Note sur la résurrection PDF Print E-mail
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Written by Christian Amphoux   
Thursday, 22 July 2010 08:03

La résurrection

dans le « texte occidental » de Luc 24

Les variantes du récit des disciples d’Emmaüs (24,13-35)

     1. « Oulammaous » (l. Emmaous, v. 13) : renvoie à Béthel d’ap. Gn 28,19. Les disciples sont en route vers la « maison de Dieu »… et ils arrivent à la maison du pain, soit à Bethléem. Voir Jn 2,21, qui associe « le temple » et « le corps » de Jésus, corps représenté par le pain.

     2. Deux groupes de femmes : les premières ne sont pas des proches (absence de « d’entre nous », v. 22) et elles attestent qu’« il est vivant », mot qui renvoie au v. 5 (« le vivant parmi les morts ») ; les secondes sont des proches (« d’entre celles qui sont avec nous », v. 24), elles renvoient au v. 10, elles confirment le témoignage des premières sur le tombeau vide, mais n’ont pas de vision. Le 2e groupe sera remplacé par Pierre, d’ap. le v. 12 (absent du « texte occidental »).

     3. Insistance sur le pain (répété, v. 30-31) qui est « reçu / pris » (répété, v. 30-31), mais pas « rompu » (absence, v. 30). « Prendre le pain » renvoie à Gn 18,5, c’est un signe d’alliance : il apporte aux disciples la conscience qu’ils n’ont pas accès à la vision. La simplification de ce double emploi de « prendre le pain » et l’ajout de « rompre » (par anticipation du mot au v. 35) en fait ici un signe mémoriel de la mort de Jésus.

     4. « Notre cœur n’était-il pas voilé » (l. ardent, v. 32) : les disciples ont conscience de la limite de leur savoir reçu par l’oreille (l’enseignement). Le mot « ardent » en fait un modèle paroissial, leur cœur étant transformé par la conscience de la résurrection.

     5. Les disciples rentrent « tristes » à Jérusalem (v. 33), mot ensuite supprimé. La tristesse renvoie à Gn 4,6, où la tristesse de Caïn accompagne sa conscience qu’Abel lui est préféré. La tristesse est le signe de la perte de la préséance, thème biblique essentiel (voir Jacob / Esaü). Son absence va avec le « cœur ardent » du v. 32, comme modèle paroissial.

     6. Le nom des disciples : Cléopas (v. 18) et Simon (v. 34) ; le couple est cité par Origène. Il repose sur une nouvelle variante : la proclamation « le Seigneur est réellement ressuscité » (v. 34) est prononcé par ces deux disciples ; puis par correction, elle le sera par les Onze. Simon devient alors Pierre du v. 12, puis du v. 24 ; mais ces antécédents n’existent pas dans le « texte occidental ». Or, Cléopas est le nom du frère de Joseph, et Simon est son fils, assimilé aux frères de Jésus (Mt 13,55 / Mc 6,3), en réalité son cousin. C’est dire que la perte de la préséance concerne la famille de Jésus, dans son espoir de succession, au profit du rôle des Onze comme porte-parole du ressuscité, toujours maître de la communauté. Dans le contexte des années 71-107, où ce Simon dirige la communauté de Jérusalem, c’est un désaveu de son orientation. De fait, Jérusalem perd alors le leadership, au profit d’Antioche et d’Ephèse. Avec la variante, ce sens ancien disparaît.

Les étapes de la révélation du ressuscité (1-12 / 13-35 / 36-53)

     1. Deux femmes, qui sont des pleureuses (23,55 : « deux » est ensuite remplacé par « les ») ont la vision de deux anges qui leur révèlent qu’il est vivant (24,3), pour expliquer l’absence du corps au tombeau. Absence de la phrase « il n’est pas ici, mais il est ressuscité » (v. 6), qui sera ajouté par harmonisation. La première leçon est que Jésus est de nouveau vivant.

     2. Deux hommes, qui sont de la famille de Jésus (voir v. 18 et 34), attestent auprès des Onze : « Le Seigneur est réellement ressuscité », apportant ainsi le premier emploi du mot (qui deviendra le deuxième, avec son ajout au v. 6). Le signe du pain renvoie au dernier repas de Jésus, qui se termine dans le « texte occidental » par le partage du pain (22,19a), sans la valeur sacrificielle (« qui est donné pour vous », 19b) ni la coupe sacrificielle (v. 20), venant de Paul (1 Co 11,23-25), sans doute par l’action de Marcion. La deuxième leçon est que Jésus est personnellement ressuscité, avec sa mémoire.

     3. Les disciples, en fin, qui sont onze après la mort de Judas, ont les premiers la vision directe du ressuscité ; et celui-ci apporte une troisième leçon : Jésus est toujours corporel. Le mot « corps » est évité, pour des raisons qu’explique Origène, en critiquant une formulation antérieure « Je ne suis pas un démon incorporel », qui devient « L’esprit n’a pas des os et des chairs comme vous observez que j’ai », formule qui sera légèrement amendée ensuite. Jésus mange alors du poisson grillé devant ses disciples, et le poisson disparaît. La corporalité va dans le sens de Paul (1 Co 15,35-48). Mais elle est atténuée par Marcion, qui la confond avec la résurrection personnelle ; et après Marcion, elle reste atténuée : le v. 40 (absent du « texte occidental ») ramène la corporalité au signe des stigmates.

Conclusion

     La résurrection est le signe que Jésus demeure le chef de la communauté au-delà de sa mort, qu’il n’aura pas de successeur, mais ses disciples comme lieutenants. La résurrection est d’abord une légitimation du pouvoir des disciples comme porte-parole du Jésus céleste.

     La résurrection se manifeste avec trois aspects : le retour à la vie, la mémoire de la vie antérieure, la participation du corps, comprenant os et chair. Plus subtilement, le retour à la vie est seul dans Mt, il est accompagné de la mémoire dans Jn et Lc seul a la corporalité. Autrement dit, à travers ces trois leçons se profile la somme de trois théologies, celle de Pierre et des apôtres, celle de Jean et des Hellénistes ralliés, celle enfin de Paul qui s’est déjà associé au courant des apôtres, en approfondissant la réflexion théologique. Mais dans le monde latin, le dernier aspect devient gênant, il est atténué et tend à se confondre avec le précédent.

     La résurrection de Jésus s’inscrit dans le contexte d’une croyance qui vient d’Egypte et que conteste l’élite de Jérusalem (les Sadducéens) : selon cette croyance, après la mort, il y a un retour à la vie où chacun passe en jugement pour ses actions. Cette croyance oppose ceux qui rêvent d’un monde meilleur (et qui y croient) et ceux qui ont déjà le monde meilleur et n’en veulent pas d’autre plus tard (ils n’y croient pas). La résurrection apparaît alors comme un moyen de faire accepter le contexte d’oppression dans lequel vit le peuple, mais pas son élite.

     La résurrection de Jésus lui ouvre la voie de devenir le juge de la fin des temps, elle change la nature de la direction spirituelle du judaïsme, qui quitte le temple pour s’installer au ciel, à côté de Dieu. La résurrection de Jésus est l’événement fondateur du christianisme comme mutation profonde du judaïsme sacerdotal, lié à un temple discrédité. Mais cette résurrection ne précise pas sa nature, historique ou mythique : les théologiens l’ont d’abord imposé comme historique, ils l’admettent aujourd’hui, plus ouvertement dans le protestantisme, comme étant une réalité mythique.

Last Updated on Sunday, 30 January 2011 13:16
 

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