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Bahreïn et l’architecture sécuritaire américaine au Moyen-Orient PDF Print E-mail
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Written by Léosthène-Hélène Nouaille   
Thursday, 17 November 2011 10:02


On le sait, le président Obama n’a pas réussi à obtenir du gouvernement irakien le maintien de troupes américaines en Irak au-delà de la fin décembre 2011, hors une poignée de conseillers militaires. Le 21 octobre dernier, il annonçait le retrait des 39000 soldats encore présents. Dans le même temps, “ l’Irak cherche à élargir sa coopération militaire avec l’Iran ”, note l’agence chinoise Xinhua (1), quand le chef d’état-major irakien Babaker Zebari, en visite dimanche dernier à Téhéran, précisait au général Mohammad Pakpour, commandant de l'armée de terre des Gardiens de la Révolution islamique (GRI), que le but de sa visite était de “ développer les relations bilatérales ” entre les deux pays. Lequel l’assurait “ que l'Iran n'épargnerait aucun effort pour aider les Irakiens à construire la sécurité dans leur pays ”.

L’instabilité dangereuse de l’Irak, l’emprise iranienne sur son voisin et la configuration générale du paysage moyen-oriental, troubles en Syrie compris, n’étaient certes pas le but de guerre recherché par Washington lorsque George Bush lançait en 2003 son offensive contre Saddam Hussein. Les intérêts américains dans la région n’ont toutefois pas changé (sécurité du pétrole, d’Israël, alliances régionales). Leur préservation a contraint le Pentagone à travailler sur une nouvelle architecture sécuritaire – dans un contexte tendu par une situation politique et budgétaire difficile aux Etats-Unis. L’idée générale est de retourner à la configuration qui prévalait avant l’invasion de l’Irak en accroissant la présence maritime américaine tout en conservant, au Koweït par exemple où des négociations sont en cours, des unités de combat terrestres.

Il s’agit aussi de consolider les relations avec les pays membres du Conseil de coopération du Golfe : l’Arabie Séoudite, qui domine le Conseil, les Emirats Arabes Unis, le Koweït, le Qatar, le sultanat d’Oman et bien sûr
le Bahreïn, tous entretenant des relations bilatérales fortes avec Washington, tous producteurs d’hydrocarbures, tous soucieux de se protéger des ambitions – et des forces armées - iraniennes et tous demandeurs de protection américaine. Le Qatar et les Emirats se sont d’ailleurs engagés aux côtés des forces de l’OTAN en Libye, les Emirats et le Bahreïn étant également présents en Afghanistan. “ L’administration a proposé d’établir une alliance multilatérale plus forte entre les six nations et les Etats-Unis ”, notait le New York Times le 29 octobre dernier. “ Leon E. Panetta (secrétaire à la Défense) et Hillary Clinton (secrétaire d’Etat) ont révélé la proposition d’alliance lors d’une rencontre inhabituelle en marge de l’assemblée des Nations Unies à New York le mois dernier ” (2).

Proposition qui requiert encore l’approbation du Conseil, dont les leaders doivent se réunir à nouveau en décembre dans la capitale séoudienne, Riad, la forme de coopération envisagée par l’administration devant aider à dépasser les rivalités entre les six nations ”. Le cheik Khalid ben Ahmed al-Khalifa, ministre des Affaires étrangères du Bahreïn précisait, selon la même source, que l’alliance proposée “ était rendue nécessaire par le retrait (américain d’Irak) pour faire montre de l’existence d’une défense unifiée dans une région dangereuse. « Le jeu est maintenant différent », a-t-il dit, « nous devons être partenaires en opérations, sur les problèmes qui se posent et dans de nombreux domaines où nous devrons travailler ensemble »”. Notons que tous ces pays sont à majorité sunnite, au contraire de l’Iran et l’Irak – sauf le Bahreïn, où la majorité est chiite sous une famille régnante sunnite, la famille al-Khalifa, contestée dans la rue depuis février 2011, en écho aux soulèvements populaires de Tunisie et d’Egypte.

      Or le Bahreïn tient une place particulièrement importante sur l’échiquier américain.

Jusqu’aux récentes révolutions au Moyen-Orient, les relatives stabilité et loyauté de Bahreïn envers les Etats-Unis ont été commodes pour les responsables du Pentagone. La 5ème Flotte américaine dispose – avec plusieurs milliers de personnel à terre, environ 30 navires de guerre, et quelque 30000 marins – d’un quartier général à Juffair, un faubourg de la capitale de Bahreïn, Manama. La 5ème Flotte surveille la mer d’Oman, la mer Rouge, la partie ouest de l’Océan indien et le Golfe persique, s’assurant que les voies maritimes restent ouvertes, protégeant les flux de pétrole, conduisant des opérations anti-pirates et contrôlant l’influence régionale iranienne. Bahreïn abrite encore la composante maritime de l’US Central Command (NAVCENT) et offre une base aérienne aux forces américaines à l’aéroport international de Bahreïn ” (3). Dans l’optique d’un accroissement du rôle de la marine, la place de Bahreïn est donc centrale.

Les deux universitaires américains, Alexander Cooley (Barnard College) et Arnold Saltzan (Georgetown) qui se penchent, pour Foreign Affairs, sur le problème posé par les troubles récurrents à Bahreïn et par l’intervention directe de l’Arabie Séoudite voisine pour réprimer les manifestants le soulignent : “ l’usage de la force par des troupes étrangères contre des manifestants pacifiques dans un pays où les forces américaines sont aussi présentes implique nécessairement Washington ”. D’autant que si les Etats-Unis affirment avoir été “prévenus mais non consultés” à propos de l’intervention séoudienne, “ des rumeurs circulent aujourd’hui : les US auraient donné leur accord en échange de la zone d’exclusion aérienne au-dessus de la Libye ”. Washington se trouve donc dans une situation délicate, partagée entre leur désir affiché d’un assouplissement du régime en place vis-à-vis d’une opposition chiite qui ne regarde pas, de fait, vers Téhéran, et la nécessité de garder le soutien de la monarchie régnante.

Discussions et atermoiements ont occupé l’été passé, alourdis par les confrontations domestiques partisanes entre ceux qui reprochent à Barack Obama son retrait d’Irak et ceux qui déplorent qu’il soit aussi tardif. Et par les disputes budgétaires entre démocrates et républicains autour de la réduction annoncée du budget du Pentagone (450 milliards sur dix ans). Rester à Bahreïn ? Partir ? Trouver, en dépit du coût supposé d’une telle opération, un autre havre ? Mais la détérioration de la situation en Syrie, alliée de l’Iran et pièce centrale des rapports de force dans la région, la volatilité de la situation politique en Egypte, les troubles continus au Yémen qui abrite des éléments d’al Caïda, le durcissement de la position israélienne, la stabilisation de l’Arabie Séoudite enfin, semblent avoir emporté la décision : il faut rester à Bahreïn, voire y consolider la présence des forces américaines.

L’alliance avec le Conseil de coopération du Golfe « ne sera pas une OTAN demain » confiait donc au New York Times (2) un responsable de l’administration américaine sous couvert d’anonymat, les négociations diplomatiques se poursuivant, « mais l’idée est de travailler à une intégration accrue ». L’idée est aussi, appuyée par les Etats du Golfe - vigoureusement par l’Arabie Séoudite - d’isoler l’Iran en lui imputant tous les méfaits possibles (attentats, aide apportée aux chiites de Bahreïn, ce qui serait une nouveauté, développement du nucléaire militaire) et en accentuant les menaces de sanction à son encontre – tout en spécifiant que l’option militaire reste ouverte. Notons ici, sans présumer aucunement du futur, que les Etats-Unis, malgré le trouble profond qui paralyse l’administration américaine, parvient, au contraire de l’Europe, à préparer un futur, que l’on considère ou non leurs choix comme pertinents n’étant pas ici le sujet.

Bien sûr, le petit Bahreïn (665km2, 1,2 million d’habitants) est instable et la position américaine ambiguë dans un environnement volatil.

Mais Gulliver n’est pas totalement immobile...

Hélène Nouaille
      



Cartes :

La mer d’Oman (Arabian sea)
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/4/41/Arabian_Sea_map.png

Bahreïn et le Golfe persique :
http://www.lethist.lautre.net/img_croissance_economique/carte_kuwait_bahrain_1976.jpg


Notes :

(1) Xinhua, le 14 novembre 2011,
L’Irak cherche à élargir sa coopération militaire avec l’Iran
http://french.cri.cn/621/2011/11/14/302s260967.htm

(2) The New York Times, le 29 octobre 2011, Thom Shanker et Steven Lee Myers, US Plans Post-Iraq Troop Increase in Persian Gulf
http://www.nytimes.com/2011/10/30/world/middleeast/united-states-plans-post-iraq-troop-increase-in-persian-gulf.html?_r=2&pagewanted=all

(3) Foreign Affairs, le 5 avril 2011, Alexander Cooley et Daniel H. Nexon, Bahrain’s Base Politics
http://www.foreignaffairs.com/articles/67700/alexander-cooley-and-daniel-h-nexon/bahrains-base-politics?page=show#

La lettre de Léosthène, le 16 novembre 2011, n° 710/2011
Septième année. Bihebdomadaire. Abonnement 350 euros.
http://www.leosthene.com/



 

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