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Afrique : bruits de bottes autour du Sahel PDF Print E-mail
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Written by Hélène Nouaille- Léosthène   
Monday, 16 July 2012 12:14
Au Mali, qui appartient par le nord du pays à cette vaste zone qui traverse l’Afrique d’ouest en est au sud du Sahara, le Sahel, « nous sommes désormais, et à ce jour, en présence de deux ensembles qui se combattent, les Touaregs et les islamistes. Numériquement, ces derniers ne sont qu’une poignée, entre 300 et 500, mais ils sont fortement armés grâce au pillage des arsenaux libyens et ils détiennent des otages européens et algériens » constate l’historien et spécialiste de l’Afrique Bernard Lugan (1). Et l’on voit arriver à Alger, le 4 juillet dernier, la conseillère «Afrique» à l’Elysée Hélène Le Gal, le «Monsieur  Sahel» du Quai d’Orsay, Jean Félix Paganon, pendant que, nous apprend le quotidien algérien El Watan (2), « le ministre délégué chargé des Affaires africaines, Abdelkader Messahel, a reçu successivement les ambassadeurs des Etats-Unis, de Chine et de Russie ».

Objet de cette mobilisation générale ? « Le «front» du Mali inquiète au plus haut point les pays voisins, mais aussi les puissances occidentales qui redoutent à juste titre la sanctuarisation du Sahel par les différents groupes terroristes qui y opèrent. La tension est telle que certains pays, notamment ceux de la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest), souhaitent urgemment une intervention militaire dont les formes devraient être clarifiées si possible via un mandat de l’ONU
» résume El Watan. On se souvient (3) que le Mali est en outre coupé en deux après que l’armée régulière a été battue dans le nord et que des militaires ont pris le pouvoir à Bamako le 22 mars dernier.
Les autorités de transition mises en place depuis ont été impuissantes à reprendre le terrain perdu.

Bref rappel des événements, avec Bernard Lugan : « Au mois de janvier 2012, de retour de Libye, les Touaregs du MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad, région du nord-est du Mali) culbutent l’armée malienne puis ils proclament l’indépendance de l’Azawad. Profitant de l’aubaine, les islamistes d’Al Qaida et de ses diverticules régionaux se joignent au mouvement avec des objectifs totalement différents puisqu’ils prônent la création d’un califat transnational. Ils sont aidés par un dissident touareg qui fonde le mouvement Ansar Dine constitué au départ par une fraction touareg ifora à laquelle se joignent des combattants islamistes arabes ou sahéliens ». Cette alliance contre nature entre un mouvement touareg sécessionniste et les groupes islamistes n’aura pas duré. Les Touaregs ont été contraints d’abandonner Tombouctou et Gao.

Or les islamistes y font des ravages : « à Tombouctou, la population va prier autour des tombeaux de saints locaux pour leur demander la guérison ou la réussite. Ceci est considéré par les fondamentalistes comme une forme d’idolâtrie qu’il importe d’éradiquer avec la plus grande fermeté car Allah, dieu unique qui seul mérite prière et invocation, interdit de demander à d’autres ce qui ne relève que de Lui. Ce sont les tombeaux de ces saints qui sont actuellement détruits et non les mosquées. Cependant, certaines de ces dernières parmi les plus célèbres abritent elles aussi des tombeaux qui vont être rasés » (1). Selon l’AFP (4), ce sont sept des seize mausolées de saints, classés par l’Unesco, qui ont été détruits entre le 30 juin et le 2 juillet derniers. Et, selon la même source, le choléra est apparu à Gao, dans le nord-est du pays, où 28 cas (dont deux décès) ont été relevés.

Parmi « les pays du champ » sahélien (Algérie, Mauritanie, Mali et Niger), l’Algérie a bien sûr une position particulière. Un certain nombre des radicaux islamistes qui composent les groupes rivaux réunis par commodité sous le nom d’AQMI (Al Caïda au Maghreb islamique) sont d’origine algérienne. Leurs activités mafieuses (trafics en tout genre, des cigarettes à la drogue et aux êtres humains, enlèvement et négociation d’otages) sont parfaitement connues d’Alger. Mais, nous dit El Watan (2), l’Algérie continue à défendre une « solution politique qui consisterait à négocier avec les parties en conflit, dont les redoutables Ançar Eddine qui mènent une opération malsaine de destruction des symboles de l’islam populaire ». Soucieuse d’éviter toute intervention militaire étrangère dans ce qu’elle considère comme sa zone d’influence, même sous la bannière de l’ONU, elle s’appuie sur la position de Washington pour plaider une négociation avec des éléments dits “modérés” des radicaux.

« Le secrétaire d’Etat adjoint pour les Affaires africaines Johnie Carson, le chargé de l’Afrique auprès de l’Agence américaine pour le développement international (USaid) Earl Gast, ainsi que les experts des affaires africaines Nii Akuetteh et Rudolph Atallah, appuyaient devant la Chambre des représentants du Congrès américain la feuille de route algérienne ». Que négocie donc Washington avec l’Algérie ? Et les atermoiements continuent, de sommets régionaux prévus et annulés aux conciliabules impliquant les autorités transitoires maliennes et les pays du Maghreb (le Maroc a appelé à "une intervention urgente et conjointe" des Etats islamiques et de la communauté internationale selon l’AFP) et de l’Afrique de l’Ouest. La France a présenté au Conseil de l’ONU une résolution adoptée le 5 juillet à l’unanimité – résolution qui diffère une intervention armée. « Le Conseil se contente "de se déclarer prêt à examiner plus avant cette requête une fois que des informations supplémentaires auront été fournies en ce qui concerne les objectifs, les moyens et les modalités du déploiement envisagé" » (5).

Est-il possible de laisser une poignée de mafieux réfugiés sous couverture religieuse talibaniser la frontière sud du Sahara ? Non, mais leur éradication suppose une volonté collective difficile à trouver tant les intérêts régionaux et étrangers sont divergents, nous l’avons écrit ici (6), comme une réflexion sur la viabilité des frontières issues de la colonisation. Comment répondre aux revendications des Touaregs traditionnellement nomades ? On a vu, avec la division du Soudan entre nord et sud (7), que la balkanisation de la région n’amenait pas la paix, au contraire. Qu’en sera-t-il du Mali ? Du Niger dont le nord est riche en uranium ? De la Mauritanie fragile qui ouvre le Sahel à l’océan Atlantique ? Des groupes radicaux (Boko Haram) qui opèrent au Nigeria ? Des liens qui s’établissent avec les groupes radicaux de Somalie à l’Est de l’Afrique ? En attendant, reprend, réaliste, Hassan Moali pour El Watan, « la formation d’un gouvernement fort à Bamako (Mali) est la condition sine qua non pour valider les deux options de travail (la négociation ou l’action armée). En effet, seul un gouvernement fort est à même de légitimer une éventuelle intervention militaire au Mali sous mandat de l’ONU et de l’Union africaine, à laquelle les pays de la CEDEAO appellent de leurs vœux. Cette procédure offre une sorte de couverture “locale” à une opération forcément étrangère destinée à mettre hors d’état de nuire les groupes terroristes
».

Il faut donc s’attendre à des “développements” autour du Sahel, même si la situation, complexe et mal connue des populations en Europe et aux Etats-Unis ne passionne pas l’opinion – les Européens occupés de leur crise de l’euro, les Américains de leur élection présidentielle.

Les bruits de bottes ne sont pas imaginaires. Seul est inconnu le calendrier.

Hélène Nouaille


Cartes :

La zone du Sahel :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Sahel_Map-Africa_rough.png

Les pays de la CEDEAO :
Bénin, Burkina Faso, Cap-Vert, Côte d’Ivoire, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée-Bissau, Liberia, Mali, Niger, Nigeria, Sénégal, Sierra Leone, Togo
http://www.foram-forum-mali.org/img/CEDEAO.jpg

Le Mali en Afrique :
http://www.ambafrance-ml.org/IMG/jpg/ac029f0.jpg

Le Mali, routes et pistes :
http://www.astrosurf.com/luxorion/Sciences/carte-mali-detail.jpg


Document :

Site touareg : http://www.temoust.org/


Notes :

(1) Blog de Bernard Lugan, le 3 juillet 2012, Que se passe t-il vraiment à Tombouctou ? Point de situation et d’explication
http://bernardlugan.blogspot.fr/2012/07/que-se-passe-t-il-vraiment-tombouctou.html

(2) El Watan, le 4 juillet 2012, Hassan Moali, Déstabilisation du sahel : l’Algérie s’implique dans la crise malienne
http://www.elwatan.com//une/destabilisation-du-sahel-l-algerie-s-implique-dans-la-crise-malienne-04-07-2012-177157_108.php

(3) Léosthène n° 743/2012, le 24 mars 2012, Sahel : le Mali fragile est tombé

(4) AFP, le 4 juillet 2012, Nord du Mali : choléra déclaré à Gao, deux morts en deux jours
http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5jMF1roYPS0QAeq0YnVHHMTJ6FfzA?docId=
CNG.8ee1266f7afe7843c792afea756b5b43.591

(5) Le Monde, le 5 juillet 2012, Mali : l’ONU appelle à sanctionner les rebelles d’Al Caïda
http://www.lemonde.fr/afrique/article/2012/07/05/mali-l-onu-appelle-a-sanctionner-les-rebelles-lies-a-al-qaida_1729954_3212.html

(6) Léosthène n° 692/2011, le 10 septembre 2011, Empressement intéressé autour du Sahel

(7) Léosthène n° 632/2011, le 8 janvier 2011, La partition du Soudan, comme un cauchemar

Léosthène, Siret  453 066 961 00013 FRANCE  APE 221E  ISSN 1768-3289.
Directeur de la publication : Yves Houspic
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Directrice de la rédaction : Hélène Nouaille ( This e-mail address is being protected from spambots. You need JavaScript enabled to view it )
Copyright©2012. La Lettre de Léosthène. Tous droits réservés


Last Updated on Monday, 16 July 2012 12:31
 

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