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Le Syrien Errant par Charif Rifai PDF Print E-mail
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Written by Charif Rifai   
Friday, 04 January 2013 14:18
Damas – Printemps 2011-Ch.18- Le Syrien Errant... 

Il a pourtant donné à boire au Christ sur son chemin de croix. Il a pourtant pris dans ses bras les rescapés de la colère venu du ciel... Il n’est pas pour autant épargné, il est condamné à l’Errance.
Et... traverse le temps et l’espace. Je te vois sous une tente dans un camp de réfugiés exposé aux regards des visiteurs éphémères. Je te vois exilé, amassé sur toi et sur les tiens, livré aux marchandages des charognards, affairistes, vendeurs...  Je te retrouve en file interminable devant une boulangerie où l’obus macabre te foudroie  avant même que la farine ne devienne le pain béni de la survie rude.  Je te contemple du haut de mon indifférence dans une fosse commune drapé du blanc... Les images me renvoient alors tes yeux à l’hostilité douce. Qui des vivants affronteraient ce regard pénétrant, absent et immortel ?  Qu’est-ce qui te distingue ? Ta dignité dit-on. Mais elle n’est pas propre à toi, elle est celle de tous les sexués remplissant leurs poumons d’une première bouffée d’oxygène. Aujourd’hui aucune dignité ne pourra se passer de ton exemple. Aucune cruauté non plus!

Comment est ton assassin ? Ne le laisse pas t’enliser vers son abîme.  Rends le immortel, tel est son châtiment : voguer éternellement dans les mémoires, emblème de l’injuste au front, du barbare ritualisant le meurtre, le collant à son âme effritée. Mais n’effrite pas pour autant la tienne, la mienne.

Le Radeau de la Méduse est une banalité disponible sur youtube. Géricault, peintre solitaire, devait soudoyer les gardiens de la morgue pour récupérer une tête coupée, un bras, une jambe. Il retournait dans son atelier avec son magot pour ensuite, composer et  peindre, pour imaginer l’horreur des corps rescapés du navire chaviré,  livrés aux vagues et à la tempête se dévorant pour survivre.  Avec de la tragédie, Géricault sublima l’art. Ainsi  l’inacceptable ne se banalise jamais.

Le Géricault du temps moderne se sert de son téléphone portable, il est servi à satiété, choisissant des têtes tranchées au sabre ou au couteau, des corps mutilés ou calcinés, carbonisés, déchiquetés, méconnaissables. A chacun ses vidéos amateurs, la mémoire est vive. Elle est numérique. Le Géricault moderne montre et démontre, le message est une horreur pure. L’art nullement utile. L’autre est un diable. L’autre de l’autre aussi. Croyez-moi, disent-ils  preuve numérique à l’appui. Ici l’inacceptable se banalise !

Quand ton errance prendra fin ? Errer dans son propre chez soi, sur sa propre terre où sur les terres d’un exil forcé. Explorer les profondeurs ténébreuses de l’Homme. Qui n’a pas une histoire abominable? Qui n’a pas une histoire de grandeur d’âme  à raconter ? Tel est le choix du Syrien Errant : Toucher le fond du précipice ou atteindre la sublimation de l’âme, sa splendeur meurtrie. Il faut pour cela que la conscience soit à son point zénithal, et que la  liberté soit entière, sans possible amputation.

D’ailleurs, il le sait dans ses profondeurs enfouies : Cette marge de liberté se paie cher car, non seulement le despotisme n’a aucune limite dans sa barbarie, mais aussi une révolution forme inconsciemment sa propre troupe, ses adeptes, ses slogans, ses exigences, ses limites.  Elle s’arrache le droit d’élever  des Idoles, de rabaisser d’autres, elle se crée sa propre énergie tantôt Danton, souvent Robespierre. Inutile de courir en dehors de la horde même en empruntant le même chemin. Les chemins de la révolution ne mènent pas toutes à Rome de la même façon, un seul est l’élu, le sien.  Celui qui ne s’est pas frotté à la sueur de la troupe galopant vers le but ultime, celui qui n’a pas senti les battements des cœurs, l’essoufflement, les lamentations, les désespoirs et la rage commune de  vaincre n’a pas droit à la parole. C’est Ancestral !

Ancestraux aussi les brebis égarés, les loups solitaires, les Nostradamus. En Arabie, notre Nostradamus s’appelait Zarkaa al Yamameh, Bleue Colombe. Elle était capable de voir un homme à trois jours de distance, dit la légende.  Elle avait vu, un jour, les arbres avancer et derrières eux les hommes de la mort. La tribu ne voulait pas croire, les arbres n’avancent pas, dit la tribu. Elle fut décimée, et on creva l’œil de la Bleue Colombe. C’est depuis que les Arabes se nourrissent de prophéties mais ne les aiment pas, ne les croient pas. Regardons les arbres, cela suffit.
                                                        *    *    *    *    *
Le loup solitaire regarde la troupe et ne commente pas. Depuis un moment son écart est palpable, gênant. Il s’arrête de temps en temps, devance la troupe de temps en temps, jette un coup d’œil en arrière et en avant, garde ses distances. Aujourd’hui sa solitude est consentie. Il n’échangera sa liberté pour rien au monde. Il a souvent payé cher pour  que l’air remplisse ses naseaux. Il a toujours cru que l’errance est une bénédiction et une malédiction à la fois. Un passage obligé pour découvrir d’autres espaces. Un jour, et lorsque la troupe arrivera à destination, il s’arrêtera un moment, probablement une larme à l’œil, pour se le dire une énième fois avec tout le silence dont il est capable : Combien il aime les siens, et combien leurs souffrances inhumaines pèsent sur sa conscience et sur sa vie. C’est vers ce jour là que ses yeux regardent malgré les méandres. Ce jour là, sa solitude serait totale, sa liberté et son bonheur aussi.  

04-01-2013
  
Last Updated on Monday, 14 January 2013 13:59
 

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