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La poésie de Daad Haddad PDF Print E-mail
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Written by Rania Samara   
Sunday, 03 January 2010 17:14

La poésie de Daad Haddad

 

Poète syrienne, elle est née en 1939 et a publié deux recueils de son vivant, le troisième ayant été publié après son suicide en 1991. Meurtrie par la vie, hantée par la mort, la poésie constituait le pain quotidien de Daad Haddad. A propos de cette voix singulière et originale, un grand poète arabe dit que cette écorchée vive ne ressemblait qu’à elle-même, que sa poésie était affranchie de toute trace ou de toute influence d’autres poètes. Artiste par ailleurs, elle faisait de la peinture, de la sculpture et jouait du violon. Sa vie, son errance, son amour et son parcours poétique sont parfaitement évoqués dans le premier poème ci-dessous.


Je suis celle qui porte les fleurs à sa tombe

 

Je suis la fille du diable

La fille de cette folle nuit

La fille de ma conscience

Et de mon ami…

Je suis la plus vieillie des êtres

Mon vin coule dans mes veines

Je suis celle qui porte les fleurs à sa tombe

Celle qui pleure … de tant de poésie…

Sur ma pudeur on élève les palais

La poésie se promène dans mon sang

Les coquelicots sont volés

Du champ de ma distraction

Les coussins sont pour les servantes

Voici mes pierres … volées

Mes couteaux … figés

De mes yeux coule la pluie

L’univers est ma maison

Fermez les yeux…

Solitaire… je passerai

Comme la pointe d’une flèche

Quand vos yeux …pleuvent

 

 

Arbres, prenez-moi dans vos bras

 

Mon cœur déborde !

Laissez-moi

me relire moi-même

mettre en ordre les pages de ma vie

émigrer vers les montagnes où les arbres abondent…

Arbres enveloppants, prenez-moi dans vos bras

O ciel de la mer…

remplis-toi de mouettes ce soir

Pays de Cham, rappelle-toi

que la mer a émigré vers moi

j’en ai été stupéfiée !

 

 

Corde mélodieuse

 

As-tu senti le parfum de la poésie ?

ou l’odeur de la laine vieillie

et les braises ?!

Crains-tu les épilogues

ô corde mélodieuse ?

Plus chaleureux que le Cloué-sur-la-Croix

ô lingot d’acier !

O yeux fermés et romantiques

pardonnez-moi

ou ne pardonnez pas …excès de générosité

n’avez-vous pas été touchés par la folie de la nuit

tous les soirs

n’avez-vous pas éprouvé la flânerie entre les tombeaux

et la solitude du poète

qui enfonce un poignard

dans son cœur d’enfant

 

 

Faites exploser ces artères

 

Ecris… écris… écris…

Fais exploser tes artères

Déverse-toi sur ces vieilles planches de bois

Pour que sortent les vers de terre

Par tous les interstices

Saute par-dessus les grilles

Enlève cette terre qui pèse sur ma poitrine

Ne me berce pas…

 

 

Que c’est beau

 

Comme mon angoisse ressemble à la tienne

Comme mes mains ressemblent aux tiennes

Comme les yeux sont suspendus

Comme tes dents sont grandes

Que c’est beau de se suicider ensemble

dans un puits abandonné

seuls

Nos doigts cramponnés au mur pourri

Que c’est beau…

L’oubli profond

dans les puits de la terre

dans les puits dans les forêts d’Afrique

au milieu du désert tourmenté comme le feu

que c’est beau de mourir ensemble

Présentation, sélection et traduction

Rania SAMARA


 

Last Updated on Wednesday, 17 February 2010 11:05
 

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