Sémantique de la mesure. Cas des prix immobiliers PDF Print E-mail
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Written by Adib Gabriel Hathout   
Friday, 04 March 2011 09:36


 

Pour qu’elle soit crédible et en symbiose avec l’état des données dont dispose le prévisionniste moderne, la réflexion sur les déterminants de l’évolution doit inclure un nombre de variables toujours plus important.

 

Bien qu’elles soient homogènes du point de vue de la mesure,- et donc commensurables,- ces variables doivent être comparées avec les plus grandes précautions.

 

En effet, si je prends en photo un avion qui passe dans le ciel, et qu’en la regardant je vois aussi un petit oiseau qui se trouvait à cent mètre de mes yeux, je ne serai pas autorisé à dire que le paysage céleste est composé de l’oiseau et de l’avion. Cependant, une multitude de photos successives m’aurait permis de voir l’oiseau passer rapidement et l’avion demeurer dans le ciel lointain.

 

Si imaginaire soit-elle, l’image que je viens de proposer nous avertit en nous disant de ne pas comparer des variables lentes avec des variables rapides. Pour illustrer les déboires où ces comparaisons peuvent nous conduire, je donnerais volontiers l’exemple de la masse des salaires telle qu’elle apparaît dans une enquête nationale française : la déclaration fiscale 24-83.

 

Quelque mesurée qu’elle soit en euros, la masse des salaires versée par les entreprises d’au moins dix salariés ne peut se comparer au montant des dépenses de formation, également mesurées en euros et renseignées par la même enquête. En effet, cependant que les salaires sont une variable lente, dont la variation est tributaire du code du travail, les dépenses de formation sont susceptibles de fluctuer avec un grand nombre de facteurs environnementaux et n’ont d’autre contrainte, en France, que le minimum légal de 1.2% de la masse des salaires.  

 

Il en va de même lorsque nous guettons les marchés financiers : quelque usuelle que soit une variation de 3% du cours d’une action entre deux séances consécutives, la même variation dans le cours d’une obligation – bien qu’exprimée dans la même unité et par là même commensurable avec la première – dénotera d’un événement infiniment plus important.

 

Distinguer les variables lentes des variables rapides est une habitude à prendre. Elle prémunira notre jugement des excès où l’entraîne une imagination débordante, et orientera l’analyse des causes et des effets vers les raisons les plus vraisemblables.

 

Partant de ce point de vue, je n’ai pas donné de crédit à une réflexion d’après laquelle un ami m’avait dit un jour de l’an 2010, que l’augmentation de l’immobilier parisien était imputable à la croissance démographique. La croissance démographique est-elle si vertigineuse à Paris, lui demandai-je, et si lente à Barcelone où les prix stagnent et sont attendus à la baisse par les plus éminents experts ?

 

La réalité de la prétendue corrélation entre prix de l’immobilier et croissance démographique est la suivante : mesurer les variations en pourcentage ne dispense pas l’observateur d’une réflexion sur la sémantique de la mesure. Car une augmentation du prix de l’immobilier de 17% sur un an est susceptible d’être la conséquence d’une recherche de placement sécuritaire dans une bourse dominée par la corruption, alors qu’une croissance démographique de 17%, jamais vue en France à ma connaissance, pourrait relever d’une multitude de raisons qui n’ont rien à voir avec la natalité française !        

 

Adib G. Hathout

3 mars 2011

 

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