La Problématique de l’identité : Débat autour de l’article de Christian Amphoux et de Ali El Saleh PDF Print E-mail
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Written by Amin Elsaleh, Jean François Maubert, Christian Amphoux, Ali Elsaleh   
Sunday, 24 March 2013 17:50

 

Vous pouvez trouver l’ensemble des contributions d'Amin Elsaleh sur le site academia à l’adresse:

https://independent.academia.edu/AminElsaleh

  La Problématique de l’identité

 Amin Elsaleh

 Il va falloir en ce début du 21ème siècle apporter une vision d'ensemble pour éviter un début de chaos qui s'installe partout dans le monde avec des liens rendus invisibles par l'obstination des uns et des autres. La sensibilisation apportée par cet article "révolution, idéologies et identité": est un 1er pas.J'espère recevoir bientôt d'autres contributions.

    http://www.mlfcham.com/index.php?option=com_content&view=article&id=1425:revolution-ideologies-et-identite-par-christian-amphoux&catid=349:amour-et-developpement&Itemid=1949 

Jean François Maubert
 
Remarquable analyse. Une petite objection cependant concernant l’extrémisme islamique en France. Puisque, ainsi que le dit très bien l'auteur, c'est l'identité qu'il convient de respecter; et en conséquence, tout en reconnaissant bien volontiers la grandeur de l'islam, il faut que les islamistes comprennent que la France n'est pas une terre d'islam, mais une terre chrétienne. C'est un fait qu'il convient de prendre en compte si l'on ne veut pas retomber dans les guerres civiles dans lesquelles le peuple français s'est trop souvent déchiré.
  

Christian Amphoux
 
Je reçois comme un compliment votre réaction à mon propos transmis par Amin El Saleh, et je vous en remercie. Mais je réagis à mon tour à votre affirmation : "la France n'est pas une terre d'islam, mais une terre chrétienne". Bien sûr, vous avez raison, ce n'est pas "une terre d'islam" ; mais tout autant, ce n'est pas "une terre chrétienne" ! La France n'est pas et n'a jamais été une terre chrétienne ; elle a été une partie de son histoire "soumise à la catholicité", ce qui n'est pas du tout la même chose et ne lui donne pas vocation à devenir une terre chrétienne ni même à demeurer majoritairement chrétienne. Mes ancêtres chrétiens, des paysans d'un petit village du Gard (Beauvoisin), ont été opprimés pendant un siècle (1685-1787), pour la simple raison que par identité ils avaient fait le choix de la fidélité à la religion de leurs ancêtres, chrétiens  réformés... Et l'édit de tolérance qui les a libérés de cette oppression l'a fait au nom d'un idéal humaniste et non chrétien.
 
La France a donc vocation, depuis la Révolution française, à être un pays humaniste, à mettre au-dessus de toutes les autres valeurs le respect de la dignité humaine, par le chemin de sa devise, "Liberté, Egalité, Fraternité". Elle a convaincu d'autres nations en Europe de la rejoindre dans cet idéal humaniste, et c'est sur cette base qu'a été écrite la Charte européenne des Droits de l'homme, qui ne fait aucune référence à Dieu, malgré les pressions pour qu'elle le fasse.
 
Je pense, cela dit, que nous avons la même idée, et que vous avez dit "terre chrétienne" dans le sens de "terre humaniste", parce qu'aujourd'hui, mais depuis très peu de temps, disons moins de cinquante ans, le christianisme s'exprime majoritairement pour défendre les valeurs humanistes ; mais les intégristes chrétiens, protestants ou catholiques, défendent encore de toutes autres valeurs.
Et ces autres valeurs ne sont pas soutenues que par des chrétiens, mais par toutes sortes d'idéologies. 
Je pense que la majorité des musulmans, en France, sont d'accord avec cet idéal humaniste et qu'ils ont leur place en France au même titre que ceux qui sont d'origine ou de confession chrétienne. La France se distingue en ne comptant plus ses ressortissants par ethnie ni par confession religieuse, mais seulement par les catégories très surveillées des "quotas" : âges, professions, régions...
 
Au plaisir de poursuive éventuellement cette discussion avec vous.
 

Jean françois Maubert
 
Merci de répondre à la remarque très brève que j'ai pu faire sur votre texte qui apporte un éclairage très intéressant en mettant en avant l'identité des peuples. Ma réaction, vous avez raison, est un compliment pour la qualité de votre article, compliment que je vous réitère bien volontiers en m'adressant directement à vous. Mais je persiste à penser que la France est terre chrétienne depuis Clovis, cela ne veut pas dire que tous les gens qui ont vécu depuis ce temps là étaient tous de parfaits catholiques; par ailleurs j'ai écrit "chrétien" et non pas "catholique" car ce qualificatif englobe toutes les personnes qui croient au Christ, qu'elles soient catholiques, protestantes, orthodoxes ou pratiquant tout autre rite comme il y en a encore beaucoup au moyen orient. J'irai même plus loin en englobant les non pratiquants et les incroyants car ceux-ci ont aussi été imbibés de culture chrétienne, qu'ils l'aient voulu ou non.

Je vous accorde que l'église catholique et le pouvoir politique ont bien été des pouvoirs d'oppression à certaines époques car dès que l'esprit se mue en organisation, il perd paradoxalement sa substance; Dostoïevski l'a très bien dit dans sa parabole du grand inquisiteur.

Ceci étant, permettez-moi de remarquer que le christianisme est un humanisme et même le premier; il suffit de lire les évangiles pour s'en convaincre. La notion d'égalité et de dignité de tous les hommes est apparue par le christianisme. Les révolutionnaires de 1789 n'ont pas inventé les droits de l'homme, ils les ont trouvé dans la Religion chrétienne (dans les enseignements du Christ et non pas dans leur expression institutionnalisée, le cléricalisme de l'église) et ont voulu les séculariser. Paradoxalement, bien qu'ils s'en défendent,les révolutionnaires et leurs continuateurs, parfaitement anticléricaux, ce qui pouvait se justifier à une époque ou l'église représentait une puissance politique, ont institué une religion laïque qui, dans ses expressions les plus extrêmes s'est montrée tout aussi intolérante que le catholicisme institutionnel. Le génocide vendéen en est la première manifestation, mais ces méthodes génocidaires ont été employées par d'autres régimes qui se sont réclamés de la révolution française de par le monde comme le communisme soviétique ou le pouvoir révolutionnaire du Mexique des années trente, moins connu, ou encore comme les communismes asiatiques. Et c'est un fait que les autodafés et les bûchers de l'inquisition n'ont jamais eu l'ampleur extrême des massacres et violations généralisées des droits de l'homme qui ont été l'oeuvre des messianismes athées du vingtième siècle. Ceci justement au nom du devoir de faire naître une société idéale ou les droits de l'homme seraient enfin respectés. Le "tuez les tous, Dieu reconnaîtra les siens" du légat du pape (apocryphe selon certains) pendant la croisade contre les Albigeois a trouvé plus que son pendant dans le "liquidez les ennemis du peuple (réels ou supposés) il restera suffisamment de monde pour construire la société parfaite à venir".

C'est pourquoi je ne suis pas de ceux qui pensent avec la majorité de nos concitoyens que la France a réellement apporté par sa révolution un humanisme qui s'impose définitivement à tous les peuples, même si c'est ce qu'on nous a enseigné sur les bancs de l'école. En revanche, je crois que notre culture trouve ses racines profondes et lointaines dans le christianisme qui triomphe dans ses expressions politiques modernes y compris bien entendu dans le socialisme athée, alors qu'il est rejeté majoritairement comme l'expression d'une foi religieuse.

Paradoxe si l'on veut mais peut-être pas si on l'observe comme la victoire de l'Esprit sur l'Institution.

Un dernier mot, si vous me le permettez. De l'analyse de nos évolutions politiques et sociétales je ne retire pas l'idée millénariste qu'avec les droits de l'homme nos sociétés se sont engagées dans un processus irréversible de bonheur universel, bien au contraire j'ai peur que ce qu’Orwell ou Huxley ont imaginé par anticipation ne se réalise effectivement, et précisément au nom des Droits de l'Homme.

Mais ceci est une autre histoire.

Avec mes plus cordiales et amicales salutations
  

Christian Amphoux
 
Cher ami,
 
Merci pour votre réponse qui précise ce que vous entendez par "chrétien". Je ne suis pas d'accord avec votre expression de "terre chrétienne" à propos de la France, mais cela ne m'empêche pas de trouver votre point de vue bien exposé, car vous donnez ainsi matière à dialogue, ce qui ne serait pas le cas si nous étions d'accord sur tout.
 
Je reprends donc quelques points.
 
1) Votre référence à Clovis est conforme à ce que j'ai appris à l'école. Puis, j'ai découvert que Clovis avait été l'instrument de
Rome (en tant que pouvoir religieux) pour combattre l'arianisme des Goths qui dominaient alors la Gaule. Clovis marque le début de laFrance, pas de la religion chrétienne, mais de la puissance romaine sur d'autres formes de christianisme. Le début de ce que j'ai appelé la soumission à la catholicité. 
2) Votre référence à l'amour du prochain ou à l'évangile. Là encore, nous sommes dans une vérité enseignée qui ne dit par souci de clarté qu'une partie de la réalité. L'amour du prochain est un devoir qui vient du judaïsme (Lévitique 19,18), mais qui a dans cette première expression un sens restrictif, le prochain étant un proche (parent, voisin) ; le sens extensif diffusé par le christianisme intervient dans l'enseignement du pharisien Hillel, une génération avant Jésus ; et ce sens nouveau vient de la rencontre du sens ancien et de la "philanthrôpia" enseignée dans les écoles philosophiques des Grecs depuis Aristote. Je vous recommande à ce sujet le petit livre de Katell Berthelot, "Le monothéisme peut-il être humaniste ?", Paris, 2006. C'est dans cette lecture que j'ai compris la filiation entre l'éthique des philosophes et le sens extensif de l'amour du prochain.

Mais en même temps que ce thème fondamentalement humaniste de la prédication chrétienne, je vous l'accorde volontiers, le christianisme est dans son essence même une puissance totalitaire. Jésus met en place un pouvoir inspiré, c'est-à-dire un chef qui tient ses décisions de son contact avec son inspirateur céleste et qui échappe ainsi légitimement à tout contrôle humain, contrairement à ce qui se passe chez les pharisiens de son temps. Le Royaume annoncé est exactement ce que l'Eglise a été réellement, à partir du moment où elle est devenue la religion de l'empire romain. Une puissance totalitaire, qui obtient la condamnation de Priscillien, réhabilité à la fin du 20e siècle, qui ne châtie pas les moines assassins d'Hypatia, professeure de philosophie à Alexandrie. Mais en même temps, c'est vrai aussi,
Jésus donne parmi ses interlocuteurs la première place à la foule, et l'on peut voir dans cette priorité un renversement du pouvoir ou encore la lointaine origine de la légitimité donnée par le suffrage universel.
L'évangile se prête à cette lecture ambiguë (mais pas toujours pleinement consciente) d'avoir un message humaniste, de légitimer un pouvoir totalitaire et de mettre en place une légitimité par la foule, en lui donnant la préséance à travers l'accueil que Jésus réserve aux enfants.
 
3) Qu'est-ce donc qu'une "terre chrétienne" ? Une terre où le christianisme impose sa loi et la foi de son clergé, comme cela s'est fait de Clovis à Louis XVI ? Ou un christianisme qui vit l'agapê comme l'accueil de l'autre, dans un climat de tolérance qui lui vient de la philosophie grecque ? S'il s'agit de privilégier les chrétiens parce qu'ils sont chrétiens, comme le fait l'Etat d'Israël qui veut créer u
n Etat juif en Palestine, je ne pense pas que la France soit une "terre chrétienne". Mais s'il s'agit de privilégier l'agapê comme accueil de l'autre et de pratiquer la tolérance en veillant à combattre les extrémismes, qu'ils soient chrétiens ou musulmans (par exemple), alors nous nous rejoignons, en employant vous le mot "chrétien" et moi "humaniste". 
4) Sur les excès de la révolution française et cet aspect peu exemplaire, nous sommes bien d'accord, la laïcité ne manque pas elle non plus d'intolérance, il n'y a pas d'idéologie qui garantisse la sagesse du pouvoir qui la revendique. Nous arrivons à des points d'accord fondamentaux. Le débat est venu de ce que vous vouliez opposer "terre d'islam", expression qui relève d'une démarche djihadiste, et "terre chrétienne", qui voudrait dire que la France a une pente naturelle à privilégier une religion sur les autres. La France n'a vocation à être la terre d'aucune religion. Un musulman est aussi bien chez lui en France qu'un protestant et un protestant qu'un catholique, un Juif ou un athée de culture chrétienne ou non. Les Gaulois ont été majoritaires en Gaule, puis ils se sont mêlés aux
Germains, arrivant pacifiquement ou par vagues d'invasion, la question n'est pas tranchée. Chaque peuple a eu ses croyances, qui ont orienté la forme religieuse qui s'est développée ensuite. La religion qui recule en France est le christianisme, sous ses aspects les plus humanistes d'ailleurs ; celles qui progressent viennent de l'extérieur, l'islam et le bouddhisme. Faut-il s'en inquiéter ?
Faut-il le craindre ou le combattre ? Ces religions sont-elles moins légitimes que le christianisme, déjà venu de l'extérieur ?

Je crois, à vous lire, que nos réponses divergent. Mais ce sont les Français qui trancheront, et la question n'en est pas encore à faire le choix.
 Amicalement, Christian 

Jean François Maubert

Alors concluons, cher ami inconnu, car nos divergences ne sont pas si grandes que cela. Il faudrait pour éclaircir le débat, aller plus au fond dans les idées et surtout donner la définition de ce que chacun entend derrière les mots qu'il emploie. Une dernière précision en ce qui concerne mon vocabulaire. Pour moi "terre chrétienne" ne signifie pas possession d'une forteresse d'où seraient exclus les autres mais plutôt "culture chrétienne" comme identité profonde de la France et comme vous l'avez si bien dit vous mêmes les peuples n'aiment pas se voir dépossédés de leur identité. Lorsque vous recevez volontiers quelqu'un dans votre maison, vous ne voyez pas avec faveur le fait qu'il cherche à y imposer son mode de vie.

Au plaisir d'avoir un jour l'occasion d'en discuter de vive voix et toutes mes amitiés à Amin qui nous lit.


Amin Elsaleh
 
Dans le cadre de la thématique "A la recherche de l’identité - vision d'ensemble" voici l'article d’Ali El Saleh qui ajoute un  éclaircissement  sur la problématique de "l'identité arabe syrienne": l'intitulé de l'article est: "La contribution du "local" syrien au savoir historique globalisé : A la recherche de l'identité"

   http://www.mlfcham.com/index.php?option=com_content&view=article&id=472:reecrire-lhistoire-arabe-en-syrie-a-la-recherche-de-lidentite&catid=277:reform--issues-and-proposals&Itemid=763 

C'est un essai visionnaire avec une riche documentation. Il vient s'ajouter à votre échange autour de l'article de Christian Amphoux "Révolution, idéologies et identité", que j'ai l'intention de publier dans un article dédié au débat autour des articles publiés sur "l'identité".

Au cas où vous souhaitez poursuivre votre échange après votre lecture de l'article, avec Ali El Saleh (en copie de ce courriel), j'attendrai pour la publication finale la fin de votre échange à trois que je trouve fort instructif dans des moments difficiles où une sensibilisation des lecteurs de mlfcham est sollicitée par le nombre croissant de ces lecteurs qui ne trouvent plus satisfaction à cause de trop de mensonges à objectif destructeur à moyen terme pour une humanité en proie: aux marchands d'arme, aux spéculateurs entre autre et à la destruction systématique de son héritage (faune, flore, "savoir historique").
 

Christian Amphoux
 
Jean-François Maubert a apporté une conclusion à notre dialogue à laquelle je n'ai à ajouter que mon assentiment. Sur l'essentiel, le sens de notre république, nous sommes du même avis, la France a vocation à défendre, pour elle et dans ses positions internationales, un idéal de respect de la dignité humaine, dans la tradition de la philosophie grecque et de la prédication chrétienne. Nous différons sur le fait de savoir si la France est, à ce titre, une "terre chrétienne" ou d'une manière moins colorée, une "terre humaniste". Et nous avons des arguments pour soutenir les deux points de vue, divergents dans les mots.
 
Je suis heureux que ce dialogue ait eu lieu, il me paraît représenter deux opinions répandues dans la France d'aujourd'hui ; et c'est bien ainsi.
 

Amin Elsaleh

Je viens de publier un article de mon frère Ali El Saleh, votre opinion m'intéresse, cela s'inscrit dans notre culture commune méditerranéenne, mais aussi dans nos aspirations humanitaires où la problématique de "l'identité" doit être approfondie au sens où une idéologie, une croyance, une révolution, ne doivent pas nous conduire au chaos. Il ne faut pas arrêter l'évolution et les aspirations des peuples à plus de liberté et de dignité. Faut-il poser des jalons ou bien faut-il motiver plus le génocide en cours? Là ce sont mes interrogations. Ce que j'ai cru comprendre en lisant l'article de Ali que  l'état de la recherche historique effectuée depuis l'indépendance de la Syrie reste "tributaire, à ce jour, de la recherche historique internationale occidentalo -centré et structurée comme elle"; d'où la nécessité d'approfondir notre "savoir historique globalisé" pour éviter un possible dérapage des décisions politiques en cours risquant d'embraser toute la région. Mais je ne souhaite pas imposer mon opinion; c'est votre perception de l'article que je cherche à stimuler à travers ces quelques lignes.
 

Christian Amphoux
 
Voici ma première réaction à l'article de ton frère ou plutôt de la conclusion d'un document datant de janvier dernier et devenant une pièce du débat que tu organises.
 
1) La Syrie actuelle n'est en effet pas directement comparable à la France de 1789, qui est ma référence quand j'analyse les lendemains du "printemps arabe". La Syrie a subi un découpage des puissances occupantes après la chute de l'empire ottoman, ce n'est pas l'histoire qui lui a peu a peu fixé ses frontières. Elle est donc entre un passé où elle était diluée dans un empire dont elle n'était qu'une partie, je n'ose pas dire une région, et un futur incertain où elle peut subir de nouvelles frontières ou au contraire s'affermir sur des frontières qui deviennent celle d'un Etat.
 
2) Par la force des choses, la Syrie contient des communautés dont les identités s'ajoutent, se superposent et s'opposent tout à la fois.

Ces identités se solidarisent aujourd'hui, plus ou moins clairement, avec les trois forces en présence : l'opposition soutenue par l'Occident, l'opposition djihadiste et le régime en place. Or, je conçois qu'idéologiquement on rejette l'esprit de ces trois forces :
d'un côté l'Occident qui a fait tant de mal par la colonisation, puis par l'impérialisme actuel ; de l'autre, l'extrémisme guerrier et fascisant du djihadisme ; enfin, le régime qui assassine son peuple, pour rester en place. C'est Charybde et Scylla... 
3) Mais la guerre est là, il faut choisir et programmer des luttes successives, s'il n'y a pas en vue de solution immédiate. Aucune pression interne ne semble en mesure d'infléchir la politique meurtrière du régime actuel ; et aucune solution politique n'est possible tant que ce régime tiendra. La première urgence ou nécessité est donc d'éliminer la faction au pouvoir. Il faudra ensuite lutter sur deux fronts : indépendance de l'Occident, rejet de l'extrémisme et du retour à une loi d'un autre âge et oppressive. Pour cela, il faut compter sur l'union des peuples arabes, car ils ont des points communs dans leur histoire et un lien par la religion modérée conçue comme un mode de vie et non un système d'oppression. Au-delà, des rapprochements peuvent être envisagés avec d'autres peuples ou Etats qui auraient des convergences d'objectif.
 
Bien entendu, j'écris sans vivre la réalité syrienne au quotidien qui peut nourrir des impatiences et pousser à des solutions plus radicales. Mais la violence, même quand elle est légitime, ne débouche pas sur une solution de paix ; après la guerre, la paix reste à organiser...
 

Amin Elsaleh
 
Merci Christian pour cet éclaircissement. Extrapoler l'avenir de la Syrie au sein de la communauté arabe et méditerranéenne peut nous aider à alléger la souffrance du peuple syrien. Le sujet que tu as abordé "révolution, idéologies et identité" donne des exemples historiques qui peuvent nous permettre par analogie à circonscrire la machine de destruction qui n'épargne ni hommes et femmes, ni pierre, vestige et tombe millénaire ni arbres et forêts; tout est broyé. Il faut construire une solidarité qui oeuvre pour conduire la révolution des Syriens et des arabes vers un univers cohérent où leur existence s'associe à celle des autres nations sur terre. J’espère que Ali et Jean François réagiront à tes réflexions et que l'article d'Ali puisse constituer un 1er volet de la reconnaissance de la révolution syrienne sans préjugés ni commettre une erreur historique comme celle effectuée pour l'Irak et d'autres pays de ce monde.
 

Jean François Maubert
 
Merci mes amis de m'associer à vos réflexions. Bien qu'éprouvant des sentiments affectueux pour les Syriens, je ne suis pas Syrien moi-même et avoue sans détours n'avoir qu'une connaissance superficielle du pays, de sa culture et de son identité. Je sais aussi le déchirement de beaucoup devant les évènements qui ensanglantent la Syrie et la difficulté qu'il y a à prévoir l'évolution des choses dans des situations troublées; j'imagine également que prendre parti pour telle ou telle solution d'avenir n'est pas non plus facile à moins d'y engager sa passion.

Il me semble cependant que dans le drame politique qui est celui de la Syrie aujourd'hui une réflexion sérieuse ne peut s'affranchir de l'examen des rapports de forces, non seulement du rapport qui existe entre le régime actuel et les forces révolutionnaires mais également et surtout entre les différentes composantes qui agissent au sein de ces forces; car c'est de ce dernier rapport que dépendra la forme du pouvoir qui s'établira lorsque la révolution aura triomphé, si elle triomphe. Mais ce n'est pas tout, les prises de position doivent être éclairées dans leurs conséquences par une référence au distinguo que Max Weber a établi entre éthique de conviction et éthique de responsabilité. Je crois que ces deux versants de l'éthique sont utiles et sont appropriés dans toute situation comme celle que doivent affronter les Syriens aujourd'hui et je vous livre le petit texte suivant qui me parait bien exposer le dilemme auquel il est malheureusement impossible d'échapper:
 
" Nous en arrivons ainsi au problème décisif. Il est indispensable que nous nous rendions clairement compte du fait suivant : toute activité orientée selon l’éthique peut être subordonnée à deux maximes totalement différentes et irréductiblement opposées. Elle peut s’orienter selon l’éthique de la responsabilité [verantwortungsethisch] ou selon l’éthique de la conviction [gesinnungsethisch]. Cela ne veut pas dire que l’éthique de conviction est identique à l’absence de responsabilité et l’éthique de responsabilité à l’absence de conviction. Il n’en est évidemment pas question. Toutefois il y a une opposition abyssale entre l’attitude de celui qui agit selon les maximes de l’éthique de conviction - dans un langage religieux nous dirions : « Le chrétien fait son devoir et en ce qui concerne le résultat de l’action il s’en remet à Dieu » -, et l’attitude de celui qui agit selon l’éthique de responsabilité qui dit : « Nous devons répondre des conséquences prévisibles de nos actes. » Vous perdrez votre temps à exposer, de la façon la plus persuasive possible, à un syndicaliste convaincu de la vérité de l’éthique de conviction, que son action n’aura d’autre effet que celui d’accroître les chances de la réaction, de retarder l’ascension de sa classe et de l’asservir davantage, il ne vous croira pas. Lorsque les conséquences d’un acte fait par pure conviction sont fâcheuses, le partisan de cette éthique n’attribuera pas la responsabilité à l’agent, mais au monde, à la sottise des hommes ou encore à la volonté de Dieu qui a créé les hommes ainsi. Au contraire le partisan de l’éthique de responsabilité comptera justement avec les défaillances communes de l’homme (car, comme le disait fort justement Fichte, on n’a pas le droit de présupposer la bonté et la perfection de l’homme) et il estimera ne pas pouvoir se décharger sur les autres des conséquences de sa propre action pour autant qu’il aura pu les prévoir. Il dira donc : « Ces conséquences sont imputables à ma propre action. » Le partisan de l’éthique de conviction ne se sentira « responsable » que de la nécessité de veiller sur la flamme de la pure doctrine afin qu’elle ne s’éteigne pas, par exemple sur la flamme qui anime la protestation contre l’injustice sociale. Ses actes qui ne peuvent et ne doivent avoir qu’une valeur exemplaire mais qui, considérés du point de vue du but éventuel, sont totalement irrationnels, ne peuvent avoir que cette seule fin : ranimer perpétuellement la flamme de sa conviction.

Mais cette analyse n’épuise pas encore le sujet. Il n’existe aucune éthique au monde qui puisse négliger ceci : pour atteindre des fins « bonnes », nous sommes la plupart du temps obligés de compter avec, d’une part des moyens moralement malhonnêtes ou pour le moins dangereux, et d’autre part la possibilité ou encore l’éventualité de conséquences fâcheuses. Aucune éthique au monde ne peut nous dire non plus à quel moment et dans quelle mesure une fin moralement bonne justifie les moyens et les conséquences moralement dangereuses."

Max WEBER, Le savant et le politique, Plon, 10/18, Paris 1995.

Ne pourrait-on s'inspirer de cette sagesse pour prendre un parti?
Je livre cette bien modeste contribution à votre sagacité et vous adresse mes amitiésJean François   
Last Updated on Thursday, 28 April 2016 10:09
 

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