La marche sur Damas : Tamerlan et Ibn Khaldoun par Adib Gabriel Hathout PDF Print E-mail
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Written by Adib Gabriel Hathout   
Monday, 02 June 2014 17:00

Matières

 

1.      Un grand instant de l’histoire de la pensée

2.      L’approche d’Ibn Khaldoun

3.      L’approche de Tamerlan

4.      Les face-à-face

5.      Tamerlan, Ibn Khaldoun et nous

 

 

 

 

La marche sur Damas : Tamerlan et Ibn Khaldoun

 

Par Adib Gabriel Hathout

Avril 2014

 

 

 

1.      Un grand instant de l’histoire de la pensée

 

Observer le déroulement des grands évènements qui ont traversé notre planète tout en s’observant soi-même, les voir, les revoir et les réinterpréter, nous permet de mieux comprendre l’évolution du monde, de mieux nous comprendre nous-même et, par voie de conséquence, de mieux agir. C’est le cas, me semble-t-il, lorsque nous examinons avec un nouveau regard les rencontres au sommet qui ont lieu à Damas, entre le 10 janvier et le 14 février 1401. Face-à-face, l’abîme sépare alors deux lectures de la conquête : par la réflexion, la méditation et la prière, Ibn Khaldoun a conquis les processus mentaux de la personne humaine, alors que Tamerlan entend dominer le monde par l’épée. 

 

Devant le Temps qui observe les candidatures, deux hommes postulent à l’éternité. Je voulais regarder d’un peu plus près les deux curriculum vitae, mais dans un cas comme dans l’autre, ma plume a été incapable de rassembler les pensées qui la traversent. 

 

J’ai malgré tout des circonstances atténuantes : en effet, la sagesse d’Ibn Khaldoun est une lumière qui éblouit les yeux, et la cruauté de son interlocuteur provoque une telle défense que l’être humain est incapable de l’observer ou de la décrire sans frémir et trembler.

 

Faute de pouvoir tracer le portrait d’Ibn Khaldoun ou de Tamerlan, esquissons quelques traits des deux postulants.   

 

 

2.      L’approche d’Ibn Khaldoun

 

Outre la sensation physique (الحس) que l’homme partage avec l’animal, la vision d’Ibn Khaldoun considère dans la personne humaine deux autres composantes que sont la pensée et la spiritualité.

 

Explorateur de la pensée, Ibn Khaldoun a classé le savoir humain en deux branches. Deux branches dans lesquelles les sciences dites cognitives (ou rationnelles selon certaines traductions العلوم العقلية) se distinguent des sciences transmises. Les premières s’appréhendent sans l’intercession des ancêtres alors que les secondes relèvent du patrimoine, en l’occurrence islamique[1].

 

Conquérant de la vie intérieure, il sait aussi que les cœurs (au sens figuré du terme), en tant que pluriel de cœur (أفئده pluriel de  فؤاد), désignent en un seul mot trois types de pensées qui fonctionnent en symbiose : la pensée différentielle, la pensée expérimentale et la pensée théorique. A leur intersection, l’esprit humain se fait une opinion en enlevant les idées à leur contexte et en les posant dans une nouvelle construction intellectuelle (الانتزاع و التركيب), opérations qui ont été traduites, approximativement à mon sens, par « analyse » et « synthèse ».

 

Pensée et  transdisciplinarité, d’après Ibn Khaldoun

(Extraits)

 

Sache que Dieu (…) a distingué les humains de tous les animaux par la pensée qu’il a rendue le début de sa perfection et le degré ultime de sa grâce (la fin de sa grâce  نهاية فضله ) (…) La pensée procède à différents niveaux (مراتب ), le (premier) niveau saisit les choses ordonnées à l'extérieur d'un ordre naturel ou propositionnel pour en déterminer la résonance par ses propres moyens, procédure qui relève de l'entendement différentiel. Le (deuxième) niveau de pensée est celui qui profite aux opinions et à la littérature dans la  manière d'agir avec les autres et de se comporter selon leur politique. Ce deuxième niveau approuve ce qui avait été pressenti et se conforte  petit à petit par l'expérience jusqu'au profit complet. Il s'agit là de l'entendement expérimental. Le (troisième) niveau de la pensée est celui qui parfait la connaissance d'une donnée qui est au-delà des sensations et qui n'est pas associée à une action : c’est l'entendement théorique qui se compose de spéculations mentales et d'assertions qui se structurent conformément à des conditions spécifiques. Il enrichit alors une discipline de sa propre espèce dans la spéculation et dans l'approbation des pressentis. Ensuite, il  s'accorde avec un autre savoir et profite à d'autres sciences de la même manière. Le but de cet apport étant s'imaginer l'existence humaine conformément à ce qu'elle est par ses catégories, ses saisons, ses causes et ses données initiales. C'est  alors qu’il se complète par la pensée dans la réalité et devient un entendement pur et un esprit conscient, et c'est là  le sens de la vérité humaine. [2]

 

Particulier et général chez Ibn Khaldoun

Conformément à la logique d’Aristote, Ibn Khaldoun sait qu’il n’est de science que des généralités. Aussi, lorsqu’il devra expliquer à Tamerlan les raisons pour lesquelles les empires sont durables, il procèdera conformément à la méthodologie de la statistique, dans laquelle on traite du particulier dans le contexte du général.

 

« Je suis homme de science » dira-il à Tamerlan ; et comme tout homme de science, il traite d’une conjecture particulière dans le contexte des lois qui régissent les faits sur le long terme et à divers endroits.

 

Cette méthodologue s’observe notamment dans le récit (particulier) du soulèvement d’an-Nâçiri, dont la narration a été précédée de considérations générales sur le passage graduel des Etats à un stade de grandeur et de domination puis à l’affaiblissement et au déclin[3].

 

Mais les décrets de Dieu se réalisent toujours, poursuit-il modestement dans l’introduction du récit précité. 

 

Face à un être des plus sanguinaires que l’humanité ait jamais connus, les qualités intellectuelles et spirituelles d’Ibn Khaldoun vont concourir à la maîtrise de soi et prédisposer un comportement adéquat accompagné d’un discours où la politesse n’a d’égal que la pondération.

 

3.      L’approche de Tamerlan

 

Etait-ce bien raisonnable ! six siècles avant que Tamerlan ne campe aux portes de Damas, le poète syrien Abou Tammam (803-945) faisait l’éloge de la pointe de l’épée au détriment des livres ! Cette épée, disait-il, donne des nouvelles plus justes que celles des livres, car dans sa pointe on distingue le sérieux du plaisantin !

 

السَّيْفُ أَصْدَقُ إِنْبَاءً مِنَ الكُتُبِ
                                                      في حدهِ الحدُّ بينَ الجدِّ واللَّعبِ

Tamerlan n’est est pas loin de penser comme Abou Tammam et son curriculum vitae l’atteste. S’il était possible d’emprunter à la statistique un adjectif qui serait susceptible de qualifier le conquérant mongol, ce serait sans doute le caractère « monodimensionnel » de sa réflexion. Bien qu’il soit amoureux des lettres persanes, Tamerlan n’a qu’un objectif, celui de « conquérir » le monde extérieur ; et cet objectif le ronge tellement qu’il finit oublier le monde intérieur, et à s’oublier lui-même. Du même coup il oublie le bonheur que procure la retrouvaille avec soi dans le calme, la prière et la réflexion. 

Originaire de Samarkand, Tamerlan s’est proclamé « Khan » en 1370. Malgré un handicap physique,-un genou droit ankylosé qui le contraint à se faire assister pour monter sur son cheval,- il a pu asservir Ispahan (1387) puis Bagdad, et le voici qui se dirige, en 1400, vers la Syrie dominée par les mamelouks d’Egypte.

Ses exploits : comme elles l’avaient fait en Irak et en Iran, ses troupes décapitent les êtres humains, brûlent les écoles, violent les femmes conquises, et déportent à Samarkand les professionnels qualifiés. Réfugiés à la mosquée des Omayyades, une foule de femmes et d’enfants trouveront la mort brûlés vifs[4].

S’informer sur le Maghreb est un des grands soucis de Tamerlan. Sans doute est-ce pour augmenter des conquêtes où la quantité de terres prime sur la qualité des fruits acquis à la sueur du front. 

 

 

4.      Les face-à-face 

 

En ce 10 janvier 1401 a lieu le premier face-à-face entre Tamerlan et Ibn Khaldoun. Aux portes de Damas où campent ses troupes, le Sultan des Mongols et des Tatars est semi allongé et appuyé sur son coude. Tamerlan tend sa main à baiser par l’illustre invité, et le savant de le faire avec une modestie non feinte. Mieux encore, dès cette première rencontre avec le maître des lieux, l’admiration est de mise : « Que Dieu t’assiste Sire, cela fait aujourd’hui trente ou quarante ans que j’espérais te rencontrer ».

 

Gonflé d’orgueil, Tamerlan s’engage dans des échanges à caractère culturel, politique et familial. Ses serviteurs offrent à Ibn Khaldoun un plat de « ar-rishta » que les Tatars confectionnent à la perfection. Confiance assurée (Sécurité : aman), le dialogue est installé entre les deux personnalités pour trente-cinq jours.

La açabiyya (عصبيّه) ou force de cohésion 

 

Selon les propos d’Ibn Khaldoun, Tamerlan est le roi le plus admirable depuis la création d’Adam. Pour argumenter cet avis, les prévisions d’astrologues et des soufis ne suffisent pas. Le savant étaye son raisonnement par une philosophie de l’histoire où l’évènement particulier n’a de sens que par les généralités. Le voici donc expliquer à Tamerlan que les empires universels s’opposent aux empires individuels. Seuls les premiers (arabe, perse et byzantin) sont basés sur une force de cohésion (açabiyya) qui les rend capables de perdurer.

Agissant comme le veut le proverbe biblique selon lequel « Le sage cache sa science » (Proverbes 12 :23), Ibn Khaldoun peut alors affirmer (feindre de croire) que Tamerlan et ses troupes possèdent la plus grande force de cohésion.

Pour épargner la mort précipitée d’êtres humains, Ibn Khaldoun accepte ainsi de simuler l’ignorance.

En effet, le sens de la force de cohésion dépend de l’environnement de la phrase et supporte plus d’une acception: celle de l’Islam Premier dans lequel les fidèles étaient unis autour d’un noble idéal avant de l’être physiquement n’a rien à voir avec celle d’un musulman comme Tamerlan qui ordonne la mort de ses coreligionnaires dans les mosquées ! 

Un descendant de Nabuchodonosor

Par certains liens de sang, Tamerlan insinue qu’il descend de Nabuchodonosor (6ème siècle av. J.-C.). Le Sultan remonte ainsi à l’histoire d’il y a vingt siècles, mais comme il va bientôt l’avouer implicitement, il ne connait pas l’histoire, bien plus récente, de sa propre religion.

Ibn Khaldoun ne soulignera pas ces contradictions. Même si, dans son esprit, Nabuchodonosor est inférieur aux Turcs du point de vue de sa « açabiyya », il réitère son admiration pour Tamerlan du fait même de cette descendance. Mieux encore, pour justifier de son admiration au descendant de Nabuchodonosor, il va jusqu’à souscrire avec le Sultan contre la thèse de l’historien et traditionnaliste de l’Islam, Tabari[5] (9ème siècle), qui rattachait Nabuchodonosor aux derniers rois de Babylone !  

                            

Un faux Hadith 

 

Parmi les paradoxes du guerrier, on notera enfin que Tamerlan ne sait pas distinguer un vrai d’un faux Hadith ; handicap d’autant plus fâcheux que les décisions afférentes à ses fonctions exigent cette compétence. En effet, lors d’une autre rencontre d’Ibn Khaldoun avec Tamerlan, un homme qui prétendait descendre du calife abbasside al-Hakim (dont la lignée ne règne plus en Egypte à l’heure des faits) venait voir le Sultan, en arguant d’un Hadith qui le rendait successeur légitime des califes d’Egypte. Après audition de cadis et de muftis, et sur invitation du guerrier mongol, Ibn Khaldoun répond aux arguments de ce prétendant avec un cours magistral d’histoire dans lequel il démontre que la prétention de cet homme repose  sur un faux Hadith!

 

La science du Hadith

 

Dans la classification d’Ibn Khaldoun, les sciences du hadith permettent d’examiner l’authenticité d’un dire attribué au Prophète de l’Islam et, le cas échéant, de rejeter le copiste (Prolégomènes. Tome 2. Page 395). A l’opposé des sciences cognitives qui se découvrent de manière innée, les sciences du « hadith » font partie des « sciences transmises ».

 

Voilà qui permet à Tamerlan de garder tête haute, de refouler le prétendant et de donner ainsi un verdit qui lui permet de jouer au maître éclairé entouré de sages :      

 

« tu as entendu la sentence des cadis et des muftis, d’où il apparaît que tu n’as aucun droit à revendiquer. Va-t’en, te voilà éclairé »

 

 

5.      Tamerlan, Ibn Khaldoun, et nous

 

Par une humilité et une politesse qui manquent tant à notre monde moderne, et par l’éloquence de son discours, Ibn Khaldoun a ravi le cœur de Tamerlan tout en limitant le nombre de morts parmi les Syriens.

 

Il est donc permis de dire que la simulation d’imprécisions en vue de protéger des humains d’un massacre, loin de s’apparenter au mensonge, sont un moindre mal qui s’apparente au choix optimal. Et comme un Père des Lumières aussi célèbre que Wilhelm Gottfried Leibniz (1646 – 1716) l’expose dans sa philosophie optimiste, un mal qui évite un plus grand mal est une espèce de bien[6]

 

La lettre tue, l’esprit vivifie : tel est à vrai dire l’esprit de l’optimalité mentale au-delà de la lettre des calculs algébriques. A l’heure de la transdisciplinarité, il urgeait de le souligner. 

 

Historisation et coordination  

 

Aujourd’hui que l’aménagement du changement (« change management ») est à l’ordre du jour, une  science politique adaptée aux progrès doit maîtriser l’ordinateur comme Œuvre de la mémoire humaine sans se laisser dominer par une technologie séparée des aspirations humaines. Dans ce contexte, nul n’est plus important que d’agir conformément au verbe « historiser » qui est né avec les systèmes d’information[7]. Nous devons donc « historiser » les liens de cause à effet en prenant en compte l’histoire,- tant événementielle que mentale,- dans la meilleure approximation que nous en connaissons. L’exercice de l’historisation est un domaine où l’ascendance présumée de Tamerlan appelle d’importantes observations. 

 

Telle qu’elle a été perçue dans le Livre d’Esaïe au 7ème siècle av. J.-C, la conquête de Nabuchodonosor était déjà prévue comme un instrument de la Providence divine. Si, dans l’esprit de la prophétie, un conquérant allait réussir à asservir Israël, ce n’était pas à cause de la force de son armée, mais en raison de la corruption des agents d’un Etat amateur de cadeaux et coureur de pots-de-vin, qui viole les droits de l’orphelin et qui est sourd à la plainte de la veuve (Esaïe 1 :23).

 

Prévisionniste avant la lettre, Esaïe est un précurseur de l’analyse causale qu’aucun système sérieux d’aide à la décision ne peut ignorer. 

 

Sélection naturelle

 

Parce que l’Histoire raisonne, sélectionne, coordonne, demain ou dans vingt ans, les systèmes informatisés d’aide à la décision retiendront que l’Histoire a préféré la candidature d’Ibn Khaldoun à celle de Tamerlan. Ils retiendront aussi que l’homme qui respecte l’Histoire en coordonnant son action avec ses messages est respecté par l’Histoire.

 

Rien n’est plus évident dans ces conditions que de voir Ibn Khaldoun siéger aujourd’hui à la Bibliothèque de la Pléiade et Tamerlan relégué à l’ouvrage d’Ibn Arabshah qu’aucun prévisionniste ne lit !

 

Est-il plus naturel que cette sélection ?

 

 

 

Personnalités citées

 

 

Abou Tammam

Al-Hakim

Aristote

Esaïe

Ibn Khaldoun

Ibn Arabshah

Leibniz Wilhelm G.

Nabuchodonosor

Tabari

Tamerlan



[1] Prolégomènes. Les citations concernant les Prolégomènes d’Ibn Khaldoun se rapportent à l’édition de Paris de 1858, en langue arabe. Par Etienne Marc Quatremère. Librairie du Liban 1992. (Prolégomènes. Tome 3. Pages 86-87)

 

Dans les sciences cognitives, Ibn Khaldoun distingue quatre branches : la logique, les sciences de la nature, la métaphysique et les sciences de la mesure. Ces dernières se décomposent à leur tour en quatre sous-catégories : géométrie, arithmétique, musique et astrologie

 

[2] Cf. Pages 365-366 du tome II des Prolégomènes d’Ibn Khaldoun. Réalisation d’Étienne-Marc Quatremère. Depuis l’édition de Paris de 1858. Librairie du Liban. Beyrouth. 1992.

 

[3] Cf. Pages 189-204 de « IBN KHALDÛN. Le Voyage d’Occident et d’Orient ». Traduit de l’arabe et présenté par Adbessalam Cheddadi. Collection Les classiques, dirigée par André Miquel, Professeur au Collège de France. Actes Sud, 2006. Première publication : Sindbad, 1980

 

[4] Cité par A.J. Rustum. Histoire de l’Eglise de Dieu, Antioche la Magnifique. Tome 2. 634 à 1453. Librairie Pauliste. Beyrouth. Page 346. عجائب المقدور في أخبار تيمور.

Par Ibn Arabshah  عرب شاه. Ouvrage disponible en ligne sur

http://upload.wikimedia.org/wikisource/ar/9/93/%D8%A3%D8%AE%D8%A8%D8%A7%D8%B1_%D8%AA%D9%8A%D9%85%D9%88%

D8%B1.pdf

 

[5] Sauf indication contraire, les citations concernant les rencontres entre Ibn Khaldoun et Tamerlan sont extraites de la traduction en arabe par Abdessalam Cheddadi de l’ouvrage d’Ibn Khaldoun « Le voyage d’orient et d’Occident ». Editions Actes Sud 2006. Première édition Sindbad 1980.  Pages 228 à 239.

 

[6] Page 220 de « La Monadologie ». Par Wilhelm G. Leibniz. Edition annotée, et précédée d'une exposition du système de Leibniz. Avec note terminale sur les principes de la Mécanique dans Descartes et Leibniz par Henri Poincaré. Par Emile Boutroux. Editions Delagrave. 1880. Achevé d'imprimer par SAGIM : mars 1998.

 

[7] Le terme de « historisation » est né avec l’évolution des sciences et des technologies de l’information.

Cf. « Dictature et harmonie entre politique et religion ». Juillet 2013.

http://adib.g.hathout.free.fr/machronique/201307dictature-et-harmonie.htm

 

Last Updated on Thursday, 26 June 2014 07:16
 

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