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Dictature et harmonie entre politique et religion par Adib Gabriel Hathout PDF Print E-mail
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Written by Adib Gabriel Hathout   
Saturday, 13 July 2013 17:05

 

 

« Voici un  complément aux propos de Nicolas et de Pauline rédigé par Adib »

NDLR

 

 

Dictature et harmonie entre politique et religion

 

 

Matières 

 1.     Entre dictature et harmonie : boire ou conduire il faut choisir

2.     Dictature et sous-développement

3.     Le cas syrien ou la guerre contre l’Histoire

4.     Le concept d’historisation
 

5.     La christianisation de Rome

6.     Violence et religion aujourd’hui  

 
 

Idées maîtresses

L’historisation dans les systèmes d’information

Datawarehouse, ou entrepôts
  

La décision entre politique et religion

Islam

 

 

Dictature et harmonie entre politique et religion

 

Adib Gabriel Hathout

Juillet 2013

 

 

 

1.     Entre dictature et harmonie : boire ou conduire il faut choisir

 

L’écriture de ces pages a été stimulée par la récente proposition d’Amin Elsaleh d’une nouvelle rubrique sur www.mlfcham.com :
  

« Dictature politique ou dictature religieuse »[1]

 
A la lecture de ce titre, ma première impression a été que la dictature,  politique soit-elle ou religieuse, est d’abord une dictature. En effet, toutes deux se considèrent, ou feignent de se considérer, comme détentrices de vérité.
 

Politique soit-elle ou religieuse, la dictature ambitionne d’asservir le citoyen et/ou de piller les richesses d’un pays. Aucune des deux ne craint le meurtre, aucune des deux n’a le sens de l’amitié clamée par les fondateurs de la science politique, les deux sont sans amour et sans spiritualité.
 

Enfin, sous couvert politique ou religieux, le dictateur est un homme sans amis.
 

 

A l’opposé des dictatures, les propos d’un païen aussi expérimenté dans l’art politique que l’empereur stoïcien Marc Aurèle, pourraient bien résumer l’idéal qui devrait guider la décision politique et guérir le dictateur des perturbations mentales qui le frappent tout en empêchant le citoyen de s’épanouir :
  

« Tu ne saurais bien faire une chose humaine qu’en la rapportant aux choses divines et inversement ». (Pensées. Livre III)

 

 

 

2.     Dictature et sous-développement
     

 Corrompu en soi, le comportement dictatorial d’il y a mille ans ou celui d’aujourd’hui, est incompatible avec un haut niveau éducatif, spirituel et éthique.
 

Un exemple extrême mais significatif est celui de Pythagore, que la Tradition a bien voulu surnommer «  Premier philosophe » : quand vers 540 AC, le tyran Polycrate a renversé le régime aristocratique de Samos en mer Egée, entreprenant même la conquête des îles voisines et qu’il s’est allié tantôt avec l’Egypte, tantôt avec la Perse (la dictature n’a pas de logique), Pythagore a jugé indécent pour un sage de vivre sous un pareil régime, et il a décidé de s’embarquer pour l’Italie. Ce témoignage revient à Porphyre de Tyr[2].

En nutritionnisme, en géométrie ou en savoir-vivre fraternel, les premiers succès de la philosophie de Pythagore n’ont donc pas profité à son pays natal, mais à cette Italie du Sud, elle-même prolongement culturel de la Grèce.
 

Rien n’étant nouveau sous le soleil de 2013, les sages d’aujourd’hui imitent Pythagore et quittent le pays dictatorial vers des cieux assez cléments pour que la respiration n’y soit pas interdite.
 

Pour des personnes qui aiment la lecture, les bibliothèques, le savoir-vivre et le savoir-penser, pour ceux qui croient en un Dieu clément et miséricordieux, peut-il en être autrement que de s’installer en pays démocratique et d’y respecter la Tradition !
 

Si ce phénomène se généralise, si tous les sages quittent les pays dictatoriaux – chose qui s’est avérée mille fois en Asie ou en Afrique et ailleurs  – la population d’un pays dictatorial est appelée à se modifier négativement au fur et à mesure que le temps passe.

 

3.     Le cas syrien ou la guerre contre l’istoire ²Histoire
 

 Le cas syrien est un exemple éloquent : sous l’effet de l’interdiction des lycées bilingues en Syrie au milieu des années 1960 (ceux qui préparaient aux deux baccalauréats, français et syrien), de nombreuses familles syriennes ont quitté le pays pour assurer une bonne éducation à leurs enfants.
 

L’argument de « confessionnalisme » avancé, à l’époque, par l’Etat ne résiste à aucun grattage. Non seulement l’Etat syrien d’alors n’avait aucun argument concret pour appuyer sa thèse de confessionnalisme, non seulement ces Institutions bilingues accueillaient des élèves sans aucune distinction religieuse, mais la Mission Laïque Française de Damas,- comme son nom l’indique sans enseignement religieux,- avait été frappée par les mêmes lois discriminatoires. Encore une fois, la religion n’a été qu’un masque pour le dictateur.
 

Le dernier baccalauréat français préparé en Syrie s’étant fait en 1965,  il est utile d’observer le contexte scientifique et culturel de cette période clé des Trente Glorieuses (1945-1975). La relance commencée en Europe et aux Etats-Unis après la fin de la Seconde Guerre mondiale, avait alors convergé vers le début de ce que l’on appelait l’informatique scientifique, ou application de l’informatique aux calculs scientifiques. Nous assistions alors, aux beaux jours du calcul matriciel et à ses applications en physique, en sciences humaines, en statistique, etc.
 

Peu après ce changement de cap, le concept de banques de données, qui commençait à voir le jour, a trouvé son prolongement dans une nouvelle philosophie des encyclopédies (années 1980[3]) puis dans ce que nous appelons aujourd’hui  datawarehousing (entrepôts de données).  

Sans doute l’Etat syrien avait-il ainsi mis à l’écart ses citoyens de l’une des plus grandes aventures intellectuelles et spirituelles que l’humanité ait jamais connues. Qu’aurait dû faire à l’époque un gouvernement sensé si ce n’est d’encourager l’apprentissage des langues étrangères ? En bien non, c’est le contraire qui avait été décidé en Syrie : alors que les nouveaux concepts de la logique sont étrangers, l’Etat syrien a voulu s’isoler !
La décision de l’Etat syrien de l’époque était une forme de lutte contre le temps, ou contre un changement manifestement irrévocable, tant il était inscrit dans le progrès.
         

 La guerre contre l’histoire

 

Qui plus est, sachant que les relations culturelles entre la Syrie et la France trouvent le début de leur consolidation à la conversion de Clovis (Bataille de Tolbiac. 496), l’initiative de l’Etat syrien était aussi un dénigrement de l’histoire de la Syrie, pire encore de l’histoire du monothéisme, et ce sous couvert de religion !!!
On ne construit pas le progrès sur un double mensonge : actuel et historique. L’évolution des technologies de l’information va conforter ce point de vue.
 

 

4.     Le concept d’historisation

L’évolution des technologies de l’information nous invite désormais, à ce que l’on appelle  « historisation » ; autrement dit, à tracer des lignes où les évènements  d’aujourd’hui sont susceptibles de se lire dans le prolongement du passé.
 

Au sens des datawarehouse (entrepôts de données), l’historisation nous permet de cerner de plus près les grandes donnes qui structurent l’information : aussi bien la direction de l’évènement (leur tendance) que les lois régissant le comportement de la personne humaine.
 

A cet effet, l’historisation doit être conçue avec une signalétique (ou nomenclature)  permettant d’accéder aux diverses dimensions qui circonscrivent l’évènement : société, psychologie, économie, etc. Cette signalétique s’apparente également à ce que les bibliothécaires appellent « plan de classement », long sujet sur lequel il conviendra de revenir sous d’autres titres.
 

Il reste que, dans un fichier informatique où les évènements sont relatés selon l’ordre chronologique, une signalétique appropriée nous permettra de nous arrêter sur un évènement à caractère social et naviguer autour de cet évènement sur les conditions économiques et littéraires qui l’accompagnent.
 

Mieux encore quand les mémoires (RAM et ROM) sont toujours plus performantes : dans un fichier informatique où les évènements sont relatés selon l’ordre chronologique où ils se sont produits, nous ferons des pauses pour comprendre le processus mental qui prédispose notre intelligence des faits. C’est ainsi que la lecture des suites évènementielles proposées par des personnalités aussi illustres que Saint Augustin (354-430) ou qu’Ibn Khaldoun (1332 – 1406), nous invitera à nous arrêter sur le fonctionnement de la mémoire qui analyse les évènements !
      

 Aujourd’hui que nous sommes en 2013, le train est déjà parti et la direction des puces n’attendra pas la décision des détenteurs de vérités que sont certains décideurs du monde dit démocratique. Ce que l’appareil français de formation appelle désormais « cognitique » n’est pas une invention du 20ème siècle : notre façon d’appréhender la connaissance a bel et bien longuement été traitée par Augustin de Thagaste ainsi que dans les Prolégomènes d’Ibn Khaldoun.
 

Parmi les éléments instruits dans mes bases de données, la christianisation de l’empire romain m’ayant fait beaucoup réfléchir sur la relation entre politique et religion, ce sujet me servira d’exemple pour illustrer et clore ces pages.

 

5.     La christianisation de Rome.
 

 Reine du raisonnement en termes de système, la cohérence est bien ce qui manquait à l’empereur Constantin avant de se convertir au Christianisme.  A la veille de la bataille du Pont de Milvius, gagnée contre l’empereur d’Orient Maxence (312), Constantin aurait vu en rêve Jésus-Christ lui demander d'inscrire les deux premières lettres de son nom (XP en grec) sous les boucliers de ses troupes.  Le lendemain, une croix lui serait apparue dans le soleil portant l'inscription : «  in hoc signo vinces » (Triomphe par ceci).
 

C’est sans vraiment connaître les valeurs éthiques du Christianisme, que l’empereur Constantin le Grand s’est autoproclamé chef de l’église. Son fameux Edit de Milan (313), qui autorise – théoriquement – le Christianisme,  est un acte politique bien plus que religieux.
 

Dans le prolongement de la politique de Constantin, son fils Constance ira jusqu’à pratiquer la dictature à l’égard des représentants de l’église en leur disant tout haut :
 

«  Mes lois tiennent lieu de canons. Obéissez quand je parle »

Un évêque syrien, Monseigneur Hindo a analysé ces propos comme une conséquence de l’entrée en masse dans le Christianisme, et sans aucune préparation, d’une foule qui ignore sa nouvelle religion et qui garde des mœurs païennes (Cf.  Œuvre d’Orient. Avril 1998).

Pour donner une idée de la domination des mœurs païennes dans les mentalités de ce début de quatrième siècle, on se souviendra, qu’à l’opposé des principes du Christianisme, un étranger qui se mêlait à la foule à Athènes était encore passible de la peine de mort[4].
   

Ne généralisons pas

Malgré l’intolérance de nombreuses personnalités politiques de l’époque qui suit la proclamation du Christianisme comme religion de l’empire, force est de voir qu’il existe dans le fond culturel païen, une recherche spirituelle et religieuse capable de séduire les plus croyants des religions monothéistes.
 

 Epictète, païen et religieux

 

Epictète voit les choses de la nature se compléter mutuellement dans leur diversité. Sans avoir besoin des religions sémitiques, il pressent l’existence d’un Créateur : « Qui donc a adapté ceci à cela et cela à ceci ? Qui a adapté l'épée au fourreau et le fourreau à l'épée ? N'est-ce personne ? L'arrangement même des parties dans l'objet achevé nous fait ordinairement voir qu'il est l'œuvre d'un certain artisan et qu'il n'est pas d'une combinaison accidentelle. Si tout objet révèle ainsi son artisan, les choses visibles, la vue et la lumière ne révèlent-elles pas le leur ? Le mâle, la femelle,  l'ardeur à s'unir entre eux, le pouvoir d'user des organes faits pour cette union, tout cela ne révèle-t-il pas un artisan ? » [5]


Car Dieu,- pour ceux qui y croient,- gère le monde entier, et le concept de divinité est associé à celui de l’harmonie éternelle. Etant donné que l’harmonie est toujours dans la diversité, la divinité est dans l’ensemble des sciences. La Divine Comédie de Dante nous parle de Dieu comme la somme des sciences et le premier amour (somma sapienza e ‘l primo amore. Enfer III).
 

6.     Violence et religion aujourd’hui

Qu’il s’agisse de la bataille du pont de Milvius ou de la bataille de Tolbiac, ces évènements  doivent être interprétés dans le contexte de leurs époques respectives en tenant compte du degré de maturité spirituelle des guerriers de l’époque. Tuer Maxence nous choque « en-soi » car le meurtre est choquant « en-soi ». Mais puisque ce meurtre s’est fait il y a 1700 ans, nous n’avons pas le droit de nous poser en juges : ce meurtre a été fait à une période où l’humanité n’était pas assez mûre.

Il en va de même de la bataille de Tolbiac. Nous trouvons incohérent et choquant que Clovis se soit converti à une religion d’amour suite à une victoire guerrière,  mais nous comprenons son erreur comme le mal d’une époque qui n’a pas encore cerné  les modalités du progrès.

Historiser l’évolution de notre monde au sens des datawarehouse est aujourd’hui, d’abord et surtout, la description de l’évolution humaine depuis une politique de la mort vers une politique de la vie. Egard où politique et religion – loin de se contredire – se confortent et permettent à la personne humaine de prospérer mentalement, économiquement et spirituellement.
 

Le  débat qui se déroule à la cour d’Assise de Paris en ce 11 juin 1851 ne manquera pas, j’en fais le pari, de siéger dès demain dans tout datawarehouse qui aborde la relation entre politique et religion. Ecoutons plutôt un intervenant qui s’appelle Victor Hugo :
 

« Oui, ce reste de pénalités sauvages, cette vieille et inintelligente loi du talion, cette loi du sang pour le sang, je l'aie combattue toute ma vie, messieurs les jurés. Et tant qu'il me restera un souffle dans la  poitrine, je la combattrai de tous mes efforts comme écrivain, de tous mes  actes et de tous mes votes comme législateur, je le déclare devant cette victime (Victor Hugo tend le bras et montre le Christ qui est au-dessus du tribunal) de la peine de mort qui est là, qui nous regarde et qui nous entend !  (Profonde émotion dans la salle)[6]


Aujourd’hui, pour évoluer, l’Islam doit s’intégrer dans l’histoire du
monothéisme judéochrétien sans vouloir inventer une nouvelle histoire du monde. La cohérence demeurant au centre de gravité de toute réflexion, ceux qui disent être musulmans n’y échapperont pas. Or, et comme l’a observé Nicolas Chahine : « Parler de Dieu Amour, n’a plus de place lorsqu’on veut

mener une guerre sainte tout azimut
 »[7]. Aux musulmans qui veulent rester

dans le monothéisme, il reste à dénoncer l’enseignement de la haine et ceux qui coupent les têtes et se font filmer pour montrer leur bravoure. C’est de cette manière que l’Islam retrouvera, je l’espère, la splendeur initiée par son Prophète Mohammed. 

 

 

Noms propres cités
 

Augustin de Thagaste. Penseur et Saint

Badinter Robert. Avocat et homme politique français
 

Chahine Nicolas. Médecin et homme de Lettres syrien.

Chrysippe. Philosophe grec païen

Clovis. Premier roi de France

Constance. Empereur

Constantin le Grand. Empereur
 

Dante Alighieri. Penseur et homme de Lettres

Elsaleh Amin. Informaticien, coordinateur du site www.mlfcham.com
  

Epictète. Philosophe stoïcien
  

Hugo Victor. Ecrivain et philosophe

Ibn Khaldoun. Penseur, un des fondateurs de la sociologie historique.

Maxence. Empereur d’Orient

Marc Aurèle. Empereur et philosophe stoïcien

Polycrate. Tyran

Porphyre de Tyr. Philosophe païen

Pythagore de Pacifiste. Père de la géométrie et de la philosophie.

 

 



[2] Page 43 de « Vie de Pythagore. Lettre à Marcella ». Par Porphyre. Texte établi et traduit par Edouard des Places, S. J. Correspondant de l’Institut. Avec un appendice d’A.-Ph Segonds. Ouvrage publié avec le concours du C.N.L. Société d’édition « Les Belles Lettres ». Paris. 1982.

 

[3] Cf. « Des banques de données pour les étudiants, les enseignants et les chercheurs ». Ministère de l’Education nationale, de la recherche et de la technologie. Distribué par la sous-direction des Bibliothèques. Vente interdite. 68 pages.    

 

[4] Nous le savons par le rhéteur grec Libanais (314 – 393) dont le témoignage figure dans L’Esprit des lois de Montesquieu.

 

 

[5] Entretiens I. « De la Providence ». Page 820 de « Les Stoïciens ». Traduction par Emile Bréhier, revue par V. Goldschmidt. Bibliothèque de la Pléiade. Gallimard. 1962.

 

[6] Cf. Page 11. Avant-propos de « L’Abolition ». Par Maître Robert Badinter. Editions Fayard. 2000.

Last Updated on Thursday, 12 September 2013 16:03
 

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