nouvelle guerre et confrontée aux exigences d’une Angleterre lucide et plus intéressée par les parties pétrolières (Mossoul).  D' âpres marchandages avec le chef des Jeunes turcs : Mustapha Kemal aboutit à ce que  la Turquie exige de la puissance mandataire française très velléitaire, en plus du Hatay, au nord ouest du pays -  région d’Alexandrette –Iskanderun)-   le contrôle militaire  d’une bande intérieure syrienne profonde d’une dizaine de kilomètres  et  allant vers le nord sur  800kms de long.  La Syrie sous mandat   n’avait     le droit que d’y déployer sa police. Ce qui expliquerait  en ces jours d’accord turco-français sur le dos syrien, bien des  déclarations  troublantes. Par exemple cette récurrente allusion    française de droite sarkozyste comme de gauche socialiste,  à définir en Syrie,  un couloir démilitarisé ( !). Il serait dans cette zone   pour   raisons humanitaires  habituellement utilisées mais pourrait avoir d’autres utilités moins avouables, pour le régime turc actuel très demandeur envers ses nouveaux alliés et  qui joue de ses nouvelles amitiés à l’ouest. Elles viseraient  les Kurdes mais peut être plus, y compris le contrôle des    régions du nord syriens –une partie de la Jéziré - où s’étaient installées  après un génocide  et un exil qui  frappa aussi chrétiens syriaques et tribus arabes,    ces populations non turcophones chassées autrefois de l’est turc !  Reste   une frontière fragile  avec  la royale Jordanie toujours pour le moment sous l’aile occidentale, et en partie bédouine et palestinienne plus  une frontière  encore plus sensible   avec le Liban détaché du Bilad ash Cham  après de sanglants et douloureux événements  du temps   des Etats du  Levant sous  Mandat français  et comme    la partie palestinienne, elle, sous mandat britannique.
Un Liban indépendant certes et sur le papier mais comme  la Syrie   victime de  tous ces orages qui  dévastent régulièrement la région.  Reste   enfin   une frontière    avec  Israël :  pays lui, créé  sur la partie sud-ouest du Bilad ash Cham, et qui jusqu’à aujourd’hui, occupe le fertile Golan syrien avec une   population   qui combat avec courage une occupation qui   s’aggrave. Ces frontières  tracés à la règle, faisaient   fi des relations et de réseaux d’échanges séculaires qui assuraient la survie de ces populations. Artificielles, très  poreuses, séparant arbitrairement des populations qui sont toujours solidaires des deux côtés de ces lignes tirées au  cordeau, elles divisent toujours les familles  et les privent de leurs terres ancestrales. Elles  leur imposent des allégeances ou des fidélités qui les  troublent, en mirent et mettent ces temps, d’autres groupes  ethniques ou religieux en grand danger.  Enfin, ces frontières  sont des   zones de non droit soumises à des pouvoirs locaux traditionnels qui règnent des deux côtés, y imposent leurs lois, et une co-existence avec le pouvoir central  très souvent monnayée ou marchandée. Ces régions sont au cœur de tous les échanges : de ceux mythiques de la soie et  de  biens divers, mais encore hélas  d’armes  pour les conflits  internes ou externes  dans les pays frontaliers dont l’Irak et le Liban. Les grandes routes de ces échanges  traversent  la Syrie traditionnellement  dans cette active aire de passage : nord –sud  soit  Occident-Orient et, d’est en ouest,  via le désert vers le littoral. Elles y ont leurs étapes non plus caravanières, mais motorisées et internationales et des centres commerciaux  très actifs et modernes. Certaines de ces régions éloignées du pouvoir central sont entrées  en contestation  très médiatisée.    Cela arrange bien  des affaires  aux buts des  moins avouables. Certaines villes, villages ou quartiers  à la périphérie des  centres historiques    sont  notoirement connus de tous pour leurs trafics habituels  y compris du petit peuple y compris pour les clans tribaux pauvres, déclassés et marginalisés, et en partie mal sédentarisés  à la lisère des zones rurales.   Pour  une   minorité,  elle y   trouvait et y trouve  aujourd’hui  une forme de survie.  Mais la majorité des Syriens   déplorait et   déplore la renaissance  et  l’existence de ces marchés noirs, en  subit les conséquences et complique leurs activités légales. Il était   dangereux   de mettre un terme ou de contrôler ces activités parallèles après tant d’existence millénaire ! Les quelques tentatives récentes d’avant crise comme celle de surveiller le trafic des frontières, et de  combattre la corruption ambiante qui en résulte en partie, sont encore    d’autres  raisons des problèmes  actuels. C’est en tout cas une des explications  courantes données par  ces  Syriens désabusés et impuissants.  

Des populations venues de tout horizon !

 

Une façade maritime modeste mais ouverte, des plaines fertiles, bien arrosées et peuplées depuis  toujours, une steppe sillonnée de routes marchandes au long cours,  firent  de la Syrie, et depuis  des millénaires, une terre d’abordage et de civilisation pour des vagues successives de populations diverses  tant par  leur origine que par leur religion. Elles accaparèrent le plus souvent par la force et au prix de terribles destructions et massacres,  le meilleur de  la  civilisation découverte. En retour, elles  donnèrent naissance  à de nouvelles formes de culture  toujours  plus riches et diversifiées. C’est ce qui se passa   en particulier  quand ces Occidentaux chrétiens  en route pour Jérusalem rêvèrent très vite de conquérir ce riche Orient.  Ils  s’y installèrent pour  des années  hélas le plus souvent sanglantes.  Cet Occident chrétien  ne renonça sans doute jamais à «  son Orient syrien » comme il ne cessa  jamais de se  donner au Bilad ash Cham des  droits  de regard, d’intervention et d’ingérence  : des « droits séculaires (!) qu’il justifia, mais comme par le passé, par  l’appartenance à la chrétienté. C’est sans doute encore le cas  aujourd’hui. Il n’est pas si loin le temps où  De Gaulle alors simple chef de bataillon justifiait notre rôle  dans ces « Etats du Levant »  par «  notre  rôle historique dans ces pays » !
Les Syriens, y compris  les plus humbles ne cessent de s’étonner  de l’intérêt persistant de l’Occident  pour leur pays. Ils s’en inquiètent au point de suivre  avec angoisse   la vie politique à Washington ou  à  Paris sachant d’expérience et avec raison que cela aura des conséquences inévitables sur le cours de leur vie.

Une multiplicité de  minorités ethniques et religieuses



Parallèlement à la  région côtière, la montagne s’élève, entaillée  de vallées profondes. Grâce à  son  relief escarpé, à toute  époque,  elle  fit obstacle aux envahisseurs et servit de refuge  à des minorités menacées ethniques ou religieuses. Des Ismaéliens ou la célèbre secte des Assassins et ces alaouites : des   chiites musulmans   mais  au destin singulier dont une  partie et une partie seulement tient aujourd’hui les rênes du pouvoir. Ce relief comme ceux du sud syrien assurèrent la permanence de croyances, cultures, langues -dont l’araméen-  et modes de vie originaux, toujours bien vivants mais de plus en plus  minoritaires et donc sur le qui vive.   Les Syriens  sont des trois confessions : juive une   infime minorité restante, une minorité  chrétienne relevant de  Byzance ou de Rome : grecs  orthodoxes multiples ou catholiques et   musulmane  majoritairement sunnite et  une minorité chiite mais également de plusieurs branches.  Jusqu’à ces derniers  temps, la coexistence en Syrie de toutes ces confessions et de toutes ces minorités semble remarquable.  Même si l’équilibre  peut paraître  fragile et assez  superficiel, il semble encore tenir bon mais peut  être déstabilisé   surtout  par les ingérences extérieures  habituelles occidentales  et aujourd’hui régionales dont les pays du Golfe pétroliers et gaziers;  n’acceptent guère une Syrie et un Orient qui  ne serait pas  taillé à leurs  mesures et au service  de leurs propres  intérêts. Diviser les communautés de la région,   les opposer pour mieux   régner et fragiliser   une aire de toutes les  ingérences était déjà la politique des  mandats ! L’esprit  en perdure  avec d’autres stratégies  et des acteurs  mieux équipés.      

Ruraux et citadins :   la co-existence

  
 

Il est courant de dire que le monde des   villes dont Damas au  sud et Alep au nord  et le monde des ruraux  et des bédouins   est    dans  une  opposition spécifique à  la Syrie. Elle  semble perdurer malgré les efforts de rapprochement  fait par le  parti baath   qui fit, dès le début de son pouvoir, un but  de fondre cette   société trop disparate et  à tout point de vue. C’est très vite perceptible pour l’observateur étranger; Le citadin syrien, qui semble plus riche même s’il s’en défend, continue d’ignorer ce monde rural et  bédouin qu’il côtoie rarement.  Il   le connaît mal au point d’avoir  peine  à localiser des villages proches. Tous deux   pouvaient se rencontrer  au moins en ville dans les centres commerciaux  traditionnels  des souks  et à la marge des quartiers organisés. La bourgeoisie,  ses classes aisées et même les plus cultivées, ne se rendent  presque jamais ( !) dans la ville ancienne ou dans les quartiers populaires  ! On  ne les voyait que peu   dans  ces zones  informelles, étendues,  abritant   des familles  très nombreuses  et grouillantes de vie. Les plus aisés   ignorent superbement l’existence de ces  zones tampons où  des ruraux se sont aussi installés tant bien que mal et qui ont pourtant  obtenu peu  à peu des autorités débordées par ces flux  dynamiques, les équipements  de  base   et même des immeubles de bons logements  à bas coût. Tous  y survivent et parfois  y prospèrent tout en y reproduisant   modes de vie et organisation   en clans . Ils  sont les  premiers aussi à avoir eu envie de participer à  ce qui leur paraît  peut être un basculement   radical, qui  leur fournirait  l’occasion ou d’une revanche ou d’un moyen  de s’imposer    dans la vie  politique. Ces  parties de la société  syrienne  semblaient désorganisées mais elles  ont leur propre mode de fonctionnement qui n’est pas sans moyens  de pression  y compris financiers .      
 

Il est plus qu’évident que le Syrien citadin marchand et importateur ou homme d’affaires, entrepreneur industriel régional ou à l’international ou  fonctionnaire et cadre divers n’a pas le goût de la  vie au champ et encore moins au désert. Il ne se réclame pas ou plus d’origines  bédouines comme dans les gens des pays du Golfe, et    le  monde paysan   lui reste étranger.  La contestation    actuelle s’annonça  et se développa   dans certains de ces centres ruraux, dont ceux du sud  les plus éloignés des grands centres de tous  les pouvoirs. Ces ruraux  étaient  plus solidaires et  toujours organisés     en clans  liés   aux communautés frontalières.  Il   leur était  sans doute aussi plus facile de se mobiliser. Les   citadins  découvrirent soudain et avec surprise la contestation  de  ces bourgs   souvent très important mais en proie  à de graves  avatars    climatiques  sévissant  surtout  aux marges du pays  mais  encore dans  la  majorité de bourgs  agricoles du centre syrien ! 
Il faut encore noter que les paysans soutenus par le régime, aux productions souvent subventionnées ne sont  pas   pauvres mais  les   familles doivent répartir les terres entre de  nombreux enfants. Attirés par des biens de consommation  des villes, ils  ont de  la peine à  suivre ce mode de vie qu’ils découvrent aussi par médias, canaux de  télévision multiples et faussement   occidentalisés  ou centres commerciaux à l’occidental  interposés.   

La ruralité syrienne  se déploie    dans tout le pays dans la plaine côtière  verdoyante, maraîchère et fruitière, dans la région nord et frontalière avec la Turquie  mais plutôt dans les plaines ou  plateaux  du centre et du nord-est   dont  la JJéziré -l’Ile, plaine de forme  triangulaire entre Tigre et Euphrate  et affluents : terre de coton et de céréales.  Depuis l’Antiquité, il s’y installa  des populations  très variées. Certaines, victimes  de  répressions  dans leurs  pays d’origine ou d’attaques d’autres peuples avaient été  forçées à l’exil en Syrie. La plus connue de ces migrations  résulte  de la déportation  des Arméniens au début du 20e siècle, vivant à  l’est de la Turquie alors ottomane et sous  pouvoir  Jeunes Turcs.  Le but turc était  entre autre, de vider des  populations considérées comme arabes ou acquises aux puissances mandataires car   chrétiennes des Arméniens, des chrétiens syriaques orthodoxes mais encore  des  bédouins (arabes), des Kurdes. Certaines de ces familles exilées dont des Syriaques, et parmi les plus aisées, devinrent de grands propriétaires  terriens cultivant cette  Jéziré le coton sur de vastes domaines. Nationalisées après  l’indépendance mais comme   les grandes  familles d’entrepreneurs et les  grands propriétaires féodaux syriens ces bourgeoisies  évincées du pouvoir dans les années 1960 post indépendance, s’exilèrent   au Liban, en Europe ou en Amérique.  Eduqués en Occident,   leurs enfants espèrent revenir au pouvoir. ils s’estiment  rompus à des modes de vie et  sont initiés et formés  à des modes de pensées plus conformes aux exigences modernes. C’est  sans doute le cas    pour quelques descendants  de   cette classe  des années pré et post indépendance  amère d’avoir été autrefois évincée de la vie économique et politique. Ils se sont le plus  souvent, installés dans les grandes capitales occidentales depuis longtemps,  tenus à l’écart des    évolutions tout  aussi complexes  de la nouvelle société syrienne !
 D’autres enfin  chrétiens ou musulmans  dont  des Alaouites sont  originaires de ce liwa ou   ex sandjak d’Alexandrette devenu en 1937 – le  Hatay turc -  c’était le débouché naturel sur la mer de la grande industrieuse et agricole cité syrienne d’ Alep. La  France le céda fin  juillet 1939, à la Turquie en échange d’un accord avec  Ankara de non intervention des Turcs dans le second conflit mondial qui s’annonçait. Nombre de  familles syriennes conservent précieusement leurs titres de propriétés en Turquie, gardent d’étroites relations familiales, parlent le turc.  Jusqu’à ces dernières années, la Syrie refusait d’accepter  cette amputation de son territoire national qu’elle  considérait comme provisoire. Une normalisation récente et des accords entre les deux pays avaient enfin ouvert les frontières. L’actualité  braque donc et de   nouveau ses projecteurs   sur cette   région frontalière sans expliquer l’extrême  complexité historique, géopolitique et à la fois ethnique  et religieuse  de la situation.

Syrie bédouine



La partie plus  extrême de cette société syrienne est sans doute la bédouine : chamelière sur de très grand parcours allant de l’Arabie  à l’Anatolie, ou pasteurs éleveurs de bovins et d’ovins sur des  parcours limitées,  aux nomades et cultivateurs à la marge du désert.  Ces tribus et sous clans  ont des rapports plus ou moins faciles avec les administrateurs   des centres urbains proches et décideurs des capitales qui gèrent leur vie. Mais même si citadins et bédouins semblent garder entre eux une distance,  ces « badous »  sont respectés.  Les décisions prises pour faciliter leur existence furent peut-être inappropriées mais souvent conseillées par des instances internationales qui, elles mêmes tâtonnaient dans la résolution  de problèmes spécifiques dont sécheresses récurrentes, puits et sources  surexploités, surpâturages, etc.  Ces populations semblent observer un modus vivendi avec  le pouvoir et la société des villes dont certains disent  avec malice  qu’ elle est, elle-même tribale  y compris dans ces plus  chics  quartiers.  Cela  semble juste tant l’ensemble de la société s’organise en communautés d’intérêt. Les chefs  bédouins  restés puissants  dans  l’espace nomade  sont  influents  dans  la politique   du pays.  Le régime  se doit  de s’assurer et de leur soutien et de leur fidélité.  Mais  par la fréquentation de dizaines d’années des structures  éducatives, administratives et religieuses, l’identité tribale de ces populations s’allie à l’identité nationale, à l’arabe mais encore à la musulmane.

Chiites et sunnites :   le nœud du problème



En  Syrie, les sunnites, très majoritaires, sont le plus souvent établis dans les villes et les riches plaines. Les   Kurdes   non arabes  et  communauté  importante, en Syrie du nord et en Djéziré, sont sunnites  même si certains   sont  zoroastriens. Les villes les réunissent, mais souvent  dans  leurs quartiers  et en communautés solidaires. Ils   gardent le contact avec les membres de leur clan même éloignés des  lieux d’origine.  Les chiites  sont environ 16% des   musulmans syriens, partisans d’Ali, cousin et gendre  de Mahomet lui  fondateur de l’islam     et   qui doit   perpétuer l’héritage de Mahomet.  D’Ali se réclament  aussi les duodécimains : une petite minorité en Syrie. S’y ajoutent  les Ismaéliens,les Druzes, dissidents des premiers  et surtout installés dans la région syrienne  frontalière de la Jordanie ;   les Nizari branche de Ismaéliens déjà cités dans les parties montagneuses du pays .La  population musulmane syrienne est en plein essor. Si la transition démographique est en marche encouragée d’ailleurs par le gouvernement  actuel, ce n’est pas facile. La famille  syrienne  reste  nombreuse  y compris  la  Kurde.  Les  minorités druze,   alaouite, et   chrétienne  (qui, elle de plus émigre ) s’affaiblissent. C’est un problème lourd pour le pays  d’accueillir, éduquer et former cette importante et très jeune population si  composite et lui trouver  de vrais emplois  en dehors de l’administration. Il convient encore de la garder unie alors que chaque  groupe s’ingénie à  donner à  ses propres jeunes  l’éducation et les mettre   à l’école de sa communauté ou de sa classe.

Les Alaouites :

 

Ce groupe fait l’actualité  et  pour   deux raisons au moins. Et d’abord leurs origine et religion. Connu  sous le nom d’alaouite que lui donna la puissance mandataire française, il est installé  sur la  côte  mais aussi  dans la chaîne de ces monts   bordant le rivage. D’origine sémitique, très  indépendant, il est  sans doute  descendant  d’un  agglomérat de tribus anciennes. Sédentarisé, il se replia dans la montagne  pour  échapper à de multiples persécutions de la part d’autres factions chiites dont les druzes et les ismaéliens. Rebelle  toujours, sous   domination ottomane ou sous mandat, il  refusa de se soumettre. La France  décida mais sans suite   à lui délimiter un territoire sous gouvernorat français. Ce fut, proclamé en juillet 1922 , « l’Etat des Alaouites » avec pour capitale Lattaquié sur la côte. Pourtant le   peuplement  de  leur région, mais comme partout en Syrie d’hier et d’aujourd’hui, ne fut jamais homogène.  Des  sunnites et des chrétiens peuplèrent majoritairement les  villes de la côte.   Les Alaouites  durent partager leurs collines  avec  des Ismaéliens, Tcherkesses, Arméniens et même des Crétois si l’on en croit les archives du temps du mandat. Majoritairement  agriculteurs, ils  étaient relégués sur des terres ingrates  et   le plus  souvent réduits  à l’état de serfs. Ils furent par les mandataires  enrôlés  et  comme  les druzes dans  l’armée.
 Les alaouites sont  hétérodoxes. Leur nom  fait   référence à Ali. Au XIe, siècle ils suivirent les prescriptions d’Ibn Nosaïr : un prédicateur irakien d’où leur   nom de Nosaïri que les Français du Mandat écartèrent pour celui d’ « alaouites ».  Ils sont souvent assimilés aux 25 millions d’Alévis de Turquie dont ils sont proches. Ce qui devrait poser problème aux orientations actuelles   du régime turc la dynastie alaouite régnante du Maroc n’a qu’une très lointaine relation. Elle  est sunnite. S’ils s’affirment  musulmans, les alaouites rejettent la charia. Esotériques comme les autres chiites : druzes ou ismaéliens, ils n’initient  que certains   garçons et sont tenus au  secret. Ils croient en un Dieu suprême en trois divinités  (mais  comme chez les Syro-phéniciens et  ont un livre sacré : le Coran. Ils respectent  tous les fondateurs de la religion. Leur    croyance   semble  être   aussi un syncrétisme de traditions spirituelles et prend  sans doute  sa source dans les  cultes antiques des Phéniciens de la côte  où les  ils étaient d’abord installés. Comme les Druzes et les Ismaéliens, ils croient à la résurrection des âmes  imparfaites   (métempsychose). Mais les alaouites ne sont pas tous d’accord concernant leurs cultes. Certains observent aussi les rites ésotériques de la religion d’origine et  du ciel, de la lune, du soleil et pour les Chaïbis de  l’air. Les garçons entraient dans l’armée pour changer de condition.  Leur organisation plus clanique que tribale subsiste  mais ces clans  souvent opposés et rivaux  sont soudés plus pour raison de solidarité et de pragmatisme  que d’attachement à leur origine et même à leurs croyances.Reste de la part de la majorité sunnite une certaine méfiance ou une méfiance certaine sans vraiment avoir été  avouée contre ces  alaouites. 

Mais aujourd’hui le rejet de ces chiites par certains extrémistes  musulmans très intolérants  s’affirme  de nouveau  et constitue pour cette minorité un  réel danger ! On ne connaît pas avec certitude aujourd’hui, l’importance de la population alaouite (sans doute11%).  En Syrie laïque, l’appartenance a une religion n’entre plus dans les statistiques. La  famille reste assez endogame ce qui    a pu  leur être défavorable comme l’adhérence au clan qui n’en fait pas des partenaires privilégiés par l’élite industrielle et marchande sunnite. Cette dernière   veille à garder la haute main sur l’économie du pays même quand elle tisse des liens avec ceux des  alaouites qui sont arrivés   au pouvoir.
L’axe  entretenu des   chiites alaouites  au pouvoir avec  l’Iran, le nouvel Irak  et les chiites libanais semble insupportable à l’axe sunnite rival et majoritaire qui se renforce aujourd’hui aux dépends de la Syrie. Cet axe privilégié par les puissances occidentales    va de la Turquie aux pays du Golfe. Les deux recouvrent  des axes  à fort  relents de gaz et de pétrole !

Le Baath et l’accession au pouvoir suprême 

 

L’ascension de la communauté alaouite se fait  vers 1930 sans que leur religion joue un rôle, et en raison de la participation de ses fondateurs aux luttes contre l’occupant ottoman et pour l’indépendance. Ils   sont de cette   élite  éduquée qui  se dit nationaliste et  adhère à  l’unité syrienne, participe aux  péripéties post mandataire de l’Etat syrien et à la création de ce parti Baath  nationaliste, arabe, socialiste et révolutionnaire qui regroupe des Syriens de toutes origines et confessions et supplante la bourgeoisie syrienne incapable de s’unir.  Né dans les années 1930, syro-irakien,  le Baath domine la vie politique syrienne à partir de 1963  alors que la Syrie va de coups d’Etats en guerres intestines, s’affronte avec Israël soutenu par les Occidentaux, se rapproche de l’URSS, s’allie ou divorce de l’Egypte de Nasser ou de l’Irak baathiste devenue ennemie. Au pouvoir et  dominé par divers leaders issus des luttes pour l’indépendance, le Baath  est repris en main en 1970 par un énième coup d’état mais   d’un alaouite : le général  Hafez al Assad, père de l’actuel président. Rappelons que les alaouites ne sont pas tous baathistes. Le nouveau régime s’entoure d’une  clientèle d’intérêts hors appartenance religieuse . Il  veut renforcer la classe moyenne du pays, fédérer l’ensemble des communautés dont les tribus et intégrer les minorités marginalisées.  Dès le début, il  s’oppose violemment aux Frères musulmans  hostiles, entre autre, à la conception laïque du Baath.  Et à l’extérieur, il s’affirme pro palestinien avec toutes les conséquences qu’il en découle pour la Syrie qui se voit rejeter dans « le clan du mal » honni des  grandes puissances occidentales et surtout des USA et Israël.

La population syrienne ne se réfère  plus  à ce parti vieilli, lourd, déconsidéré, dépassé et  qui n’arrive plus à encadrer la jeunesse.
 

Ces  dernières années,  la société syrienne et ses jeunes   se voulaient   unis, en un seul peuple. Ils      désiraient    gommer lerus  particularismes et n’être qu’un ensemble moderne de citoyens réclamant les mêmes droits  pour tous  par delà leurs confessions  ou origines. De nouvelles  classes d’affaires et d’entrepreneurs très actifs  travaillaient à l’international,  tiraient  la Syrie vers un modèle occidental « à la DubaÏ » qui laissait loin derrière elle  une bonne partie de la population, elle, sans    grand avenir :  salariés modestes, jeunes diplômés,   fonctionnaires, petits ruraux désorganisés, touchés par les aléas climatiques ou travaillant  de trop petits domaines.  Ces classes influentes proches du pouvoir tiennent à leurs  positions et réclament  leur part de pouvoir  dont une partie la plus musulmane    se sentait   écartée.

Depuis   les récents événements,  les   minorités, se sentent menacées, prises entre les luttes  entre opposants, une minorité et le pouvoir. Mais tous   redoutent  surtout  ces ingérences étrangères à la Syrie, agissant aux frontières et qui comme toujours sont   à l’ oeuvre pour  faire éclater le pays et tenter de réorganiser  toute cette  aire  à leur façon !
  

Simone Lafleuriel-Zakri
37, rue Washington, 75008 Paris
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Last Updated on Friday, 14 December 2012 10:40
 

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