Cerfs-volants blancs PDF Print E-mail
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Written by Jean-Marie MIGNON   
Monday, 08 February 2010 12:01
Séance de signature et de lecture le 11 février à 18h30  à la Galerie Europia, 
de l'ouvrage de Jean-Marie Mignon 

Cerfs-volants blancs

publié par Europia Productions

 


Parti en Palestine dans le cadre d’une mission de la Campagne civile pour la protection du peuple palestinien (CCIPPP), Jean-Marie Mignon va à la rencontre des Palestiniens à Jérusalem, à Hébron, à Ramallah, à Naplouse et à Bil’in.


Cette chronique personnelle, intelligente et sensible, commence de manière frappante : le rêve de la création d’Israël, la vie idéalisée dans les kibboutzim, les promesses des matins neufs et lumineux n’ont pas tardé à révéler une autre face cachée que les Européens avaient refusé de voir jusqu’à ces dernières années : des hommes, des familles vivaient ici et travaillaient déjà cette même terre. Elle leur a été ravie de manière insidieuse, brutale et légalisée. L’utopie des uns s’est muée en prédation brutale qui semble ne pas vouloir s’achever envers les autres, mettant cette terre sainte à feu et à sang depuis plus de soixante ans.

 

Dès son arrivée jusqu’à l’heure de son départ, le narrateur observe et décrit avec lucidité la vie dure et pénible - mais aussi digne et fière - des Palestiniens de Palestine. Son imaginaire culturel, nourri de la Bible, de l’Evangile, des livres d’histoire et des récits de voyages, semble être remis en question, tant il se trouve en contradiction avec la réalité.

 

Au cours de ce voyage initiatique, il fait la connaissance de Malek, Djawad, Adel, Asma, Béchir, Ajman, Zouhour, Khitam et Nihad qui lui racontent leurs vies, leurs difficultés et leurs peines, leurs espoirs et leurs joies. Par le biais de tous leurs récits entrecroisés, par le témoignage des « internationaux » qui viennent soutenir les Palestiniens, l’auteur/narrateur parvient à esquisser la géographie sociale de la Palestine au gré des évènements et des conflits.

 

De prime abord, le texte semble décrire de manière objective le voyage d’observation du « je » initial qui adopte une écriture blanche, volontairement neutre et plate en utilisant le présent actuel, qui n’en est pas moins permanent et éternel, dans des phrases courtes et sans fioritures, mais qui possèdent néanmoins une charge affective indéniable. A fleur de peau et en filigrane sous l’apparente simplicité de la structure, chaque mot, verbe, adverbe ou adjectif éclate de sensibilité et de poésie, véhiculant toute l’émotion retenue de l’auteur, reflétant comme dans un miroir la dignité poignante de ses hôtes palestiniens.

 

Voici quelques exemples glanés au fil des pages qui en disent long sur la finesse de l’analyse et sur les qualités stylistiques de ce court et intense témoignage :

- (Les touristes et les pèlerins) : Eux, ces voyageurs de passage, qui raconteraient à leur retour comment ils ont « fait » Jérusalem dans une cité qui se défait, que savent-ils de la réduction progressive des droits d’y habiter qui est imposé aux Arabes, des libertés de voyager et de commercer bridées, des propriétés escamotées, des rapports de force dans lesquels sont contraints les Palestiniens. Mais souhaitent-ils en savoir quelque chose ? (p.15)

- (Le mur) : C’est une énorme couleuvre gris clair, fascinante dans sa géante obscénité, qui ne montre ni sa tête ni sa queue, qui vient de l’horizon et qui part à l’horizon. Elle glisse sur les pentes, se love, ondule, avance en creusant un sillon de terre retournée. (p.33)

- (Les check points) : Je me demande si l’armée n’utilise pas les check points comme un mode de bizutage de la jeunesse israélienne, une façon de l’endurcir ? Le passage sous les drapeaux ne doit-il pas s’exercer obligatoirement, quelque temps, là, dans ces lieux où la faiblesse, la dépendance des Palestiniens sont exhibées ? (p.61)

- (L’eau) : Pour plus des trois-quarts qui sont puisés, elle part en Israël et dans les colonies. La compagnie nationale israélienne qui distribue l’eau en pays occupé la vend aux Palestiniens presque trois fois plus cher qu’aux colons. Malheur aux vaincus ! L’eau souterraine, pompée par l’occupant – les Palestiniens n’ont pas le droit de forer des puits – s’épuise lentement et irréversiblement. Combien de temps reste-t-il avant que le puits de Jacob ne soit tari ? (p. 65)

- (La démolition des maisons) : Là était la maison. Elle a été arasée. Le sol qui la portait a été aplani par les bulldozers. Les gravats, les tôles, les débris de meubles ont été amoncelés à droite et à gauche. /…/ Je suis planté là, témoin inutile, quasiment voyeur. Eux ont les yeux grands ouverts, éteints, figés vers un infini horizon qui ne montre rien. (p.67)

 

Ce beau récit de voyage est d’une telle densité qu’il faudrait le lire à deux ou trois reprises pour pouvoir s’imprégner de toute la sensibilité, l’émotion, la délicatesse et l’intelligence qui baignent ses pages et qui témoignent des qualités littéraires indéniables dont jouit l’écrivain.

 

Rania SAMARA

 

Last Updated on Tuesday, 09 February 2010 10:32
 

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