Disproportion PDF Print E-mail
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Written by Charif Rifai   
Sunday, 15 May 2011 12:18

Damas – Printemps 2011

7- Disproportion

 

 

« Lorsque l’Histoire avec un grand H se met à parler, l’histoire avec un petit h doit se taire... »

Georges Tarabichi

 

 

En essayant d’expliquer le sens du mot « events », le professeur d’anglais a demandé à ses étudiants, des jeunes, de différentes nationalités arabes, de donner des exemples historiques d’événements qui les ont marqués. Tous ont cité des exemples dramatiques liés à des guerres, des guerres civiles, des coups d’états... Le professeur canadien s’est exclamé : « it's amazing, realy amazing » et de continuer «  si vous posez la même question à des étudiants américains ou canadiens, ils citeraient surement l’arrivée de l’homme à la lune, l’invention d’internet, de l’ordinateur, du téléphone mobile, de l’antibiotique... Des events qui ont poussé le monde en avant. Vous, vous trainez la tragédie avec vous... ».

 

Oui Monsieur le professeur ! Pire encore, jusqu’à hier si proche, la tragédie sans aucune forme d’espoir, c’était nous incarnée. Beaucoup, de cette jeunesse s’étendant de la mer à mer dans les pays arabes, se sont jetés dans des voies suicidaires. Ils ont vécu la période des kamikazes, des attentats meurtriers, des guerres civiles, des occupations, des dictatures, et  il fallait aux yeux des uns que le sang coule ailleurs pour que le monde daigne regarder  le leur  coagulé par la peur et coulant à flot par l’absurde.  Certains les ont applaudis, d’autres ont compati avec, et beaucoup les comprenaient. Aucun analyste du monde ne pouvaient réellement comprendre qu’être arabe c’était trainer sa mort  dans ses veines, s’accommoder de l’inacceptable et vivre dans l’incompréhension et le doute!

Et puis un jour, un tunisien s’immole par le feu, et un déclic surgit.

 

Révolution !

 

Le mot n’est pas de trop, il n’est pas exagéré. C’est une révolution puisqu’il s’agit d’un changement de mentalité, d’un  repositionnement vis-à-vis de sa propre vie. C’est une révolution car elle commence chez l’individu, en son intérieur propre pour aller de plus en plus vers le monde, un monde plus vaste, meilleur, plus juste.

Lorsque vous descendez dans la rue, c’est que cette rue commence à vous appartenir. Elle devient malgré vous votre espace, votre expression, votre chemin. Le but c’est le chemin, dit-on, donc le but n’est pas tout, le tout c’est d’aller vers. Être dans la rue, c’est décider de dire tout haut ce que le système nous a obligé à dire tout bas, c’est casser la méfiance, les calculs, et oser prétendre détenir des droits.

 

A-t-on remarqué que la mort de Ben Laden fut un évènement majeur partout dans le monde sauf dans le monde arabe ? Comment ? N’est ce pas par ce que l’espace de la rue est rempli par un « essentiel » auquel nous n’étions pas accoutumé ? Lorsque l’Histoire avec un grand H se met à parler, l’histoire avec un petit h doit se taire, dit Georges Tarabichi avec justesse. Et Ben Laden était notre petite histoire, ces dictatures monarchiques, républicaines, princières se ressemblant toutes dans l’abnégation de l’homme, du peuple, du citoyen, étaient aussi notre petite histoire. Petite parce qu’à aucun moment nous n’avons participé à son écriture, et parce qu’elle a fait fi de nous, nous a négligés, marginalisés.  La petite histoire s’est octroyé le droit de parler en notre nom, de nous dicter son dictat. Et nous, apeurés, courant derrière le pain et la simple vie.

 

Pourtant, nous  sommes la terre, nous sommes ses artères, sa fierté enfouie sous les strates des offenses banalisées. Quel est le pays arabe, un seul, qui a donné à ses gens une once de dignité ? Est-ce bizarre alors ces slogans de l’immense rue qui traverse aujourd’hui les frontières quadrillées et poreuses, de ces minis états se réunissant une fois par un dans un anecdotique sommet ne résultant sur rien ?  Cos états, de la mer à la mer, n’ont fait durant des décennies qu’écrire leur petite histoire au détriment de la notre, une histoire mesquine, étroite, disproportionnée avec l’espace de la géographie et celui de l’homme.

 

Les hommes de l’immense  rue n’ont de leçon à recevoir de personne. Ils se sont réveillés lorsque beaucoup pariaient sur leur sommeil, ils ont espéré lorsque les plus éclairés se sont laissé gagner par le désespoir. Ils ont crié pour la vie, pour la grandeur de sa dignité, dans la nation qui a laissé proliférer les candidats à la mort absurde. Laissons parler  les partisans du complot, puisque le complot existe mais quel dommage s’ils ne peuvent  voir que cela. Laissons parler ceux dont les idées sont dictées par la peur, puisque celle là existe et elle est souvent légitime mais ne saurait en aucun cas résumer l’image. Laissons parler les salafistes, les Khadams, les Rifaat et tous ceux qui veulent surfer sur la vague de notre âme, personne ne leur prête attention. Ils sont habitués à la petite histoire et ne savent pas regarder vers les nouveaux horizons qui se créent.

 

Mais ces espoirs naissants n’iront pas sans danger. Une révolution fait autant d’ennemis que de sympathisants. Autant d’euphorie que de déception. Il revient aux éclaireurs, artistes, écrivains, philosophes, poètes, penseurs, de se pencher sur ce moment créatif pour que la voie ne se perde pas.   

Last Updated on Sunday, 12 June 2011 11:28
 

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