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La préhistoire des évangiles par Christian-B. Amphoux PDF Print E-mail
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Written by Christian Amphoux   
Thursday, 10 May 2012 09:32
     Les évangiles sont la partie centrale de l’Ecriture sacrée des chrétiens, tout le monde le sait. Mais pourquoi sont-ils quatre ? Pourquoi se répètent-ils autant, pour finalement nous en dire très peu sur l’histoire de Jésus, qu’ils ont l’air de raconter ?

 Si l’on met le nez dans les évangiles, très vite, on n’y comprend plus rien : quel est l’enjeu du ministère de Jésus ? Veut-il devenir le roi des Juifs, comme certains le considèrent déjà ? Et pourquoi cette histoire est-elle devenue si importante pour les chrétiens ?

     Depuis le 18e siècle, les biblistes chrétiens ont analysé les évangiles avec un esprit critique qui les a fait évoluer par rapport aux idées antérieures traditionnelles, mais n’ont pas encore permis d’y voir clair sur la bizarre réunion de quatre livres qui semblent raconter la même histoire, diffèrent en réalité sur de nombreux points et se contredisent même parfois : ne fallait-il pas plutôt choisir le meilleur de ces livres, plutôt que de transmettre cette histoire compliquée par des témoignages qui s’opposent trop souvent ?

     Deux théories nées au 19e siècle ont permis d’avancer, sans encore aboutir ; nous allons en rappeler l’essentiel avant de proposer une description nouvelle du parcours qui donne naissance en trois générations à une première édition des évangiles, par laquelle on explique qu’ils soient quatre, mais qui n’est encore que le brouillon des évangiles que nous lisons, devenus des livres simples (en apparence), à la portée de tous, sources de tant d’images fortes, à côté de tant d’usages abusifs destinés à étendre par tous les moyens l’influence du christianisme, pour ne pas dire sa domination.

Les premiers pas de la critique

     Le constat d’une trame historique commune des évangiles, avec de nombreuses répétitions et presque autant de contradictions a stimulé les esprits, à la recherche d’une explication de cette collection curieuse des quatre évangiles et fait naître deux théories.

     La première théorie explique la partie commune de trois des évangiles, Matthieu, Marc et Luc, en faisant l’hypothèse d’une source littéraire commune, écrite en araméen, contenant une collection des paroles de Jésus et dont les récits auraient été « détachés », autrement dit placés librement à tel ou tel moment du ministère de Jésus, sans tenir compte de la chronologie des faits rapportés ou évoqués. Au départ de la théorie, cette source commune est assez vague et éloignée des trois évangiles qui en dérivent ; mais peu à peu, cette source s’identifie à une première rédaction de Matthieu, lequel devient ainsi un proche témoin de cet évangile primitif supposé. Il faut dire qu’une première rédaction de Matthieu en araméen a bien quelques attestations anciennes fiables ; mais un tel ouvrage n’existe que vers l’an 100, il n’est donc pas identifiable à la source commune des trois livres. Toujours est-il qu’une partie des biblistes du 19e siècle opte pour cette théorie et admet peu à peu Matthieu comme le plus proche de l’évangile primitif.

     La deuxième théorie s’applique aux mêmes évangiles et part d’un constat : la collection des paroles de Jésus existe dans Matthieu et Luc et pas dans Marc, tandis que les récits de Marc sont en grande partie les mêmes que ceux de Matthieu et ceux de Luc. Il y a donc, d’une manière dominante, deux traditions à l’origine des trois évangiles, une triple (narrative) et une double (faite de paroles de Jésus). De là naît la théorie des « deux sources » : d’un côté, une source narrative, très proche de Marc, et de l’autre, une source de paroles dite « source Q » ; Matthieu et Luc ayant en plus des récits de naissance de tradition autonome chez chacun. Une deuxième partie des biblistes préfère cette théorie, qui s’appuie également sur un témoignage ancien, celui de Papias, vivant au début du 2e siècle, mentionnant deux évangiles écrits les premiers, celui de Marc à Rome, qui est narratif, et celui de Matthieu, présenté comme une collection de paroles écrites en araméen.

     Le devenir de ces théories est surprenant : à la fin du 19e siècle, la première théorie devient catholique, sans doute à cause de la parole de Jésus « Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise » (Mt 16,18), qui ne se trouve que dans Matthieu ; et l’autre théorie devient protestante, sans doute parce que Marc, devenu le proche témoin de l’écrit narratif primitif, n’a pas cette parole, qui semble réserver la légitimité aux successeurs de Pierre, c’est-à-dire aux papes. Un décret romain de 1912 interdit même l’enseignement de la théorie des « deux sources ». Mais vers 1950, l’interdit a été levé, et protestants et catholiques s’accordent dans leur majorité pour choisir la théorie des « deux sources ». Pourtant, la cause n’est pas entendue : cette théorie préférée a éliminé l’autre, mais elle a bien des défauts et ne rend pas compte de manière satisfaisante des rapports que l’on constate dans le détail de la comparai­son des évangiles. La théorie a un mérite reconnu, elle fonde une distinction capitale qu’il faut faire entre une source de paroles et une autre narrative ; mais pour le reste, elle doit encore progresser ; et c’est le sujet de la présentation qui suit : il y a bien une source de paroles, mais celle-ci connaît une évolution, dont Matthieu et Luc transmettent deux stades différents ; il n’y a pas une source narrative, mais deux, dont l’une concerne également la tradition de Jean ; enfin, la rédaction finale se fait seulement au début du 2e siècle, et pour les quatre évangiles dans un même projet littéraire, qui rend compte de l’organisation en quatre livres. Sur la théorie des « deux sources », il existe une littérature considérable ; en revanche, sur les trois points où je propose une modification de la théorie, la bibliographie est encore inexistante. Il faut encore attendre quelques années que le débat ait lieu.

La collection des paroles de Jésus

     Nous avons aujourd’hui trois états de la collection des paroles de Jésus : celui des sections de paroles de Matthieu ; celui de l’Evangile selon Thomas, découvert d’abord par fragments, puis en version copte intégrale en 1945, dans une collection de traités en copte à Nag Hammadi (Egypte) ; et celui qui occupe la partie centrale de Luc (10,23-18,14). Deux de ces états nous sont parvenus par les quatre évangiles ; le troisième n’a pas été transmis, mais retrouvé lors d’une fouille dans les sables d’Egypte. Aucun de ces trois états n’est en araméen, alors que la collection primitive attestée par Papias était en araméen. Nous avons donc au total quatre états de la collection à envisager, le premier, en araméen, ayant disparu. L’histoire de la collection aurait, en somme, les étapes suivantes : (1) la collection primitive en araméen date des débuts de la communauté primitive de Jérusalem, dirigée par les apôtres, avec Pierre à leur tête et le concours d’un scribe, Matthieu, pour mettre par écrit ces fameuses paroles ; (2) la collection dissidente de l’Evangile selon Thomas semble correspondre à la dissidence des Hellénistes, évoquée en Actes 6-8, leur premier chef Etienne étant lapidé et le second Philippe partant vers le sud, sans doute pour se rendre à Alexandrie et y fonder une école se donnant comme enseignement de base une révision en grec de la collection primitive, qui serait une première rédaction de l’Evangile selon Thomas ; (3) la collection contenue dans Matthieu reflète l’état de la collection primitive après sa traduction en grec, sans doute pour réagir à la collection dissidente qui existe dans cette langue ; et un témoignage ancien et oublié attribue à Jacques, le frère de Jésus, d’avoir traduit en grec la collection primitive ; (4) dans les années 50, Paul élabore une théologie nouvelle et conteste la place qu’ont prise les paroles dans le débat entre les chrétiens : pour lui, le plus important, ce n’est pas l’enseignement que transmettent ces paroles, mais le caractère sacrificiel et rédempteur de la mort de Jésus, qui révèle ainsi sa nature à la fois humaine et divine ; mais Paul n’est pas aussitôt suivi, il rend simplement nécessaire un réaménagement des paroles intégrant une partie de sa théologie ; (5) la collection qui occupe le centre de Luc représente cette révision de la collection primitive, avec le vocabulaire de la traduction en grec de Jacques, réunissant l’enseignement des apôtres et celui de Paul pour leur donner autorité, mais faisant également une petite place à la collection dissidente des Hellénistes, de manière que ce nouvel état soit reçu comme l’écrit de synthèse servant de référence commune à tous les chrétiens.

     Bien entendu, cette proposition de synthèse, probablement composée vers 60 à Jérusalem sous le contrôle et l’autorité de Jacques, frère de Jésus, va échouer à devenir la référence de la foi des chrétiens ; autrement, le Nouveau Testament tiendrait en ces 20 ou 30 pages. Le rejet de la synthèse ne vient pas des dissidents, mais de Paul : sa théologie n’a pas été suffisamment comprise et intégrée, les paroles doivent laisser cette place centrale à un autre genre littéraire qui raconte quelque chose de l’histoire fondatrice et de l’événement Jésus. Et Paul suggère à quatre disciples qui suivent ses enseignements à Rome, et qu’il nomme deux fois dans ses dernières lettres (Col 4,10-14 ; Phm 25), d’élaborer une nouvelle référence, avec un genre littéraire différent.

La distinction de deux traditions narratives

     Jacques et Paul meurent tous deux, semble-t-il, en 63, l’un à Jérusalem et l’autre à Rome ; et Pierre est martyrisé à Rome lors de la persécution des chrétiens qui fait suite à l’incendie de la ville en juille 64. Or, dans le court laps de temps qui sépare la mort de Paul et celle de Pierre, Marc, auditeur de Paul, s’attache à Pierre et met par écrit ses enseignements qui apportaient aux paroles de Jésus un contexte narratif, d’après Papias ; et un témoignage récent ajoute plusieurs précisions intéressantes : il s’agit d’une lettre de Clément d’Alexandrie, vivant vers 200, dont la copie est découverte près de Jérusalem sur les pages de garde d’un livre imprimé ; et selon ce témoignage, Marc aurait gagné Alexandrie après le martyre de Pierre et aurait amplifié son livret écrit à Rome, en ajoutant d’une part un récit tiré des « notes » ou « mémoires » de Pierre, d’autre part des paroles destinées à mener leurs auditeurs au cœur le plus secret de la théologie.

     Ce témoignage permet de distinguer dans Marc deux traditions narratives : (1) la partie commune aux trois évangiles contenant les récits disposés dans le même ordre dans les trois livres ; (2) les autres épisodes, dans lesquels on distingue trois séries : d’abord, des épisodes communs avec Luc, qui forment un récit que l’on peut identifier avec le Marc romain ; ensuite, une séquence narrative qui peut représenter l’élément narratif ajouté à Alexandrie ; enfin, des épisodes contenant des paroles de Jésus correspondant à celles que le témoignage indique comme ajoutées à Alexandrie.

     Cette analyse nouvelle permet de voir dans ce deuxième ensemble de Marc la première forme d’une tradition narrative écrite dans les années 60, à Rome, puis à Alexandrie, et de lui faire correspondre une deuxième forme présente dans Luc et contenant les récits du ministère qui ne font pas partie de l’autre ensemble. Dans Matthieu, il ne s’agit pas à proprement parler d’une troisième forme de cette tradition, mais d’une contraction des deux formes de Marc et de Luc, rédigés à une période plus tardive. Cette première tradition narrative est totalement oubliée, pour son contenu, alors que sa date précoce, deuxième moitié des années 60, a été retenue, pour Marc. Et ce que raconte cette tradition ne laisse pas de surprendre : il n’est pas question du ministère de Jésus, de son baptême à sa mort (ce sera le sujet de l’autre tradition), mais d’un survol de toute la première génération chrétienne, depuis le ministère de Jésus, qui n’occupe qu’un seul épisode, jusqu’à la mort de Jacques, peu de temps avant l’écriture de Marc. Jésus apparaît comme l’acteur principal, mais ce qui n’est pas dit, c’est qu’il agit après sa mort et résurrection depuis le ciel, par le biais de ses disciples. La période est structurée par six événements distants entre eux de sept années : (1) le début du ministère de Jésus, en 28 ; (2) la conversion de Paul, en 35 (Ac 9) ; (3) l’accession de Jacques à la tête de la commu­nauté, vers 42 (Ac 12) ; (4) la conférence de Jérusalem, où Jacques affirme son autorité, en 49 (Ac 15) ; (5) le début du séjour de Paul à Ephèse, où il va élaborer la christologie, vers 56 (Ac 19) ; (6) la mort de Jacques, en 63. Dans cette tradition, deux problèmes nouveaux sont posés : quel statut donner aux paroles de Jésus ? Et à qui reviendra la légitimité, à la deuxième génération ? Le statut des paroles est évidemment scripturaire, puisque Jésus est Dieu et non un rabbin comme les autres, autrement dit, les chrétiens ont l’ambition d’introduire dans la Bible, sous une forme qui n’est pas encore certaine, le livre contenant les paroles de Jésus et d’en faire leur référence à la fois commune et spécifique. Quant à la légitimité, elle ira à l’héritier de Pierre et Paul, ce qui exclut ceux des frères de Jésus qui pouvaient espérer succéder à Jacques et constituer une dynastie. La perspective est alors, probablement, de réformer le judaïsme en installant ce successeur légitime au temple, comme il a été question, en 63, que Jacques devienne le grand-prêtre du temple de Jérusalem.

     La deuxième tradition narrative réunit les épisodes disposés dans le même ordre dans les trois évangiles et raconte le ministère de Jésus, de son baptême à sa mort, selon un parcours en cinq étapes : (1) l’année 28, du baptême à l’enseignement chez le péager ; (2) le printemps 29, avec la mort de Jean le Baptiste et un changement de stratégie de Jésus ; (3) autour de la fête des Tentes, à l’automne 29, où Jésus révèle publiquement sa messianité ; (4) le début du printemps 30, où Jésus dialogue sur sa messianité avec les principaux groupes de Jérusalem ; (5) la fin des temps et la passion, qui débouche sur le mystère de la résurrection. Ce qui est nouveau, dans cette histoire, c’est que la mort de Jésus vient à la fin ; désormais, on ne rapporte plus l’évolution de la première communauté, mais l’accomplissement que représente la mort de Jésus. Nous sommes manifestement après la destruction du temple, en 70, avec un objectif nouveau des chrétiens, celui de remplacer le temple par la prédication de la mort rédemptrice de Jésus, conformément à la christologie élaborée par Paul à Ephèse, vers 56. Un schéma tout à fait analogue réunit une partie des épisodes de Jean et constitue une autre forme de cette deuxième tradition narrative, peut-être plus ancienne que celle qui est commune aux trois autres évangiles. Et ce rapprochement nous éclaire sur les origines probables de cette tradition narrative. Papias, avant de parler de Marc et Matthieu, mentionne deux de ses maîtres, l’un à Ephèse, Jean le presbytre, disciple de Jean l’apôtre, et Aristion, un autre presbytre, chef de la communauté de Smyrne. Dans les années 80-90, ce sont eux qui ont, probablement, l’initiative de cette tradition, dans ses deux formes : Jean à Ephèse et Aristion à Smyrne.

Le projet de la rédaction finale

     Vers l’an 100, une synthèse en araméen de cette première littérature est réalisée à Antioche et constitue une tradition locale qui ressemble, dans son organisation générale, à Matthieu, porte alors le nom d’Evangile selon les Hébreux et est attribuée au Matthieu qui a jadis rédigé la collection primitive des paroles, sans doute parce que celle-ci est intégrée dans le livre, qui comprend également les deux traditions narratives combinées pour former un grand récit du ministère de Jésus, la première tradition consistant en une contraction des deux formes qu’elle présente dans Marc et Luc ; de plus, un récit de naissance est ajouté en prologue au ministère.

     Parallèlement à cette tradition d’Antioche, il existe à Ephèse une importante littérature chrétienne : (1) une collection d’entretiens de Jésus, sans doute rédigée par Jean l’apôtre après l’échec de la collection de paroles revue par Jacques vers 60 et avant les premiers écrits narratifs ; (2) une forme de la deuxième tradition narrative, qui intègre un petit nombre des entretiens de Jésus et que l’on doit à Jean le presbytre ; (3) une collection de lettres de Paul, en particulier 1 Co et Ro, citées vers 95 par Clément de Rome ; mais d’autres probablement déjà. On peut alors parler d’une tradition d’Ephèse.

     Le projet qui va donner naissance à la rédaction finale, celle qui réunit toutes des parties des quatre évangiles, est encore à venir. Il est exprimé, sous l’apparence d’un sens pastoral anodin, dans la lettre aux Ephésiens d’Ignace d’Antioche, qui se trouve en Asie, dans la région d’Ephèse et Smyrne, vers 110, en transit vers Rome. Ignace veut réunir les traditions d’Antioche (qu’il apporte avec lui) et d’Ephèse (qu’il découvre sur place) pour en faire une « tradition des apôtres » qu’il entend mettre par écrit. Mais ce n’est pas tout. Ignace a encore le projet de donner à cette réunion le statut d’Ecriture sacrée, comme est celui de la Bible juive qui n’a pas encore reçu de livre chrétien en complément ; et pour que ce statut s’inscrive dans la tradition qu’il veut constituer, il a recours à une spéculation philosophique qui a déjà été utilisée au 3e siècle avant notre ère, et qui a laissé sa marque dans l’organisation des livres de la Septante. La spéculation vient du Timée de Platon, où le dieu créateur a l’idée d’instaurer un lien entre le monde spirituel « intelligible » et le monde matériel « sensible », lien qui devient « l’âme » du monde. Cette âme est conçue avec la structure de l’octave, c’est-à-dire, dans le langage pythagoricien, un ensemble de notes construit grâce aux rapports numériques de la quarte et de la quinte. Or, si les fréquences vibratoires des deux notes limitant l’octave sont de 1 et 2, la quarte et la quinte à l’intérieur de cette octave ont comme rapport numérique 4/3 et 3/2 ; et ces nombres forment une double proportion, l’une séparant deux moitiés et l’autre, un tiers et deux-tiers ; autrement dit, la proportion est d’égalité et du simple au double. Ignace veut réactiver cette double proportion et organiser le matériau des deux traditions réunies en définissant un point central par rapport auquel apparaîtront la proportion du simple au double et la proportion d’égalité.

     Les évangiles, réunis dans l’ordre Matthieu – Jean – Luc – Marc, forment effectivement cette double proportion, de part et d’autre d’une pièce liminaire ajoutée dans Jean (7,53-8,11), la femme adultère. Par rapport à cet épisode, les parties narratives sont disposées dans la proportion du simple au double, et les paroles de Jésus, dans la proportion d’égalité. Plusieurs manuscrits attestent cet ordre ancien des évangiles, qui est manifestement un ordre savant, celui de la rédaction finale, où toutes les parties des évangiles sont rassemblées pour la première fois et dans un ordre qui ne variera plus, à l’intérieur de chaque évangile. Seul l’ordre des évangiles sera ensuite modifié, et la présence des pièces liminaires qui marquent le centre (la Femme adultère) et la fin (la Finale longue) des quatre livres sera encore discutée. A côté des évangiles figure enfin une collection des lettres de Paul, elle aussi soumise à une disposition qui forme une proportion complémentaire de la double proportion évangélique. Au total, un édifice majestueux, aussi architectural que littéraire, compliqué pour notre esprit, mais utilisant des codes appartenant à la culture grecque dans laquelle s’inscrit encore cette littérature, la culture judéo-hellénistique.

Conclusion

     La réalisation du projet d’Ignace est sans doute l’œuvre de son continuateur, Polycarpe de Smyrne, vers 120-130. Mais cette tradition évangélique savante ne nous est pas transmise, car la culture judéo-hellénistique s’effondre à partir de 135, après la défaite de Bar Kokhba, à Jérusalem : les chrétiens vont alors s’employer à convertir leurs ouvrages dans la nouvelle culture qui s’impose à eux, la culture gréco-romaine. Cette conversion va prendre deux générations. D’abord, celle des écoles romaines de Marcion, Justin et Valentin, qui travaillent sur les évangiles entre 140 et 160, mais qui échouent à faire la conversion qu’attendent les chefs d’Eglise ; le travail sera repris à Alexandrie, puis à Antioche, à la fin du 2e siècle et aboutira aux premières formes de la tradition ecclésiale des évangiles et des épîtres de Paul.

Last Updated on Thursday, 10 May 2012 09:59
 

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