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Pour un souvenir ...ce Saraqueb d'hier par Simone lafleuriel zakri PDF Print E-mail
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Written by Simone lafleuriel zakri   
Tuesday, 13 November 2012 10:37
    Souvenirs de promenade   autour de  Saraqueb et dans la région de A*In Dara au nord à   Ebla (Tell  Mardikh)et Salamieh   plus au sud.. 

   
Saraqueb est un peu à l’écart de l’autoroute Alep Damas,  sur cet axe  nord-sud qui  va de la Turquie à Damas, le Liban ou   plus au sud   la Jordanie. A quelques centaines  mètres  avant le village et  environ 60 kms d’Alep se trouve   l’embranchement  en autoroute mais   incomplète  en arrivant à  Lattaquié   qui va vers la côte et Kassab  à moins de 200 kilomètres. 
Saraqueb est une grosse bourgade agricole dans une vaste  et longue plaine  plutôt vert-fluo de cultures renaissantes  à peine l’hiver  terminé et  au début du printemps. Dès le début de l’été et jusqu’au prochain printemps, toute la plaine et ses rondeurs   deviennent  rousses et jaunes  et rouge d’argile ou noire de sa terre grasse des champs aux  moissons récoltées..
 

Une région ponctuée de tells :
Les  tells  qu’en Iran on désigne par tépé, font partie de tout le paysage syrien. Ces sites  sont d’ailleurs  des milliers en particulier en Syrie du nord. Ils  parsèment    le paysage   des  zones frontalières de   la Turquie au nord, avec laquelle l’histoire syrienne partage  de nombreux et prestigieux témoignages des deux côtés d’une  ligne de séparation  tout à fait artificielle et tracée par les puissances  mandataires   en accord avec les Kémalistes ottomans ,  à la  totalité de la steppe et de  la Djéziré.  Ces tells  sont   dans la majorité des régions de l’Euphrate et les affluents  célèbres :  le Balikh,  le  Jaghdjagh et le Kabour .  Nous    découvrons, toutes les dizaines de kilomètres  et à tous les coins de l’horizon, ces    tertres   presque toujours bien conservés  et semblables   à de régulières collines. Brulées, grillées  par le soleil une partie de l’année, très  vertes au printemps, ces collines artificielles  aux contours réguliers  sont  fleuries de jaunes  fleurs de colza, ou  de coquelicots écarlates  ou   même de  blancs bouquets de coriandre sauvage aux plants échappés des cultures de la  plaine. Elles  sont encore ponctuées de touffes drues de câpriers. Des groupes de paysannes en famille  cueillent les précieuses  câpres   à peine formées  en grains  ou  boutons renflés, verts encore tendres, comme  nous les découvrions  partout dans la campagne mais aussi vers Ain  Dara,  au nord d’Alep .
Le site que nous visitions à chaque voyage,  après notre rituel pèlerinage à saint Siméon,  surplombe des champs de coton ou de fèves  et   tout un damier de cultures arrosées  par la rivière et  des  rigoles de la source –aïn  en arabe-
 
 Les vestiges du site syro- hittite, aux lions de basalte dressés et ceinturés d’une enceinte de basalte noir  ornés de griffons, ailés, ouvrent sur l’intérieur et le temple  principal par  une large  entrée et   un escalier aux marches gravées  de trois grandes empreintes de pieds. Le site   qui n’est que l’un des établissements  assyro hittite mais le seul dégagé  se découvre  au-dessus  des rives de    la rivière’ Afrin.


Ebla, la prospère savante

 Revenons vers l’autoroute et vers Tell  Mardikh-Ebla. 
Le vaste  site du bronze ancien, moyen, récent et plus,  est à une dizaine de kilomètres  à l’est de la ville.   D’un ovale  régulier, élevant un rempart  fortifié au-dessus  de la plaine,   il est le plus  médiatisé des sites de   cette partie  nord-est  du Mohafazat d’Idlib et  peut-être de tout le pays.   Depuis  plus d’une quarantaine  d’années,  le tell     était régulièrement fouillé  par la mission célèbre de l’italien Paolo Matthiae.   De précieux objets dégagés régulièrement,  de fabrication  locale  ou arrivés de  tous les empires frontaliers d’Anatolie au nord, de la côte méditerranéenne   à l’ouest,  de Sumer vers l’est ou de l’Egypte pharaonique  au sud,   s’entassaient dans les  riches et royales demeures de la  rayonnante cité  Ebla.  Depuis quelques années,  enfermés dans le très moderne musée d’Idlib, ils sont,  sans doute et  depuis,  en danger d’être  pillés.  Des mercenaires doivent se faire un magot en trafiquant des inestimables trésors des innombrables sites archéologiques et comme en Irak,  les expédiant  par les pays frontaliers : Turquie,   Jordanie  et surtout Liban, vers les USA grand repaire pour les spéculateurs d’antiquités.
 
Chaque année, grâce à un aménagement du parcours de découverte intelligent balisé et agrémenté  de panneaux clairs, illustrés de photos     et en trois langues, le vaste champ  de fouilles  dévoilait à des touristes de plus  en plus nombreux et arrivés en autobus  ou en véhicules  divers, la richesse toujours plus grande des palais, acropole,  temples, quartiers de marchands d’artisans ou  de commerçants  et    sa  bibliothèque bilingue en langue éblaïte et  sumérienne aujourd’hui installée dans les musées d’Alep et Idlib sans doute !   Ces milliers de tablettes d’argile durcie    consignaient les savoirs, savoir- faire et les archives de toutes les disciplines  administratives comme économiques ou littéraires et dictionnaires.


Oliveraies  et pistachiers : le territoire des arbres

  De gauche et droite, et partout  tout  autour  de Saraqueb Maarat al Noman comme d’Idlib, où nous revenons  en prenant la direction   vers le sud, nous    longeons   d’immenses oliveraies.  
l’autoroute nous emmène vers  une étape à Hama la mélodieuse,  comme on la nomme et la nommait Barrès,  car bruissante du grincement de  ses norias  encore en action.
Les oliveraies  couvrent de leurs alignements  parfaits de   millions d’arbres,  les pentes   vallonnées   de collines et des tertres  qui vont du nord  et  la frontière turque vers Hama au sud et  en    paysages   plus  monotones  à l’ouest d’Hama.  Au carrefour de khan Cheikhoun,  c’ est aussi  la direction  qu’il fut prendre vers l’ouest,  vers    Massiaf  et   ses vallons et  vallées étroites, bien  boisés, arrosés et    ombragées.    Massiaf est surplombée  par la forteresse de Sinan, le chef de la secte ismaélienne.  C’est  l’un de ces centaines de châteaux fortifiés,   mais  lui plus modeste et très austère et sans   luxe. Rien de commun avec le Krak de Chevaliers  ou les  autres puissantes forteresses croisées dont certaines à la destination   bien expliquées   et  à l’histoire  évoquée    par l’auteur Pierre Benoît, dans sa « Châtelaine du Liban ».   Vers le  sud-ouest et la  vallée de l’Oronte,  on peut atteindre dans la journée même   mais  plus lointaine   et dans une plaine d’une parfaite platitude,  Afamia,  la splendide Apamée  aux artères parcourues par Cléopâtre !


De Saraqueb à Hama : pistaches  ….d’Alep !

 Les oliveraies  au feuillage de petites  feuilles  allongées  vert olive plus précisément vert gris -  cultivés pour ses fruits  ( quatre vingt dix millions d’oliviers en Syrie mais des  secte  l’olivier aux gènes d’origine  recherchés par tous les oléiculteurs du monde  )   alternent de Saraqueb à Hama  avec les vergers de pistachiers : des arbres graciles,  peu denses de  feuillage, et pas très élevés,  -deux mètres peut-être dans les  parcelles cultivées  pour plus de commodités pour la récolte  mais jusqu’ à dix mètres quand même  en liberté !  
Oliviers et pistachiers sont bien alignés et espacés par des allées bien dégagés de  deux mètres environ, dans une plaine à peine moutonnante qui va vers l’ouest et le djebel Zawiyé
 

La montagne calcaire.
 
Le célèbre  djebel   abrite  d’innombrables sites byzantins inscrits au patrimoine culturel mondial de l’humanité, et les vestiges de villes presque intactes avec hôtelleries  à étages, églises, bains, citernes, habitations confortables, pressoirs à huile.  Les villages  dont le grand site d’Al Bara sont  silencieux et  presque abandonnées  sous l’ombrage de leurs oliviers et arbres fruitiers dont  des cerisisers nombreux. Sergilla et d’autres villages byzantins moins connus  eux   bien      ensoleillés  et bien aérés ,  s’étendent au plus haut des  collines sèches. Ils   offrent  les alignements de  ruines  blanches  ou grises  aux blocs  parfois énormes  et parfaitement  taillés  et  solidement ajustés   aux photographes  enthousiasmés à la fois par les vestiges mais encore la lumière et la végétation.  Toute la région est facilement parcourue par les habitants et les visiteurs  car quadrillée de très bonne petites routes  qui toutes sont reliées à l’autoroute  à moins de 6o kms à  l’est et les villes qui la bordent.
    
La montagne calcaire, là,  est  truffée de grottes et caches propices à la guérilla  dans  les replis de la  montagne des quarante : Djebel Arbaïne – des  40 martyrs -    sans doute quarante rebelles,  hostiles  à la présence mandataire française et qui y furent assassinés. Le djebel Arbaïne est dominé  sur sa crête par de nombreux hôtels et restaurants ; la vue s’étend large sur la plaine au delà d’Idlib,  le climat  est frais.  Les Alepins y viennent en « estivage ».  Une étroite   vallée  au pied du djebel,  court vers le sud, montant en direction du sommet du massif. Elle est plantée de vergers de cerisiers, et autres arbres fruitiers : grenadiers, pruniers, abricotiers poiriers, pommiers et  vignes. De nombreux petits bourgs agricoles se suivent tout au long d’une route étroite et sinueuse,  parcourue d’ habitants à moto, de paysans en tracteurs ou en suzukis toujours surchargés. Les villages  sont approvisionnés par de  multiples boutiques  et  ponctuent le trajet. Toute la région est bien peuplée.
Toute  la plaine aux alentours  de  Saraqueb  va butter vers l’ouest sur cette chaîne alignée nord sud,. Elle  ondule  à  découvert  jusqu’ à l’horizon, et de partout l’on voit très loin dans toutes les directions, y compris vers l’est, et  vers la steppe au delà de Tell Mardikh, le prestigieux site d’Ebla. Très agricole et  riche  productrice en blé, céréales et  élevage (animaux de basse cour et  bovins et ovins ) la région commerçait  déjà avec la Mésopotamie. Elle fournissait des céréales, de la viande  mais  aussi de précieux objets manufacturés de la  marqueterie, incrustations d’os ou de nacre et des cuirs. A Saraqueb, peu d’immeubles élevés. Ce sont des maisons rurales basses et fermées dans des cours ombragées de vignes et de grenadiers et autres arbustes..
La ville très agricole s’est bien étendue et développée ces années dernières. Les Alepins  et les habitants de toute la Syrie allaient à Saraqueb pour y déguster une célèbre spécialité à base de lait de vache très riche à la naissance des veaux
 

Un délice : « Haytalié » 
Le « haytalié » est une spécialité renommée  de Saraqueb : C’est une sorte de crème blanche à base d’amidon, de lait et de sucre qui se découpe en cubes frémissants et se sert avec  des  glaçons  et de petits morceaux concassés de pistaches.  Plus que délicieux ! Il y avait de grands restaurants ombragés dans des jardins sur l’autoroute où tous  se rendaient en famille pour déguster le fameux « haytaliyé ». C’est à moins de 60 kms  d’Alep.. 

Salamiyeh  capitale des   Agha Khan.
Dans toutes la région et surtout vers l’est,  il y a partout de bonnes routes qui desservent le moindre village et, de plus, la route par Salamieh est devenue une alternative pour gagner Palmyre par la steppe ! Salamieh  est une  ville ou  plutôt une grosse bourgade un peu à l’écart à une soixantaine de kilomètres  entre les deux   : Hama  et Homs. Assez poussiéreuse   elle est  affectée depuis plusieurs années et comme tant de régions de l’ouest et le sud -syrien,  par une sécheresse dévastatrice. Autrefois   en terre fertile et  abreuvée par les eaux de l’Oronte  et par de longs  canaux qui la reliait même à Apamée vers l’ouest.  Elle comptait depuis   des années sur l’approvisionnement   de ses puits mais  donnant une eau  de plus en plus profonde  et polluée par les pesticides. l’eau   potable est fournie par une usine modernisée et de traitement   de l’eau de l’Oronte. Une étrange citadelle médiévale  couronne  le cratère d’un volcan isolé, posé  en sentinelle droit au- dessus de  la plaine !  Salamieh  est  la capitale d’origine des Agha Khan ismaéliens. On y découvre  dans un petit jardin fleuri de roses le mausolée de l’Agha Khan flanquée d’une bibliothèque et un centre culturel .Une association des Amis de Salamihyé  œuvre  avec intelligence  pour un développement  durable,  un eco tourisme respectant  la nature fragilisée par le réchauffement climatique  qui affecte  bien sûr toute la Syrie  comme  tout le Moyen Orient.
Cette association œuvre ou oeuvrait pour  la protection  des nombreux sites archéologique  et la conservation d’un habitat rural original.  Je connais bien toute cette vaste région  que j’ai découvert grâce à la famille  ismaélienne très célèbre des   Maghout dont l’un était un  poète et écrivain syrien  renommé et l’autre ; un  illustre  mathématicien et directeur de l’institut d’histoire  des Sciences arabes d’Alep. 

Maarat al Noman :
Le prochain  arrêt  après  les détours vers le djebel Zawiyé à l’ouest et et Salamieh  à l’est,  est pour cette ville célèbre  car   abritant  deux anciennes  mosquées et  le  tombeau    du Calife Omar enterré dans  cette ville. Mais c’est surtout   le lieu de naissance, de vie  et de travail et d’enseignement  à d’innombrables étudiants ou érudits  accourus de partout,  d’un immense poète syrien connu du monde entier  et philosophe et  ascète :  Abou al  Alaa al Ma’arri. Son tombeau  est uu peu à l’écart de la grande rue envahie  à ses heures par d’incroyables étals  rengorgeant    de   fruits et légumes odorants et colorés venus des  terres maraîchères  environnantes.  Peu de touristes s‘arrêtaient  dans cette  grosse  bourgade agricole,  un  marché  assurant en saison, en  pistaches écloses  dans leur enveloppe  rose, l’ approvisionnement de la Syrie et du monde. 
Ma’arat est surtout détentrice d’une collection magnifique de mosaïques romaines et byzantines présentées dans un joli musée autrefois un
 caravansérail - ou Khan ottoman -  du 16eme siècle. Il  est  à craindre, et comme au musée de Qalaat Mardikh  proche d’Apamée,   que les  précieuses mosaïques aient été volées !  Toute la région y compris d’ Idlib et des environs, est d’une grande richesse en vestiges archéologiques  de toutes les  époques  mais  Ma’arat  était encore  mieux connue de locaux pour  la vente et « revente » des  motocyclettes indispensables pour le déplacement des hommes allant à leur travail et  le transport d’une ville  au village de  toute  la  famille   !   
Mais ce que les Alépins racontent de Ma’arat et des vergers partout l’entourant, c’est  qu’il faut être dans les champs  pendant  les quelques  nuits où   juste  arrivées à maturité, toutes ensembles, les pistaches  fendent et ouvrent  leur coque : une écale  blanchâtre et  très dure,  Elles  émettent  alors un délicieux , tout à fait  magique et inoubliable craquement  !  le fruit frais  offre  alors une  délicate amande   qui se voile d’une  légère enveloppe rouge :  une peau très douce e t veloutée dont on le débarrasse  rapidement de crainte  qu’en noircissant  à l’air, elle ne  le gâte.
 

Se souvenir de toute cette région si belle à parcourir à toutes les saisons, et que l’on  découvrait aussi à chaque  déplacement à  travers la Syrie,  est aujourd’hui un crève cœur…Impossible sans une infinie tristesse de se dire que ces sites sont,sans doute ravagés, pillés, que l’activité de ces nombreuses et très actives missions archéologiques syro- étrangères ou syriennes pures  des archéologues multidisciplinaires - est suspendue mais surtout que   la vie y est arrêtée dans les champs, comme dans les vergers même si nous apprenons que la récolte dont celle actuelle des  olives a eu lieu !  Comment  survit-on  dans les petites villes si souvent traversées où, sans doute, désormais  la violence, l’insécurité  et le danger sont partout, et que nous ne savons plus quand il nous sera possible de la parcourir de nouveau,  pour de si heureux pique-niques à la saison des cerises, des pistaches ou des figues  mais dont le prétexte était d’aller de nouveau photographier  ces si attachants paysages et l’activité  si attachante dans sa variété et fébrilité  des habitants. 

S.Lafleuriel – ZAKRI
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Professeur en retraite de l’Education Nationale, France ; historienne, et auteure  de nombreux articles conférences et :« Syrie, berceau des civilisations » ACR Paris ; la  « Botaniste de Damas », Ed.Encre d’Orient, Paris ; et « Mémoires d’un herboriste andalou »à paraître fin 2012.                    
Last Updated on Saturday, 24 November 2012 11:09
 

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