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Une équation à l’œuvre dans la Bible à l’époque grecque (3e-2e s. av. J. C.) par Christian-B. Amphoux, Montpellier PDF Print E-mail
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Written by Christian Amphoux   
Sunday, 30 March 2014 15:21

     Une partie de la Bible a été conformée, lors de sa rédaction finale, à une équation qui vient de la philosophie grecque et qui est destinée à donner aux livres concernés le statut d’Ecriture sacrée, établissant un lien entre Dieu et son peuple. Mais cette équation a été ensuite occultée, si bien qu’elle n’est conservée que dans des formes archaïques du texte biblique, tandis qu’elle a disparu des traditions synagogales ou ecclésiales. Aucun rabbin, aucun père de l’Eglise n’en fait état ; mais la Bible garde dans le judaïsme comme dans le christianisme le statut d’Ecriture sacrée. La forme a été effacée, mais le fond s’est transmis.

L’Ennéateuque

     La Bible commence par deux groupes de livres dont l’ordre est constant dans toutes les traditions : il s’agit du Pentateuque, qui comprend les cinq premiers livres – la Genèse, l’Exode, le Lévitique, les Nombres et le Deutéronome –, et des Livres historiques, qui sont quatre ou six, selon la manière de compter, les deux premiers étant simples – Josué, les Juges – et les deux autres, double – 1-2 Samuel, 1-2 Rois – . Au total, neuf ou onze livres, selon la manière de compter : le mot « Ennéateuque » signifie que l’on en compte neuf.

 

     Le Pentateuque est mieux attesté et plus connu que l’Ennéateuque : il constitue dans la Bible juive la partie principale dite « Torah » au sens strict, c’est-à-dire la « Loi ». Mais à l’examen, la frontière entre le Pentateuque et les Livres historiques n’est pas nette, le livre de Josué s’enchaîne parfaitement avec la fin du Deutéronome, et il en prolonge le style ; si bien que les exégètes se sont posé la question de savoir s’il ne fallait pas envisager, avant la délimitation du Pentateuque, un « Hexateuque » (en incluant Josué) ou un « Tétrateuque » (en excluant le Deutéronome). Mais ces deux propositions introduisent de nouvelles difficultés, car les Livres historiques dans leur ensemble prolongent le Deutéronome en adoptant son style. On en vient donc à l’idée d’un « Ennéateuque » comprenant tous les livres de ces deux premiers groupes de la tradition biblique.

     Or, cet ensemble de neuf (ou onze) livres est organisé selon une double proportion : (1) proportion d’égalité, pour le Pentateuque, de part et d’autre du livre central, le Lévitique, plus court que les quatre autres (qui ont des longueurs équivalentes) et partageant en deux l’histoire de Moïse qui occupe les deux livres l’entourant, l’Exode et les Nombres. Aucune histoire n’est racontée, dans le Lévitique, qui se présente comme une somme des règles et lois s’appliquant aux prêtres du temple de Jérusalem ; (2) et proportion du simple au double, pour les Livres historiques, avec deux livres simples suivis de deux livres doubles, le point central étant marqué, dans la tradition grecque, par la présence d’un livret, Ruth.

     Le Pentateuque et les Livres historiques apparaissent ainsi comme étant les deux parties d’un même ensemble littéraire, réutilisant peut-être des écrits antérieurs, mais surtout disposant le matériau de manière à former une double proportion remarquable, dont nous allons expliquer l’origine ; mais il s’agit d’abord d’observer que cette proportion se retrouve dans d’autres livres.

     La double proportion disparaît ensuite, dans la Bible hébraïque, de deux manières : (1) le Pentateuque est détaché des Livres historiques pour former à lui seul la Loi, tandis que ces derniers deviennent la première partie des Prophètes ; (2) dans les Livres historiques, le livret de Ruth n’apparaît pas, il est relégué à la troisième partie de la Bible, celle qui contient les Ecrits, en principe les livres les plus récents.

La « forme courte » de Jérémie

     Le livre de Jérémie nous est parvenu sous deux formes : (1) une forme courte, attestée en hébreu dans un fragment retrouvé à Qumrân (4QJerb) et traduite en grec (vers – 150 ?) : cette version dite des « Septante » (LXX) en est le principal témoin ; (2) une forme longue, attestée par la tradition hébraïque médiévale, qualifiée de « texte massorétique » (TM) et par ses versions, dont la Vulgate latine.

     Jusqu’à présent, seule la forme longue a été étudiée et commentée, soit d’après l’hébreu, soit d’après le latin de la Vulgate. Mais depuis la fin du 20e siècle, l’intérêt de la forme courte a été repérée, et elle donne lieu à de multiples études.

     Les premières conclusions des chercheurs ont établi que la Septante traduit un texte hébreu plus ancien que le TM : autrement dit, la forme courte de Jérémie, que l’on ne connaît dans l’ensemble qu’en traduction, est ancienne, tandis que la forme longue, bien connue, est plus récente et en est une révision.

     Or, la forme courte de Jérémie est organisée selon la double proportion que nous venons d’observer pour l’Ennéateuque ; et cette double proportion disparaît dans la forme longue du livre : logiquement, elle n’a pas pu être décrite jusqu’ici.

     Dans la Septante, le livre se présente en deux parties qu’il faut couper 1-20 / 21-52 ; la première (1-20) est organisée en deux groupes égaux de part et d’autre de son élément central (9,22-10,25) : un prologue (1,1-3,5), puis deux sections de paroles (3,6-6,30 ; 7,1-9,21), d’un côté / deux sections de paroles (11-13 ; 14,1-16,18) et un épilogue (16,19-20,18), de l’autre, soit une proportion d’égalité ; la deuxième partie (21-52) est au contraire organisée selon la proportion du simple au double, de part et d’autre d’une section centrale, celle des « oracles des nations » (25,14-31,44), eux-même disposés selon cette proportion de part et d’autre de l’oracle central sur Babylone (27-28), avec 3 oracles avant et 6 après : une section Sédécias-Joakim (21,1-25,13) vient avant / deux sections Joakim-Sédécias (33-41 ; 42,1-51,30) après, les chap. au temps de Joakim étant moins nombreux et toujours plus près de la section centrale. A la fin des oracles des nations se trouve un oracle de conclusion (32) et à la fin de toute cette partie, un chapitre de conclusion Joakim-Sédécias et au-delà (51,31-52,34).

     Dans la forme longue (TM), la double proportion disparaît : d’une part, la première partie est prolongée jusqu’en 25,13, ce qui rompt la symétrie de part et d’autre du chap. central ; et d’autre part, les oracles des nations prennent place à la fin (TM 46-51), ce qui ôte tout repère pour comprendre la disposition des temps de Joakim et de Sédécias.

     La présence de la double proportion suggère que la rédaction qui aboutit à la forme courte du livre se fait à l’époque grecque, donc après Alexandre le Grand ; et les dates données dans le livre se laissent lire comme renvoyant implicitement à la fin du 3e siècle et non à celle du 7e siècle : la forme courte est en définitive datée par le livre lui-même de – 195, alors que la lecture directe donne la date de – 600 ; mais cette lecture directe aboutit à une impossibilité, puis la moitié du livre se situe en un temps postérieur à – 600 ! Et c’est cette impossibilité qui nous a mis sur le chemin d’une lecture indirecte. Quant à la forme longue, une variante permet de la dater de l’an – 141, c’est-à-dire de la fondation de la dynastie asmonéenne. Le contexte est alors défavorable à l’hellénisme, et en particulier aux emprunts culturels comme celui que représente la double proportion. Rien de tel en – 195, où la double proportion a été utilisée, en première partie pour la retransmission par l’auteur des paroles qui lui ont été inspirées, et en seconde, pour l’histoire tragique qui mène à la prise de Jérusalem en – 586.

Les quatre évangiles

     On n’a pas jusqu’ici repéré cette double proportion dans d’autres livres de la Bible juive, ce qui explique peut-être que l’ordre des autres livres varie d’une tradition à une autre, à la différence de ceux de l’Ennéateuque. Mais la double proportion s’observe à nouveau dans une tradition archaïque des évangiles, celle du « texte occidental », dont s’éloignent les différentes formes de ces livres utilisées dans les Eglises, qui en sont des révisions.

     Dans cette tradition ancienne, les évangiles sont disposés dans l’ordre Matthieu – Jean – Luc – Marc ; au lieu que l’ordre qui prévaudra par la suite est Mt – Mc – Lc – Jn. La double proportion concerne, d’une part, les paroles de Jésus et, de l’autre, les parties narratives : la proportion d’égalité, pour les paroles, celle du simple au double, pour les récits.

     Dans Jean, on compte dix entretiens de Jésus, cinq avant et cinq après l’épisode de la Femme adultère (Jn 7,53-8,11), qui est inséré dans Jean avec un style et un vocabulaire différents : de part et d’autre, les parties narratives de Jean sont disposées dans la proportion du simple au double.

     De part et d’autre de Jean, la même relation existe entre Matthieu, d’un côté, Luc et Marc, de l’autre : deux états de la collection des paroles de Jésus, l’un dans Matthieu (avant) et l’autre dans Luc (après), collection dite « double tradition » ; et trois états des récits du ministère de Jésus, l’un dans Matthieu (avant), les deux autres dans Luc et Marc (après), récits constituant la « triple tradition » ; enfin, les récits de naissance parlent d’une seule naissance dans Matthieu (avant) et de deux, dans Luc (après).

     La Femme adultère marque donc, dans Jean, le point central de la double proportion qui lie les quatre évangiles ; et, à la fin de Marc, la Finale longue (Mc 16,9-20) est ajoutée pour servir d’épilogue aux quatre livres.

     Dès la fin du 2e siècle, l’ordre des évangiles est modifié : la double proportion s’en trouve détruite ; les épisodes de la Femme adultère et la Finale longue disparaissent du texte alexandrin, tandis que le texte byzantin les conserve, sans rendre compte de leur existence.

La double proportion

     Voilà donc trois applications bibliques d’une relation très particulière liant soit plusieurs livres soit les parties d’un même livre : la double proportion qui comprend d’une part la relation d’égalité et la proportion du simple au double. Nous l’avons dit d’emblée, cette double proportion joue un rôle fondamental, elle est là pour donner aux livres concernés le statut d’Ecriture sacrée. Mais comment en est-on venu à donner ce sens à cette équation et pourquoi la tradition s’en est-elle ensuite débarrassée ?

Une spéculation philosophique

     La double proportion a une origine bien précise et complètement inattendue : elle est née d’une observation remarquable qui remonte à Pythagore. En se promenant dans une forge, selon la légende, Pythagore découvre qu’il existe une relation numérique constante entre les notes que produisent les marteaux à l’œuvre, et que cette relation dépend seulement de la masse des marteaux : le rapport de 1 à 2 est produit par deux marteaux dont les notes sont distantes d’une octave ; et à l’intérieur de cette octave, le rapport de 1 à 3/2 correspond à la quinte et celui de 1 à 4/3 à la quarte, en partant de la note grave de l’octave. Or, 3/2 divise l’intervalle de 1 à 2 dans la proportion d’égalité, et 4/3, dans la proportion du simple au double. Puis Pythagore définit les autres notes de l’octave à partir de la quinte ou de la quarte : la quinte et la quarte forment donc la structure de l’octave, qui est avec sa structure la base de toute la musique.

     Cette propriété remarquable de la quarte et de la quinte, qui résulte d’une combinaison particulière des quatre premiers nombres entiers (1 ; 4/3 ; 3/2 ; 2), reçoit ensuite ses lettres de noblesse dans l’école pythagoricienne : Philolaos de Crotone, maître pythagoricien de Platon, attribue la structure de l’octave au lien nécessaire entre deux objets dissemblables, pour les faire coexister en une même entité ; et Platon, quand il raconte la création du monde, au début du Timée, indique que le monde matériel (sensible) est lié au monde spirituel (intelligible) par un lien qu’il appelle « l’âme » et auquel il attribue la structure de l’octave. Ainsi, à partir du mythe platonicien de la création du monde, dans la tradition de l’école pythagoricienne, la double proportion caractérise le lien entre le monde céleste et le monde terrestre ; et au temple de Jérusalem, ce lien est appliqué à des livres pour leur donner le statut d’un lien entre le dieu du temple et le peuple de ce temple ; autrement dit, le statut d’Ecriture sacrée, qui est appliqué, au cours du 3e siècle av. J. C., au premier groupement de livres (l’Ennéateuque), puis au livre de Jérémie, dans sa forme courte, rédigée au tout début du 2e siècle. L’auteur du livre de Jérémie réutilise une double proportion déjà appliquée à un ensemble de livres, marquant ainsi sa volonté de donner à son propre livre le statut solennel d’un livre contenant la parole de Dieu. Et trois siècles plus tard, au début du 2e siècle de notre ère, les chrétiens réunissent deux traditions des apôtres, celle d’Antioche et celle d’Ephèse, sous la forme de quatre livres qui forment entre eux cette même double proportion, avec le même sens qu’ils contiennent la parole de Dieu.

L’élimination de la double proportion

     Mais plusieurs catastrophes vont se produire à Jérusalem et entraîner la disparition ou l’abandon de cette forme particulière de la double proportion.

     La première catastrophe se produit en – 167 : le roi d’Antioche Antiochos IV Epiphane veut helléniser le peuple juif en lui imposant des coutumes grecques contraires à sa tradition : les Juifs résistent, et il les punit en faisant profaner leur temple et en y interrompant le culte, donc en coupant le lien vital entre le dieu du temple et son peuple. Jusque-là, les relations entre le judaïsme et l’hellénisme étaient plutôt positives, le judaïsme s’était donc permis de faire des emprunts à l’hellénisme, en les personnalisant. Mais après ce geste hostile du suzerain grec du moment, les rapports avec l’hellénisme se dégradent ; et cette équation qui donne la double proportion est rejetée comme une marque de l’hellénisme désormais honni. L’Ennéateuque est dissocié en deux collections, le livre de Jérémie subit des transformations qui font disparaître la double proportion. La tradition hébraïque ne rétablira pas la double proportion. Mais pour Jérémie, grâce à la version Septante, elle continue d’exister.

     La deuxième catastrophe se produit en + 135, soit trois siècles plus tard : à la suite de la révolte de Bar Kokhba, les Romains consacrent la ville de Jérusalem à Jupiter et en chassent les Juifs, chrétiens y compris. La culture savante du temple de Jérusalem, cette culture dite judéo-hellénistique, y trouve son coup de grâce : les chrétiens doivent y renoncer et transposer leurs écrits dans la culture gréco-romaine, plus populaire, qui s’impose désormais. Un NT savant a été édité en deux corpus vers 160 à Smyrne, il contient d’une part les évangiles, un groupe de lettres, les Actes et l’Apocalypse, d’une part, et les épîtres pauliniennes, de l’autre. En tout, 26 des 27 écrits du NT (il ne manque que Jude). Mais cette édition est dépassée, des adaptations de ces écrits sont nécessaires pour être transmis au monde chrétien qui s’accroît rapidement, à la faveur du déclin de la religion gréco-romaine ; et ces adaptations font disparaître à son tour la double proportion des quatre évangiles.

Une troisième proportion

     La double proportion prend également sens par le couple du simple et du double : le simple (l’unité, l’indivision) ou le nombre 1 est une image du monde céleste, tandis que le double (le multiple, la division) ou le nombre 2 est une image du monde terrestre. A ce titre, le passage du simple au double est l’image de l’histoire du peuple, qui commence par l’entrée dans la Terre promise (un monde idéal) et s’achève par la prise de Jérusalem (un monde infernal). La proportion d’égalité, de son côté, est image de la permanence, sans changement vers le haut ni vers le bas : elle s’applique donc naturellement à la parole divine, tandis que le passage du simple au double s’applique à l’histoire et aux récits qui la transmettent.

     Par leur origine, les deux proportions forment une totalité ; mais dans la logique, une troisième proportion est possible, celle qui inverse la « descente » du simple vers le double, que nous pouvons appeler la proportion du simple au double inversée, qui représente la « montée » du double (la terre) vers le simple (le ciel), autrement dit la réconciliation ou la réunion de Dieu et de son peuple. Cette proportion s’ajoute secondairement, elle n’a pas son origine dans la gamme ni à l’école de Pythagore, elle est introduite par les chrétiens pour ajouter au couple précédent l’idée de salut, de fin heureuse, d’union à Dieu.

     La proportion du simple au double inversée se manifeste d’abord dans la disposition des lettres de Paul, qui se trouvent associées à la rédaction finale des évangiles : à la double proportion formée par les évangiles s’ajoute alors la troisième proportion, qui est attestée dans le corpus des lettres édité par Marcion vers 140 : Ephésiens y joue le rôle de lettre centrale, entre les six premières, écrites pendant les deux voyages égéens de Paul, et les trois dernières, qui datent de la période de la captivité de Paul, à Césarée, puis à Rome. Dans l’édition savante réalisée à Smyrne, vers 160 (voir plus haut), les évangiles forment avec deux autres livres, de part et d’autre d’un groupe de lettres disposées suivant la même proportion, la proportion du simple au double inversée ; et les lettres de Paul sont alors réorganisées, pour former une proportion du simple au double, de part et d’autre de la lettre centrale maintenue, Ephésiens.

     Mais à Alexandrie, vers 180, le corpus paulinien est réorganisé selon l’ordre décroissant de la longueur des lettres : toute proportion disparaît, comme elle disparaît dans les évangiles.

     Au 4e siècle, la proportion du simple au double inversée est appliquée à un corpus de la Septante, en milieu chrétien : les livres des Prophètes passent de 4 (Esaïe – Jérémie – Ezéchiel – Les 12) à 9 : Les 12 – Esaïe – Jérémie – Baruch – Lamentations – Lettre de Jérémie – Ezé&chiel – Daniel (Grec) ; avec cette particularité que Les 12 font deux fois la longueur de Daniel (y compris ses additions propres au grec, à savoir Suzanne et Bel et le Dragon), Esaïe et Jérémie font ensemble deux fois la longueur d’Ezéchiel, et Baruch, deux fois celle de la Lettre ; le livret central est en somme celui des Lamentations de Jérémie. Au début, les petits prophètes, qui commencent par les plus anciens ; au centre, la tristesse de la condition humaine, dont les exilés à Babylone sont l’image ; et à la fin, la promesse de salut apportée par Daniel, donc la réconciliation avec Dieu après l’exil. C’est dans cet ordre savant que la Bible grecque (chrétienne) choisira de transmettre les livres prophétiques.

Conclusion

     Les premiers livres bibliques nous sont transmis sous une forme rassemblée qui date de l’époque grecque, quand Jérusalem dépend du royaume lagide d’Alexandrie, soit le 3e siècle av. J. C. La civilisation grecque est alors au sommet de sa pensée, elle séduit Jérusalem, qui n’en adopte pas l’idéologie, mais se sert des outils qu’elle a créés. Nous ne savons rien de précis avant cette période lagide, sinon que les écrits bibliques qui reçoivent alors leur rédaction finale font largement appel à une tradition déjà existante, au moins orale, peut-être déjà en partie écrite.

     Le judaïsme est alors une branche originale de la culture grecque, une tradition savante qui produit une pensée et des écrits si puissants qu’on en a fait une civilisation originale, à part, en sous-estimant la dette aux moyens d’expression empruntés au monde grec. On en a fait une lecture littérale, prenant au sérieux les dates et les événements qui s’y trouvent, comme s’ils étaient le fruit de notre culture. Mais l’écriture ménage deux niveaux de lecture, celui de la prédication destinée aux communautés des croyants et celui des informations destinées aux dirigeants de communautés, pour la mémoire des anciens temps. On découvre seulement aujourd’hui l’immense richesse d’un deuxième sens attesté depuis l’Antiquité, utilisé par un auteur comme Philon d’Alexandrie et mentionné par Origène.

     Le judaïsme comme le christianisme doit son essor à ses emprunts à la culture grecque ; mais les aléas de l’histoire ont fait que l’un et l’autre ont abandonné secondairement certains de ces emprunts, masquant ainsi une origine bien plus facile à lire si l’on prend en compte ces emprunts ; alors, l’histoire de la rédaction des livres biblique entre en pleine lumière.

 

 

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