Le pari du Conseil de coopération du Golfe PDF Print E-mail
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Written by Léosthène-Hélène Nouaille   
Wednesday, 20 July 2011 10:16

La lettre de Léosthène, le 14 mai 2011, n° 668/2010
Septième année. Bihebdomadaire. Abonnement 350 euros.
http://www.leosthene.com/

Les limites géographiques sont effacées et les lignes d’une nouvelle politique arabe se dessinent ” écrivait Fayçal Métaoui pour le quotidien algérien El Watan le 12 mai dernier (1).

“ Les effets diplomatiques des révoltes arabes, toujours en cours, commencent à apparaître clairement. Après la réconciliation interpalestinienne, impensable il y a 5 mois, le Conseil de coopération du Golfe (CCG) envisage d’ouvrir ses portes à la Jordanie et au Maroc ”. C’est Abdellatif Zayani, le secrétaire général du CCG qui réunit Arabie saoudite, Bahreïn, Emirats arabes unis, Koweït, Oman et Qatar, qui a informé la presse à l’issue d’une réunion du groupement régional le 10 mai dernier dans capitale séoudienne, Riyad. Si la Jordanie, voisine de l’Arabie Séoudite, avait présenté une demande d’adhésion, la proposition faite au royaume marocain, qui n’appartient pas à la même zone géographique, a surpris.

La nouvelle est reprise jusqu’en Chine, par l’agence Xinhua comme par le Quotidien du Peuple et appelle de nombreux commentaires dans la presse arabe. “ Le 25 mai prochain, le Conseil de coopération des pays du Golfe fêtera ses 30 ans ” rappelle pour sa part RFI (2). “ Un Conseil doit-on le rappeler, créé sous la pression des Etats-Unis et dont le but est d’assurer la stabilité économique financière et politique de toute une région. Mais en acceptant l’adhésion du Maroc et de la Jordanie, le CCG veut de toute évidence, changer de cap et de stratégie ”. Changement très bien compris au Maroc, où Hassan Tarek lui-même, membre du bureau politique du parti marocain Union des Forces populaires (USFP), interrogé par Al Jazeera, évoque un “tournant stratégique" dans la vision politique et d'un effacement des frontières liées aux révoltes qui grondent dans cette région du monde ”.

Révoltes qui contraignent, avec l’activisme iranien et les difficultés économiques des pays en transition (3), les acteurs arabes à se débarrasser de ce que El Watan appelle “ des dogmes et des théories de l’âge de glace ” pour des raisons que le quotidien libanais L’Orient le Jour commente sans ambages : “« Le leadership du Golfe ressent le besoin d'avoir son propre réseau pour protéger ses intérêts et sa sécurité, ne pouvant plus compter sur ses alliés traditionnels occidentaux », depuis les révoltes dans le monde arabe, a déclaré hier Mohammad Masri, chercheur au Centre d'études stratégiques à l'Université jordanienne. Dans ce contexte, « l'adhésion des monarchies restantes, la Jordanie et le Maroc, a pour but de renforcer ce réseau, en contrepartie d'avantages économiques pour ces deux pays », a-t-il ajouté. « Le sentiment des dirigeants arabes est qu'ils ne peuvent plus compter sur les États-Unis pour les protéger et qu'ils doivent se réorganiser dans le but de se protéger », a pour sa part déclaré Samer Tawil, un ancien ministre jordanien ”.

Hors le Bahreïn et le sultanat d’Oman, les pays membres du CCG, qui appartiennent tous à l’OPEP, détiennent en outre des moyens considérables : “ Le Maroc, qui a besoin d’investissements soutenus pour absorber la crise du chômage et améliorer le niveau de vie des populations, connaît parfaitement la force de frappe des six pays membres du CCG en la matière (...). Selon des estimations occidentales, il est prévu que les Etats du CCG détiendront plus de 3500 milliards de dollars en investissements directs à l’étranger d’ici 2020 ” (1). Voilà qui n’échappe pas au Financial Times (5), qui, ayant peut-être mal lu la réaction mesurée du Maroc, insiste sur la satisfaction d’une Jordanie qui depuis la chute de l’Irak en 2003 “ a été laissée dans le froid ”, postule à son entrée dans le club fermé depuis sa création pendant la guerre Irak-Iran et estime que la solution à ses problèmes économiques passe par un accord économique régional : “ Petit, terre aride, entourée de voisins très affirmés, le royaume hachémite de Jordanie a toujours recherché la protection d’alliés plus puissants que lui ”.

Au Maroc, à l’extrémité occidentale de la planète arabe, le palais a exprimé “ sa pleine et entière disponibilité à mener des consultations approfondies avec le CCG en vue de définir le cadre d'une coopération optimale avec cette importante région du monde arabo-musulman ”, évoqué “ l'importance et la particularité « des relations fraternelles » qui le lient aux pays du Golfe arabe ” et rappelé le prix que le royaume accorde à une meilleure coopération dans sa propre région, le Maghreb, “ un « attachement naturel et irréversible à l'idéal maghrébin et à la construction de l'Union du Maghreb Arabe, choix stratégique fondamental de la nation marocaine »” (6), un point de vue très compréhensible quand on sait les conflits qui l’opposent à son voisin algérien et le peu de relations économiques interétatiques au Maghreb, l’essentiel des échanges se faisant avec l’Union européenne. En outre, si le CCG est un club de monarchies, l’Algérie et la Tunisie sont des Républiques, et, remarque Osama El Khalifi, lui-même fondateur du Mouvement du 20 février marocain, il faut se garder “ de construire une coalition contre les pays qui ont réussi à changer ” (5).

Bien sûr, on peut voir le mouvement des monarchies conservatrices du Golfe comme une réaction de protection contre les mouvements démocratiques qui bousculent l’ordre établi. On sait comment l’Arabie Séoudite est intervenue au Bahreïn pour y briser les manifestations, comment les Etats du Golfe ont ouvert les robinets au bénéfice de leurs populations pour anticiper les troubles possibles ou en gestation. Mais Fayçal Métaoui, pour El Watan, voit au-delà des manoeuvres une perspective autrement plus large : “ Autant dire que l’UMA (L’Union du Maghreb arabe), qui cumule les rendez-vous ratés et n’arrive pas à s’ouvrir aux populations ni à adopter des mécanismes démocratiques de fonctionnement, fait face à un nouveau défi. La révolution des jeunes en Tunisie et celle en cours en Libye vont accentuer la pression sur cette union qui, tout compte fait, aura deux choix : s’adapter et se moderniser ou cesser d’exister ”. Une pression qui n’épargne aucun des Etats autocrates, quels que soient les nostalgiques de l’ordre à tout prix, y compris dans les démocraties occidentales – ou en Iran, dont le pouvoir de nuisance pourrait s’éroder de l’intérieur et l’attractivité décroître.

On peut se demander encore si le club du CCG restera fermé aux républiques – il ne comprend que des monarchies – ce qui décevrait profondément la jeune Tunisie, où la presse traite le sujet avec enthousiasme. Si le CCG va travailler avec la Ligue arabe, parvenant à insuffler une nouvelle vie à une institution largement impotente. Ou encore détailler les arrières pensées des promoteurs de l’élargissement du groupement et, s’ils existent, de ceux qui les y encouragent. Pourtant la toile de fond est différente, quelque chose de fort est en cours qui dépasse les calculs utilitaristes. Peut-être Fayçal Métaoui, dont il faut saluer la liberté de ton et de plume dans un pays très corseté, voit-il juste quand il écrit avec optimisme qu’au-delà “ du souci de se prémunir des changements rapides tel que vécus en Tunisie et en Egypte, les pays membres du CCG aspirent, convaincus de leurs forces financière, énergétique et diplomatique, à se poser comme une nouvelle puissance. Une puissance qui aura la voix haute face aux alliés du Nord ”.

Oui, les lignes d’une nouvelle politique arabe pourraient se dessiner. Pourquoi pas ? Relevons le pari.

Hélène Nouaille
Notes :

(1) El Watan, le 12 mai 2011, Fayçal Métaoui, Les pays du Golfe veulent prendre la locomotive du monde arabe
http://www.elwatan.com/evenement/les-pays-du-golfe-veulent-prendre-la-locomotive-du-monde-arabe-12-05-2011-124179_115.php

(2) RFI, Radio France Internationale, le 11 mai 2011, La Jordanie et le Maroc font acte de candidature au sommet des pays du Golfe      
http://www.rfi.fr/moyen-orient/20110511-jordanie-le-maroc-font-acte-candidature-sommet-pays-golfe

(3) Le Blogfinance, le 12 mai 2011, Elisabeth Studer, L’Egypte demande l’aide du FMI
http://www.leblogfinance.com/2011/05/legypte-demande-laide-du-fmi.html

(4) L’Orient-Le-Jour avec l’AFP, le 12 mai 2011, Renforcement du “Club des monarchies arabes” au sein du CCG
http://www.lorientlejour.com/category/Moyen+Orient+et+Monde/article/703567/Renforcement_du_%3C%3C+Club_des__monarchies_arabes+%3E%3E_au_sein_du_CCG.html

(5) The Financial Times, le 12 mai 2011, Tobias Buck à Jerusalem et Eileen Byrne à Tunis, Gulf states’ ouvertures delight Jordan
http://www.ft.com/cms/s/0/fd0d2fce-7cbb-11e0-994d-00144feabdc0.html#ixzz1MDZI9RHL

(6) Le Matin, le 11 mai 2011, Le Maroc accueille avec un grand intérêt l'invitation d'adhérer au CCG
http://www.lematin.ma/Actualite/Journal/Article.asp?idr=110&id=150912

Léosthène, Siret  453 066 961 00013 FRANCE  APE 221E  ISSN 1768-3289.
Directeur de la publication : Gérald Loreau
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Directrice de la rédaction : Hélène Nouaille ( This e-mail address is being protected from spambots. You need JavaScript enabled to view it )
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Last Updated on Wednesday, 20 July 2011 10:23
 

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