Herzen – Dostoïevski PDF Print E-mail
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Written by Dostoïevski   
Sunday, 28 February 2010 11:03

Herzen – Dostoïevski

Journal d’un écrivain 1873

Gens d’autrefois

[Avant FMD parle de Bielinski] Herzen, c’était tout autre chose : c’était le produit de notre classe noble, gentilhomme russe et citoyen du monde avant tout, - un type qui n’est apparu qu’en Russie, et qui ne pouvait apparaître nulle part ailleurs qu’en Russie. Il n’est pas vrai qu’Herzen émigra, qu’il inaugura l’émigration russe : non, il était né émigré.

Tous, tous ceux qui lui rassemblent, sont, chez nous, des émigrés-nés, c’est le mot, alors même que la plupart d’entre eux n’ont jamais quitté la Russie. Dans les cent cinquante ans écoulés de la vie de la noblesse russe, à de fort rares exceptions près, ses dernières racines se sont desséchées, ses derniers liens avec le sol russe et la vérité russe se sont relâchés. Herzen était comme prédestiné par l’histoire même à représenter dans son type le plus marqué cette rupture avec le peuple de l’énorme majorité de notre classe cultivée. Il est à cet égard un type historique. S’étant séparés du peuple, ils ont naturellement aussi perdu Dieu. Les inquiets, parmi eux, sont devenus athées ; les atones et placides, des indifférents. Envers le peuple russe ils n’ont nourri que dédain, tout en se figurant et croyant qu’ils l’aimaient et qu’ils lui souhaitaient tout le bien possible. Ils ne l’aimaient que négativement, imaginant au lieu de lui on ne sait quel peuple idéal, un peuple tel que devrait être le peuple russe selon leur conception. Ce peuple idéal, maint représentant de premier plan de la majorité l’incarnait alors sans plus réfléchir dans la populace parisienne de quatre-vingt-treize : tel était alors l’idéal le plus séduisant d’un peuple. Il allait de soi que Herzen devait devenir socialiste, et cela précisément à la manière d’un rejeton de noblesse russe, c’est-à-dire sans aucune nécessité ni aucun but, par le seul fait d’un « courant logique d’idées », et par vacuité de cœur dans sa patrie. Il avait répudié les bases de la société d’autrefois ; il reniait la propriété, mais réussit en attendant à bien arranger ses affaires, et n’éprouvait pas sans satisfaction l’aisance qui lui était assurée à l’étranger. Il mettait en marche des révolutions, et y incitait les autres, mais en même temps il aimait le confort et la quiétude familiale. C’était un artiste, un penseur, un brillant écrivain, un homme extraordinairement lettré, spirituel, causeur étincelant (il parlait encore mieux qu’il écrivait) et merveilleusement doué pour l’observation réflexive. La réflexion, en tant que retour sur soi-même, faculté d’objectiver son sentiment le plus profond, de le poser devant soi, de lui rendre hommage et tout aussitôt, le cas échéant, de s’en moquer, était en lui développée à un point extrême. Sans aucun doute c’était un homme sortant de l’ordinaire, mais quoi qu’il fît – qu’il écrivît ses mémoires, qu’il publiât une revue avec Proudhon, qu’il montât sur les barricades à Paris (ce qu’il a si comiquement décrit dans ses souvenirs), qu’il souffrît, qu’il se réjouît, qu’il doutât, qu’il envoyât en Russie, en soixante-trois, son appel aux révolutionnaires russes en faveur des Polonais, tout en ce croyant pas aux Polonais, tout en sachant qu’ils l’avaient trompé, tout en sachant que son appel poussait à leur perte des centaines de ces malheureux jeunes gens ; qu’il s’en confessât lui-même, avec une naïveté inouïe, dans un article écrit plus tard, sans soupçonner sous quel jour il se plaçait lui-même par cet aveu ; - toujours, partout et tout au long de sa vie il fut avant tout un gentilhomme russe et citoyen du monde, tout simplement un produit de l’ancien régime du servage, qu’il haïssait et dont il tirait ses origines non seulement par son père, mais précisément par sa rupture avec la terre natale et avec les idéaux de cette terre. 

Last Updated on Sunday, 03 July 2011 17:29
 

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