Damas – Printemps 2011 8- Dominique Strauss- Khan l’Arabe PDF Print E-mail
User Rating: / 0
PoorBest 
Written by Charif Rifai   
Friday, 27 May 2011 16:57

 

La symbolique de l’image de DSK menotté est sans égal. Personne ne sait ce qui s’est réellement passé dans la suite du chic hôtel newyorkais. Il n’y avait ni journalistes, ni caméras de télévisions ni témoins oculaires. Imaginons la scène : Un homme, l’un des plus puissants du monde, se retrouve seul avec une femme de ménage, musulmane, noire, et n’ayant qu’une carte de séjour. Le haut de l’échelle avec le bas de l’échelle. Le rapport de force ne peut être plus clair. Comment résister contre celui qui se croit tout permis ? Il avait dicté ses volontés à des pays entiers. Le FMI est un nom qui fait peur, il sonne comme un jugement, et l’homme ne manque pas de charme, certains parlent même de charisme. Il a le regard perçant, vindicatif, l’attitude sûre el la démarche confiante.

A l’extérieur, les caméras sont là, campent sur place pour couvrir l’après acte. Pour spéculer sur les détails de l’histoire, pour commenter et tirer des conclusions.

Le huis clos ne s’arrêtera certainement pas à la porte de l’hôtel. Il y aura forcément d’autres épisodes, marchandages. On peut parier que DSK aura une meilleure défense que son accusatrice. Le rapport de force se jouera encore et encore, et il faut attendre le procès et les preuves pour juger de l’impartialité de la justice américaine. Néanmoins, cette justice a démontré que, même le laps d’un instant, le président directeur général du FMI peut- être arrêté rien que sur la foi de l’accusation d’une femme de chambre.

A partir de la, toutes les versions sont possibles. On évoque les antécédents de DSK tandis que d’autres (57% des français selon un des sondage !) parlent de complot, et qui dit complot dit des doigts qui œuvrent dans le noir où la victime se transforme tout de suite en une créature machiavélique , payée et manipulée par des forces des ténèbres qui cherchent à déstabiliser et à retirer de la course présidentielle un potentiel candidat de taille, un des journaliste a intitulé son article : L’affaire DSK est un acte de guerre des USA contre l’Europe (voir : http://www.mecanopolis.org/?p=23267). A croire que le complot devient un mot à usage universel !

Connaitra-t-on la vérité ? Peut être. Ce qui est sûr, si complot est, il a déjà atteint son objectif. S’il s’agit d’une affaire de mœurs, on peut penser sans exagérer que ce n’est pas  une première pour DSK, mais cette fois l’affaire ne passera pas dans l’impunité, du moins pas dans le silence.

 

Mais qu’en est-il de nos huis clos ? Qu’en est-il de nos DSK arabes puissance X ? Qu’en est-il de ces pays fermés où un autre rapport de force se joue depuis des décennies? De l’Arabie Saoudite et Bahreïn jusqu’à la Libye, et du Yémen jusqu’à la Syrie et l’Égypte? L’impunité est une banalité qui ne surprend plus, et la domination du fort sur le faible est un détail. Nos huis clos s’étendent sur un espace illimité, sur des populations entières.  Mamdouh Oudouan, l’écrivain et poète syrien disparu dit : « Imaginez le volume de ce qui est mort en nous pour s’être accoutumé de tout ce qui nous entoure!» Et ce qui nous entoure est difficile à décrire. Ces dictatures ont atteint jusqu’à  nos cerveaux, jusqu’à grisailler nos âmes et notre capacité à s’émouvoir et à espérer. Il n’y a pas pire que de renoncer avec consentement à sa propre liberté pour sa sécurité. Et il n’y a pas pire que de boucher ses yeux devant l’inacceptable en regardant ailleurs.

 

Un ami de 40 ans dont la bonne foi ne fait aucun doute a écrit sur sa page facebook :   

«  Je suis syrien... Je veux garder mon travail modeste... Je veux garder mon salaire modeste... Je veux garder ma demeure modeste... Je veux construire un avenir pour ma famille... Pour tout cela, excusez moi, je n’ai pas besoin de liberté... J’ai besoin de stabilité et de sécurité... ».

Que répondre ? Comment décrire la liberté ? Comment dire que l’air a une odeur autre lorsque les narines sont libres ?

Un autre ami écrit : « nous ne voulons pas de votre révolution à la noix... » Il avait déjà tranché sur le nous et sur le vous. Que répondre encore une fois ?

Un troisième s’insurge- à juste titre- contre l’accueil chaleureux et les applaudissements du congrès américain pendant le discours de Netanyahou ! Quelle hypocrisie dit-il. Et l’assemblée nationale syrienne ? Silence. Le mutisme est de taille, il est nécessaire car le moment est grave et la partie en danger !

 

Faute de ne pas pouvoir pronostiquer sur l’avenir, on se contente des détails. On scrute de part et d’autres les signes du jour, et ceux là changent à vu d’oeil. Désormais, il va falloir consulter le bulletin météo des discours pour savoir qui aimer et qui détester avant de prendre son café matinal, avant de mettre sa veste ou la retourner, n’importe ! Vous avez passé des années à admirer Ardogan ? Vous devez le blasphémer aujourd’hui. Vous avez apprécié Azmi Bichara hier ? Vilipendez-le toute de suite. La mémoire est un effacement circonstancié. La liste de la bourse de l’amour  est mise à jour quotidiennement, heure par heure ! Pariez sur les bonnes actions, celles dont la flèche clignote en tandem avec la télévision officielle.

 

Finalement, je ne sais pas à qui je fais plus de tort, à DSK en le comparant aux dirigeants du monde arabe ou à ces derniers en les comparant à DSK. Il y a de quoi croire que cette comparaison offusquera l’un et les autres. Tant mieux !

Au fond, les hommes ne sont pas si différents que ça, qu’ils soient d’ici ou de là bas. Ce qui fait barrage à leurs exactions, c’est l’éternel jeu du pouvoir et du contre pouvoir. C’est le fait de devoir rendre des comptes, à des électeurs, à la justice. Et c’est le même pays qui nous a infligé des personnalités haineuses comme G.W Bush qui aujourd’hui, nous démontre les espoirs que la justice peut susciter.   

 

Pour ma part, toute présomption d’innocence gardée, j’ai osé rêver que la femme de chambre guinéenne de la suite luxueuse, avait certainement  entendu parler de Rosa Parks qui le 1er décembre 1955 refusa de céder sa place dans le bus, à un homme blanc, et fut condamnée pour ce crime qui a finalement conduit à l’abolition, une année plus tard, de la ségrégation dans les bus. C’était avant que, quelques années plus tard, un certain Martin Luther King ne lance son fameux I have a dream that one day.

J’ai osé rêver aussi, que notre mystérieuse femme de chambre, n’était pas indifférente à l’exemple de Bouazza, et que ces révolutions qui secouent le monde arabe aujourd’hui malgré leurs trébuchements, les pièges qu’elles doivent affronter et les craintes qu’elles suscitent, ont contribué à ce qu’elle décide de se défendre quelques soient les conséquences d’un rapport de force inégal. Car, y a-t-il réellement autre chose à retenir de l’histoire de l’humanité à part cette magnifique épopée que des hommes ont toujours conduite contre d’autres hommes pour un peu plus d’amour, un peu plus de droit, et  pour que la dignité soit totale, sans condition et sans partage. 

Last Updated on Sunday, 28 September 2014 09:23
 

Promotion 1963

MLFcham Promotion 1963

Giverny - Mai 2004

MLFcham Giverny - Mai 2004

Athènes - Oct 08

MLFcham - Athènes - Octobre 2008

Promotion 1962

MLFcham Promotion 1962