Étalon, mesure et commensurabilité PDF Print E-mail
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Written by Adib Gabriel Hathout   
Saturday, 05 March 2011 10:09

Étalon, mesure et commensurabilité    

 

La mesure a fait son entrée en langue française au quatorzième siècle, presque en même temps que l’étalon. Étant donné qu’étalon et mesure invitent l’entendement à comparer des choses comparables, le concept de « commune mesure », ou « commensurabilité » en a découlé naturellement.

 

On peut dire que l’étalon, la mesure et la commensurabilité appartiennent à la même famille sémantique, et qu’il y a lieu d’en traiter au même paragraphe, tout en distinguant leurs spécificités respectives.  Et d’abord celles de l’étalon.

 

La mémoire du concept d’étalon est dans la théorie de la monnaie, qui est elle-même, on tend souvent à l’oublier, partie de l’éthique d’Aristote ! Pour illustrer ce concept, Aristote a donné l’exemple d’une maison qui vaut la moitié de dix mines. Si, de plus, un lit vaut le dixième de dix mines, c’est qu’il faut cinq lits pour avoir une maison[1].

 

 

 

Le concept d’étalon sert aussi à relativiser l’évolution des prix. Considérons les choses par un exemple. Imaginons que du temps t1 au temps t2, le prix d’un kilo de tomate soit passé de 2 euros à 4 euros et que, dans le même intervalle de temps, le prix d’un billet de cinéma soit passé de 6 euros à 8 euros. Même si, dans l’absolu les deux marchandises ont augmenté, l’expression du prix du billet de cinéma au moyen d’un étalon qui serait le prix du kilo de tomates, a diminué dans une proportion de 3 à 2 (voir tableau ci-après). Nous disons donc que le prix d’un billet de cinéma a diminué, non pas dans l’absolu, mais au regard d’un étalon qui serait le prix d’un kilo de tomates.

 

 

Temps

t1

t2

 

Prix d’un kilo de tomates

2

4

Prix d’un billet de cinéma

6

8

Prix d’un billet de cinéma exprimé en (étalon) kilos de tomates.

3

2

 

 

L’étalon est donc une convention, un nom où l’on entend le mot grec nomisma (νόμισμα). De même que l’euro est un étalon pour mesurer les prix en Europe, le mètre linéaire est un étalon pour mesurer l’écart de deux points sur une droite.

 

Quand nous parlons d’étalon et de convention, nous pensons aussi à la note « la » dans l’accordage d’un piano qui est aussi un étalon. En effet, une convention internationale voudrait qu’au la3 (ou « la » de la troisième octave à partir de la gauche) corresponde une fréquence de 440 hertz.  En vertu de cette convention, le la2 aura une fréquence de 220 hertz et le la4 une fréquence de 880 hertz[2].

 

Enfin, la commensurabilité qualifie au moins deux dimensionnements qui se sont effectués au moyen d’un même étalon.  C’est ainsi qu’en exprimant divers prix (en les dimensionnant) avec un même étalon, nous sommes dans un cadre de « commensurabilité ». Ce mot est parvenu au français depuis le bas latin commensurabilis qui dérive de mensura : mesure.

 

La commensurabilité est l’idéal de tout tableau statistique. Un tableau où toutes les cases sont commensurables est qualifié de « homogène » (même gène par soudure de homo avec gène).

Pour établir la synthèse d’un ensemble de chiffres et les présenter dans un tableau homogène, le statisticien passe parfois plus de temps à réfléchir sur l’étalon qu’à concevoir des algorithmes et à rédiger les programmes appropriés.

 

Révision de l’étalon

 

Il faut enfin noter que certains domaines requièrent une révision constante de l’étalon. C’est le cas pour certains indices statistiques tel que celui de l’inflation ou le prix du panier de la ménagère.

 

Dans un monde qui s’internationalise à la vitesse grand V, c’est le cas également dans les comparaisons internationales. Aucune monnaie, prise isolément, ne peut alors servir d’étalon. À cet égard, une étude à laquelle j’ai participé a proposé de définir l’étalon monétaire par référence à une combinaison de monnaies (un panaché) à pouvoir d’achat constant. Daté de 1994, ce travail considérait comme « incontestable »[3] l’importance de la monnaie japonaise (le yen), et il tendait ainsi implicitement à ne pas mettre en exergue l’émergence de la monnaie chinoise (le yuan) comme facteur déterminant de la préparation d’un étalon. 

 

S’il est vrai que dans le contexte de 1994, cette étude avait un sens pratique, aujourd’hui seule sa valeur méthodologique reste intacte. Autrement dit, si le concept d’étalon, abstraction faite du domaine où il s’applique, garde toute son actualité, mais la mise à jour de l’étalon est souvent de mise.

 



[1] Éthique à Nicomaque. Livre V (Théorie de la monnaie).

 

[2] Etant donné qu’il y a 12 notes dans une octave et qu’au regard d’un clavier bien tempéré, les notes sont équidistantes au sens que la fréquence de l’une vaut celle de la précédente multipliée par une constante, cette constante vaut naturellement la racine douzième de 2.

 

 

[3]Cf. Page 123 de « Description de la conjoncture monétaire par référence à un fond de roulement international composé à pouvoir d’achat constant »  Par V. de Gournay, A. Hathout, Sagombaaye Nodjiram. Les Cahiers de l’Analyse des Données. Vol XIX – 1994-n°1-pp.119-124.

 

 

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