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Agatha Christie Mallowan Raconte- moi comment tu vis en Syrie !/Come, Tell me how to live par Simone Lafleuriel Zakri PDF Print E-mail
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Written by Simone Lafleuriel Zakri   
Sunday, 05 October 2014 05:46

D’après la célèbre romancière Agatha Christie pour faire une bonne intrigue, il faut au moins répondre à cinq questions et  en anglais, ce sont  les  cinq W :

Who : qui? With  whom : Avec qui ? Why : pourquoi ?

When?  A quelle époque    et      WHERE : où, en quel lieu ?

Pour raconter comment  vivait la célèbre romancière, quand elle  passait par la Syrie  ou y résidait,  j’ai donc

choisi son plan et, bien sûr,   je m’attardais davantage sur les  with, when,  et le where :

 

  Who?

 

 

Agatha christie

 

 


 

Et sa machine à écrire…

QUI est cette si célèbre  femme de  lettres  britannique  qui, à partir de 1930,  va faire des allers et retours:  Londres-Alep et  Alep-Damas ou Alep  Deir ez Zohr, et Hassaké  ou Qamichli,  va parcourir  la Jéziré syrienne et 

va  adorer   vivre   en Syrie. 

C’est donc d’abord  un écrivain britannique né en 1893.

Agatha  Miller devenue Agatha  Christie par un  premier mariage  puis  Agatha Christie Mallowan en 1930 est très

tôt reconnue comme le  très  habile auteur de nombreux  romans  policiers, lus dans le monde entier et traduits

dans  toutes les langues. Un premier ouvrage : « La  Mystérieuse Affaire de  Styles  paru  en 1920 »  la rend

célèbre alors qu’elle n’a  pas encore trente ans..

    

 

Agatha Christie est  aussi   une grande voyageuse car née à l’époque d’un empire encore  puissant, elle  va  

très vite le  parcourir mais  comme  tous ces Européens qui ont  l’habitude   de visiter leurs   possessions     

ils se  rendent en touristes  ou  travaillent ou vivent   comme chez eux !  Des   années 1920  aux années

des Indépendances  et  pendant toutes ces années post-deuxième guerre mondiale, ces Européens  se sont

habitués à gérer les pays mis sous mandats. Et ils passent sans aucun souci à l’intérieur d’une vaste région

asiatique dont ils ont décidé  les frontières qu’ils ont, eux-mêmes, tracées. Et  ils sont chez eux  dans

l’ensemble du monde arabe, passé  de l’empire ottoman  à une administration mandataire français ou britannique. 

En  particulier, en  1916, les Accords Sykes- Picot   fixent, pour des années,   leurs   zones d’influence 

dans l’ensemble du  Moyen-Orient.

Ainsi  Agatha,   en  voyage avec sa mère, découvre Le Caire en Égypte quand elle a 17 ans. Déjà elle  écrit et

ébauche  un premier policier « Snow in the desert ». Elle   explique que Le Caire sous protectorat  britannique 

mais dont elle  ne connaît rien, et  surtout pas les Pyramides et les sites antiques, est « une ville où l’on

danse beaucoup  et un endroit  délicieux  pour une jeune Anglaise…»

Avec son premier mari, elle fera ensuite   le tour du monde ! Elle se servira de ses découvertes des paysages

et des populations  pour choisir et  pimenter  le cadre  d ses intrigues : les crimes  se passeront  en

Europe, en Afrique : en Égypte ou en Afrique du Sud : en Rhodésie mais avec une des  couvertures

de livre « L’homme au complet veston », daté de 1924, ornée d’un  poignard omanais.

Elle  connaît  bien les  pays  des rives de  la Méditerranée, Elle  ira souvent prendre des vacances  en

Grèce ou à Rhodes,   ou  en Asie :  de Syrie à l’Iran, et en Russie. Elle séjournera  à   Bakou !  

 La couverture d’un roman policier « Un couteau sur  la nuque »  paru en 1933, alors qu’elle séjourne déjà

en Orient, n’a rien  d’exotique dans son  intrigue.  Son titre  nous semble  d’actualité  et fait frémir,

mais il  s’orne  d’un   chatoyant kilim ! 

 

 

                     

 

 

C’est au Koweït qu’elle  situera  une intrigue, elle  aussi   presque d’actualité. Elle  situe une révolution de

palais dans un riche émirat  pétrolier. L’émir en fuite et son  pilote anglais sont tués dans l’explosion,

au-dessus  du désert de  l’avion  princier, saboté par des rebelles !  C’est encore dans un Koweït - sous

protectorat  britannique  à partir de 1914 jusqu’à l’indépendance en 1961- qu’Agatha Christie Mallowan

fera voyager Robert Baker sur le site archéologique de Faïlaka. Baker est  l’un de ses héros archéologues 

et celui-ci, aimable ! Mais elle en inventera plusieurs dont certains  ressemblent par leur bon caractère et

leur sérieux à Mallowan. Robert Baker est  le héros de Rendez–vous  à Bagdad  écrit en 1959.  

Le Bagdad du  polar, comme  celui d’Agatha Christie Mallowan (le couple est de retour en Irak après la

guerre), est  le lieu de rencontre d’un nombre incalculable d’espions, de militaires, de comploteurs,

d’archéologues et historiens, vrais ou pseudos, et arrivés  de tous pays de la guerre froide !

Une conférence internationale à lieu avec des  participants qui  arrivent par  et de  Damas !

Agatha  devenue Agatha Christie Mallowan est encore archéologue  ! Après  son second mariage,

elle va se passionner pour l’archéologie et l’histoire,   et devenir le photographe attitré des missions

irakiennes et syriennes   de son mari ! Elle ne quittera plus  les sites des missions  de Mallowan, en Irak,

puis en Syrie puis, de nouveau,   en Irak, à Nimroud. Sur le site de l’ancienne cité assyrienne  de Kalah 

au Kurdistan,   la maison de mission  s’ornera  d’une pancarte qui signale « la  Beit Agatha ». 

Elle   financera  une partie des installations des missions,  surveillera le travail des ouvriers  et aura la

responsabilité de gérer  l’intendance   en bonne maîtresse  de maison anglaise  très raffinée.

Enfin, elle  participera très activement aux travaux de son mari. Passionnée   par  ses tâches,   elle raconte :

 « Au moment  des fouilles, je n’aurai probablement peu de temps  à écrire. Il y aura des objets à

nettoyer et à restaurer. Il faudra photographier, étiqueter, cataloguer, empaqueter… »

 

 

 

 

Ur :Irak,  site archéologie :mission Léonard Woolley

 

Enfin  Agatha est une femme  blessée qui restera   choquée par le départ de son  premier mari. Il nous

faut revenir dans les années  de 1926-1927 : des années horribles ! Agatha doit s’absenter et s’occuper

de sa mère malade et qui décède en 1927. A son retour chez elle, son mari  lui annonce qu’il veut divorcer !

C’est un choc terrible !  La douleur de son divorce s’exprimera  dans toute son œuvre. 

Ce sera  le thème de  quelques   ouvrages dont  certains écrits en Syrie, et en particulier  dans la solitude

de la Jézire. 

Deux ouvrages  sous le  pseudonyme    de Mary Westmacott:  «  Portrait inachevé »  de 1934, et 

«  Loin de vous ce printemps »   écrit en 1944, racontent le retour d’une femme sur la séparation  de son  

couple.  Une passagère est  obligée en raison de la crue d’un oued, de séjourner dans un fort isolé du désert syrien. N’ayant  rien à faire pour  passer le temps, elle  repense à l’échec de son mariage, et cherche à en

comprendre les vraies raisons.

Why ?    

Quatre  bonnes raisons du passage ou du séjour en Syrie :

 Comme Agatha l’avoue, c’est tout  à fait par hasard -mais le meilleur des hasards- qu’Agatha va se retrouver

à Alep,  puis à Damas, et en route vers l’Irak.

La première raison est qu’elle veut partir loin !

 Quand elle sort d’une profonde dépression, la romancière décide à la fois de sortir de son deuil et du choc

de son   divorce. Elle veut  partir et loin, très loin de Londres ! Et elle  veut aller seule,  même pas avec sa

fille adorée : Rosalind  Christie   qu’elle  confie à  la garde de sa sœur.  A la compagnie Cook de Londres,

elle prend un billet pour la Jamaïque.  Deux jours avant son  départ, elle  va  à un  dîner chic.

Elle est assise aux côtés d’un commandant de l’armée anglaise qui est basé dans le Golfe arabo-persique.

Il lui parle de Bagdad ! Il  lui conseille  de s’y rendre, de ne pas manquer ni Bassora  ni le site archéologique

d’Ur ! les journaux britanniques, justement, détaillent les magnifiques découvertes de Richard léonard

Woolley. L’archéologue vient d’exhumer les ruines de la cité sumérienne du  3e millénaire… BC comme 

le  précise Agatha !

Mais comment se rendre à Bagdad ? Par bateau s’inquiète

la romancière qui souffre du mal de mer ?

 

 

 

 

Mais non par le  train : par  l’Orient-Express !

C’est le déclic et la deuxième bonne raison pour partir ! 

Agatha, qui allait souvent en vacances  en France, à Dinard, a

souvent admiré le train à son départ  à  Calais. Elle a lu en lettres d’or  ses destinations magiques : Simplon-Orient-Express-Milan-Belgrade-Stamboul ! Puis par des connexions vers l’Asie orientale, 

le train rejoint   Istanbul-Alep-Damas et Nisibin, au nord  et sur  

la frontière turque. De Damas par la piste du désert syrien  les voyageurs se rendent encore à Bagdad…

Après  Bagdad, elle  séjourne à  Ur et devient très amie avec le couple Woolley.  Désormais familière du

voyage en train et de l’Orient express, elle  retourne   à Ur l’année suivante ! c’est  à ce second voyage, en 1930, qu’elle fait la rencontre de Max Mallowan : jeune archéologue charmant, toujours calme  et sérieux. Elle revient à Londres en sa compagnie et… l’épouse en 1931.

La  troisième raison   pour séjourner   en Syrie est donc qu’elle va désormais  suivre  son archéologue de

mari  partout  et, plus particulièrement  en Syrie du  nord où s’élèvent des milliers de tells, où ils séjourneront

presque chaque année,  de  1932 à 1939.

Et il y a aussi une dernière bonne raison pour, plus tard, raconter sa vie en Syrie : Elle en a assez des questions

que les Britanniques lui posent sans cesse :

 

 

 

 « …Ah vous faites des fouilles en Syrie : du camping  ?   Qu’est-ce  que vous y mangez ?

Racontez-moi donc  où est ce pays, et comment  vous y vivez ? Et c’est où la Syrie ?

Froncement  de sourcils puis, après un effort pour comprendre et  parce qu’il  a des connaissances

de la Bible  l’interlocuteur  ajoute : - En Palestine 

- Plus haut vers le nord !

Refroncement de sourcils !

– mais près  de quelle ville…  Il n’y a pas de ville  ?

  -Non, des  villages   entre la frontière turque et la frontière irakienne !

-Mais  encore ?

- Alep est à quatre cent kilomètres !…

- Et vous mangez quoi, des dattes ?

Alors je lui dis  que nous mangeons du mouton, du poulet, des œufs, du riz, des haricots verts, des

aubergines, des concombres, des oranges et des bananes.

Il me regarde alors, plein de reproches :-

Ah mais je n’appelle pas cela vivre à la dure ! «

 

 

With whom ? La vie en Syrie  mais  avec qui   ?

 

 

Bien sûr la vie en Syrie est surtout en compagnie de Max Mallowan. Le couple  ne se quittera presque

jamais  à partir de ces années 1930, et de leur première rencontre à la fin de leur vie. Lady Agatha meurt

en 1977 et Sir Max Mallowan, deux ans plus tard ! Tous les deux   ont été  anoblis par la reine. 

Mais, même pour son  premier passage en Syrie, Agatha n’est jamais seule !  Déjà, elle  rencontre dans

le train, à l’hôtel, dans l’autobus pour  Bagdad  ou dans ses visites touristiques, des représentants

de tous ces occidentaux français   ou  européens, et même ces Américains  qui parcourent l’Orient !

Ils sont familiers de la Syrie, y   résident, ou se rendent  en Irak  par Damas.  Ils sont administrateurs,

militaires ou encore missionnaires, membres de divers clergés  ou religieuses certains sont  plutôt louches,

et espions ou espionnes,ou  encore épouses  de  responsables mandataires en poste à Damas ou à

Bagdad. Elle noue des relations avec nombre d’entre eux et….fera de ces personnages exotiques, 

des personnages  bien typés de ses romans policiers !

Plus tard , sur les sites de la Jéziré syrienne, le couple Mallowan recevra de nombreuses visites :

celles de   ces militaires- méharistes et grands  connaisseurs de la steppe. Elle croisera sans doute

le romancier  Joseph Kessel. Dès 1926, il passe en Syrie  et y restera une première fois quelques semaines.

Il publiera en 1932, quand les Mallowan arrivent en Syrie, à cette même époque,  soixante-dix  pages

consacrées  à ce seul pays,  et à Damas et à ses jardins, à Souaïda dans le sud de Damas. Installé dans

un avion de l’escadrille française, il est allé bombarder  la ville druze  en pleine révolte contre le mandat.

Puis  il  a fait un détour à Deraa,  qu’il découvre au soleil couchant ; Au bar où les pilotes de

l’escadrille  se reposent « Une fraîcheur moelleuse vient avec le rapide crépuscule ; les rires fusent… » 

Mais  c’est juste une pause avant d’aller effectuer un nouveau raid  sur les villages druzes de l’Hauran

en révolte.  Kessel   fera  aussi  un long séjour dans la steppe au-delà de Palmyre. Il  peint un portrait  

élogieux d’un autre chef militaire : un autre capitaine devenu le meilleur connaisseur de la steppe syrienne 

et de tribus bédouines des années du mandat. C’est  ce capitaine Muller, rencontré sans doute aussi  par

Dorgelès,  et évoqué par Agatha Christie.

De ce « roi du bled »,comme il le nomme Kessel raconte :

«  Je fis sa connaissance à Deir-ez-Zor : ville bédouine, qui étire le long de l’Euphrate, ses rues décorées

de soleil et bordées de maisons blanches…

- C’est bien à vous, n’est-ce pas, mon capitaine, que Pierre Benoit a représenté sous les traits du méhariste

Walter dans la « châtelaine du Liban…. ?

Pour l’instant il se borna à me dire :

-Venez chez moi cet après-midi, je réunirai quelques grands chefs bédouins. Vous leur poserez de questions

et cela vous instruira mieux que tout ce que je pourrais vous raconte.   

La maison arabe du capitaine  située aux lisières de Deir ez-zor, était accueillante. Un jardin

délicatement entretenu la précédait ! »

 

Ce  capitaine deviendra une référence pour  la connaissance des tribus arabes de la steppe. Dans son roman

«  Les fils de l’Impossible »     Kessel insère ses  courts récits de son passage en Syrie, il  écrit encore en

ouverture de texte :

« La Syrie ? Que savons-nous d’elle ?Avouons–le sans faux  orgueil : quelques réminiscences  historiques

sur les croisades, quelques pages célèbres  et les beaux noms de Damas, de Palmyre, de l’Euphrate !

Voilà tout notre  bagage pour une grande et féconde contrée  placée sous le mandat français…Qui-à part 

de très  rares spécialistes –pourrait tracer la physionomie politique de ce pays ?Qui expliquerait  pourquoi

l’on s’y bat et qui s’y bat  !En vérité, s’il est une excuse à ce manque d’information, on la peut chercher

dans  la  complexité  qui règne en Syrie.

Ce berceau des civilisations, ce lieu de passage  prédestiné, dont la richesse et la beauté   ont retenu, sans

les mêler tant de peuples, cette terre où poussent avec une force ardente  tant de religions et tant

d’hérésies,   déroutent   et  confondent ! »

Agatha Christie ou Christie Mallowan,  ne fait jamais aucun commentaire  sur la situation  militaire

de la Syrie mandataire. Elle note pourtant que les mouvements de l’armée française ont recommencé

vers Deir ez-Zor   ou que le couple  doit obtenir des autorisations de séjour, ou d’installation, ou de fouilles

de la part  de l’administration française dont ils côtoient les représentants.  Kessel, lui, fera de ces

commandants français des héros de plusieurs ouvrages : Le Capitaine Collet est le personnage inflexible 

de son  « Le Coup de grâce »  écrit en 1932. Après avoir décrit, avec une grande poésie, la beauté de Damas

et de la  Ghouta, il nous fait le portrait de ce   chef  militaire  que le peuple syrien devait bien connaître et

détester et qui est répandu dans les archives de l’époque ! C’est le tristement célèbre   Capitaine  Tabou » !

Tel était le surnom  de ce militaire chargé de mâter Damas en insurrection, et de brûler le Palais 

Azem et tout le quartier…

 

 

Mais dans la Syrie visitée par Agatha Christie et Mallowan, ou pendant les périodes de leurs séjours,   

se croisent encore des voyageurs écrivains de l’Orient et de la Syrie en particulier : les Frères Jean et

Jérôme  Tharaud auteurs d’un  poétique « Le Chemin de Damas » ; Henri Bordeaux, ou  encore 

Maurice Barrès. Ami des Tharaud, Barrès, à partir de 1923, se fera connaître par ses descriptions 

de l’Oronte et de Hama. ; Dorgelès l’auteur     de «  La caravane sans chameaux » paru en 1928, et situé

au sud de Palmyre.   Ces contemporains de Mallowan  qui se disent tous  amoureux des paysages syriens

et de ses patrimoines divers, tous se rencontrent le plus souvent à Damas, déjà comme Bagdad, internationale,   

et déjà lieu de rendez-vous  des diplomates, des espions  et des attachés militaires.  Mais, plus exotique, c’est à l’Hôtel  Zénobia de Palmyre, en pleine steppe et  au cœur  des ruines, que convergent ces voyageurs dont

beaucoup  de groupes de touristes ! 

 

 

 


Marga  Andurain à Palmyre

 

L’hôtel,  dont Agatha  dit qu’il est confortable mais sent trop le soufre,   est propriété de 1927 à 1936,

de la très entreprenante Marga d’Andurain : une Française intrépide née à Bayonne, le 29 mai en 1893,   

d’ailleurs   à la même année qu’Agatha. Elles ont toutes les deux quarante ans quand Agatha  passe   à Palmyre.

Il y a, parmi les  clients  assidus de Marga, des touristes dont les Mallowan  en 1932 et  à d’autres passages,   

des historiens, des géographes, des archéologues-espions ou seulement archéologues.  Mais encore, et à

demeure, les compagnies des officiers  aux ordres du Haut  Commissariat  français. Les officiers, qu’ils

soient y méharistes ou pilotes de guerre, sont en poste dans toutes les  villes de la steppe. Ils sont  très

nombreux   dans  le  nord-est syrien, de Qamichli-Hassaké  à Deir ez-Zor. Ils y reçoivent les écrivains 

les  envoyés de la France Kessel, et les autres, tous sont assidus de la steppe et   tous attirés  surtout par la

vie bédouine et le désert, autour de Palmyre et plus loin sur les rives de l’Euphrate. Ils y fréquentent   les

méharistes dont ce  très sympathique officier Qédar qui rédigea  « Ses carnets de souvenirs d’un méhariste syrien »alors qu’il est  basé dans la  région de Sfiré, à l’est d’Alep  et au long  des  parcours de la steppe !

 

Palmyre  dans le soleil

 

A la même époque de ces visites   de la  célèbre romancière, un romancier peu connu Pierre Aspestégy 

ouvre son «  roi des Sables »  paru en 1939,   par  ces phrases :

«  Le brasier du crépuscule  s’écroulait  sur Palmyre. Un dernier reflet du jour s’estompait  au zénith

d’orient. Tout le  fleuve de  feu semblait prendre  naissance  à cette  source lactée...Et la même pourpre

embrasait  la Syrie tout entière…Les palmiers, épars  au loin des  ruines gréco-romaines, revêtaient peu à

peu une teinte de nuit.Les rangées des grandes colonnades, encore debout  parmi les pierres brisées,

projetaient leur ombre  jusque sous les péristyles. Les  deux sommets qui dominent la ville morte

s’auréolaient de flammes mauves…Vers Damas se dressaient les tours  sépulcrales… »

Les pistes ancestrales de pâturages des tribus de la Palmyréenne que les Mallowan sillonneront sans cesse 

lors de leurs séjours sont   donc  parcourues  par  ces   Français. Ils surveillent, à l’époque,  les  nombreuses

tribus dont les Anazeh ou les Chammar aux tentes brunes parmi lesquels  s’installeront les Mallowan. 

De  Palmyre et Deir ez-Zor   plus bas,  au sud,   et de Qamichli,   à  Hassaké plus au nord  entre Euphrate

et ses  différents affluents bien connus des archéologues,   se  situent   les villes  de   cantonnement des gens

du mandat. C’est au bureau de poste de Hassaké que les Mallowan iront   souvent retirer leur courrier et

rencontrer le bureau militaire.  Ils y sont reçus par un aimable lieutenant français qui leur offre l’hospitalité.

Les Mallowan le rassurent : leurs tentes car ils campent encore  à l’époque,   sont confortables ! C’est donc

là, dans  ces  villes de la Jéziré, administrées par les fonctionnaires du  mandat : des  Syriens ou des Français

que les Mallowan côtoieront régulièrement tout ce monde si varié, y compris d’ailleurs  avec des légionnaires d’origine allemande, des Sénégalais ou des  Tcherkesses.  

  ET il y a aussi, dans la steppe, quelques  missions d’archéologues : à Mari par exemple ou à Doura Europos

fouillée par des Américains !   Comme le  précise  Agatha Christie   dans son autobiographie : « La Syrie avait  constitué le principal réservoir de découvertes d’avant guerre…. » Mais elle  ajoute que, à partir  de 1948, 

l’Irak, devenue quasi indépendante dès 1930, offre de meilleures  opportunités  sans doute   pour les  Anglais 

qui s’y trouvaient encore comme chez eux ! Un traité anglo-irakien  a  été signé en 1923, et l’Irak, en octobre

1932, et bien avant la Syrie, est  déjà membre de la SDN.

   Parmi   ces  Français de la Syrie d’alors, il   y a, donc, à la  même  exacte époque, les Anglais !  

Du   début  à la  fin des  mandats, les militaires britanniques sont stationnés  plus au nord  vers l’Irak et des

frontières turques. Ils  ne sont jamais  loin de la Syrie tout comme d’autres Occidentaux dont les Allemands. 

Tous se surveillent  aux  frontières  d’une Syrie aux contours encore mal délimités. Ils  se guettent sur les

bords des régions du Nord  qu’ils désignent par  la zone  « sous le chemin de fer Berlin-Bagdad ». Ils 

espionnent et s’espionnent, et  tentent d’interférer  les  affaires  de  l’occupant français, lui, bien installé,

depuis les années 1920, sur   du sol  syrien !

  Parmi ces Anglais, il y a bien  sûr le fringuant Lawrence d’Arabie, souvent en compagnie de Gertrude Bell,

elle, décédée en 1936 ! Tous les deux sont devenus des experts en politique et, certainement, des espions très

actifs. Mais, au début des  années 30, Lawrence. L’historien des Châteaux Croisés  est déjà revenu en Angleterre ! Agatha le fera assassiner aux  premières pages de son « Rendez vous à Bagdad ». Il y a  encore Freya Stark :

la voyageuse de Turquie en Arabie, polyglotte et  voisine à Damas par Agatha. La forte personnalité  de Freya l’impressionne ! 

 

When

La Syrie du Mandat :

 

 

 

 

 

Comme nous  avons déjà  commencé à l’évoquer, la Syrie d’Agatha Christie, puis Christie Mallowan,  est

avant son indépendance en 1944, puis  1946,  une Syrie sous contrôle occidental. Le pays  est en  pleine

évolution y compris dans ses frontières du Bilad Cham.  Il est  agité de convulsions,  revendications et

révolutions, surtout dans  les années 1920, dans les années 1930, et surtout vers  1936. C’est  une Syrie qui  

passe d’une « Fédération arabe » du début   pour être un « Etat  syrien », et  qui s’achemine vers son

indépendance non sans de nombreuses tragédies.    

C’est la Syrie des leaders syriens, acteurs de l’Indépendance mais dont Agatha ne dit pas un  mot ! De 1930

aux années 1939, date à laquelle la France cède, au désespoir des nationalistes syriens, le Mohafazat

d’Alexandrette  à la Turquie kémaliste  depuis  des années aux aguets, c’est la Syrie alépine des  leaders Jabri, Kayali,   du  grand Ibrahim Hanano, de  Fouad Ibrahim Pacha  !  Damas est celle de l‘Emir Fayçal battu à Mayssaloun  par Gouraud. Puis elle  devient  la ville révoltée  des   Atassi, des   Jamil Mardam Bey, des

Fakri Baroudi (déporté en 1932), des frères Faiz et Farès Khoury, d’ailleurs  à cette époque des années 1935 emprisonnés. La Syrie de la steppe est le théâtre de  l’installation de populations non turcophones et très

diverses  : certaines  chassées  de Turquie ou qui s’ y exilent : des chrétiens dont les Arméniens, des kurdes,

des Yazidis venus du Sinjar proche qui se mêlent aux tribus bédouines en cours de sédentarisation. D’âpres négociations avec les mandataires    se traînent  jusqu’en 1944 et enfin 1946 !  

 1946, c’est justement l’année où la romancière, toujours à Londres, et  dans son pays anglais enfin en paix,

termine et fait publier   le recueil de ses  souvenirs en terre  syrienne : son « Tell me how you live »  « Viens

me dire comment tu vis…. en Syrie ». Sous    les bombardements, la romancière est seule,  car son  

archéologue et arabisant de mari : Mallowan est  mobilisé, et au Caire puis en Libye.  Elle    finit de rédiger,  

fin 1944, ce qu’elle  désigne   « une œuvre comme  une   bière  légère» !

Pendant  les   horribles années de 1942-1944,  elle veut    s’extraire de sa ville dévastée, pour  se changer les

idées, retourner par la pensée en Syrie, et exactement dans la Syrie de la steppe : en Jéziré  !   « C’est  avec

un très grand plaisir, raconte-t-elle dans son autobiographie,que je retrouve  tout ce temps  de grand

bonheur,  et je ne veux   tout mettre par écrit, précisément, pour  ne rien oublier !   »

 

 Where

Premier voyage en Orient et première escale  en Syrie 

Son premier voyage à destination de Bagdad, qu’elle fera donc pour oublier son

divorce, sera   pour elle l’occasion de   faire un premier séjour à  Damas Agatha

a traversé les Balkans et a  fait une halte à Istanbul.

Nouveau train, et   elle  écrit  dans son autobiographie  que « doucement nous allâmes à travers la Turquie

en Syrie, à Alep ».

Alep, à l’époque  capitale marchande de la Syrie du nord, se débat avec son  mandat français et  lutte

depuis déjà ! A chacun de ses nombreux voyages par la suite  elle se précipitera à l’hôtel Baron. Le fils de son  propriétaire Coco Baron l’accueille !  Elle fait son portrait ! Il a une tête ronde et  l’œil sombre et  mélancolique.  Coco Baron, toujours  souriant    reçoit  alors, tous les voyageurs de marque. Il  a  logé   Lawrence 

qu’Agatha  fera « assassiner » – Il  est  la   victime  du    premier meurtre de   « Rendez vous à Bagdad ».

Un rendez-vous dans une  période   irakienne post guerre, en pleine guerre froide et Bagdad  pleine d’espions

arrivés de partout,  de l’est et de l’ouest  et où se tient même une très secrète conférence internationale et déjà

pour la paix !

 

« Cinq heures du matin en gare d’Alep »:

 

 

 

C’est ainsi que commence « le crime de l’Orient express », écrit en 1933. Un jeune officier devant le

marchepied du sleeping-car du Taurus Express  discute avec  un petit homme   avec  un  petit homme  à

moustaches qu’il accompagne au train. Cet homme : un Belge, vient de faire en urgence le voyage

d’Angleterre en Syrie par l’Orient express  et les relais qui desservent l’Asie !  Le général de la garnison

française - la Syrie est sous mandat français – l’a convoqué pour une affaire secrète où quelques mots :

France, Belgique, gloire, honneur reviennent sans cesse…  Hercule Poirot, oui, c’est  bien lui, ce petit homme

un peu espion,  emmitouflé, à crâne chauve qui va reprendre le train à Alep pour rejoindre l’Europe. Ce célèbre détective souvent et pour de nombreux polars est de passage au Moyen- Orient.   Il y reviendra  souvent ! Pour l’heure : le petit matin alépin est glacial comme le sont les matins d’hiver à Alep.  »  Dans ces premières pages,

une femme installée dans le train observe  et constate   :

« Alep : rien de sensationnel à voir : quai interminable, mal éclairé, d’où montaient des altercations

bruyantes en arabe ! »

 elle repassera souvent   à Alep :

 Elle  s’y repose,  retrouve une vraie  salle de bains. Elle court les boutiques, achète d’innombrables paires

de  chaussures,  et  tout ce qui   plus  tard sera  nécessaire  pour l’installation des missions dans la Jéziré.  

Elle se  fait  coiffer, manucurer et se repose ! Plus tard, de retour à Alep  avec Mallowan et le couple Wolley   

elle visite  les églises :

« Nous allâmes chez les  Maronites, les Syriens catholiques, les Jacobites, les Nestoriens, les Jacobites.. ;et  les Grecs orthodoxes, qui les font assister à un « merveilleux office religieux » empli de chants sonores arrivant de  derrière un autel  et dans des nuages d’encens 

 

 

Alep le quartier  de Jamilié de l’époque d’Agatha

 

 Première visite à   Damas :

 

La  première escale, à Alep en réalité, est brève !  l’Anglaise arrivée en Syrie est malade, piquée par des punaises installées, elles,  à demeure  dans les banquettes du compartiment du train. La romancière  très fiévreuse repart donc aussitôt pour Damas  qu’elle rejoint toujours  par le train :  « un tortillard très lent et qui dessert de très nombreuses gares » 

 Arrivée à  Damas  elle s’installe, très  fiévreuse, à l’Orient Hôtel Palace juste en face de la gare.   « C’est décrit-elle, un établissement splendide, avec ses vastes halls aux marbres luisants, mais à l’éclairage si faible qu’on   voit à peine autour  de soi  ! »

Elle est conduite dans un immense appartement  haut d’un escalier de marbre…Elle reste trois jours pour ce 

premier  voyage 

« Damas est un peu décevante lorsqu’on la voit pour la première fois…un peu trop  civilisée –trams, immeubles

et magasins modernes… »  Elle ira visiter  le Krak des Chevaliers.Plus tard, elle  retournera 

au  krak, en compagnie de l’historien Paul Deschamps   spécialiste des forteresses croisées.   

 

 

le Krak qui domine la  vallée  vers l’ouest  et  a u loin  vers le liban

 Elle  fait du shopping dans les boutiques de la rue Droite où s’entassent cuivres, tapis, objets  et meubles

incrustés de nacre. Elle achète d’anciennes  assiettes en cuivre martelées et portant  le motif distinguant la famille

qui les  travaille et  une  grande commode marquetée. elle raconte longuement l’acquisition de cette  commode incrustée de nacre et d’argent. Le meuble est  transporté   chez elle en Angleterre par la compagnie Cook qui gère

tous les détails du voyage. Il  se révélera habité  par un   ver qui fait un bruit curieux pendant la nuit  et qui,

découvert  par le menuisier se  révélera  énorme…obèse !

 Elle ne   dit pas  grand-chose  de la capitale syrienne,   sinon  que   cette  rapide visite qu’elle a fait de la ville lui  donne l’envie  d’y retourner.  

 Par contre, dans le recueil de douze nouvelles connu sous le  titre  de Mr Parker Pyne, la huitième nouvelle porte

le titre de «  les Portes de Bagdad   » 

 ET  dans cette nouvelle qui débute en Syrie, à Damas, Mr Parker Pyne, un spécialiste  de l’âme humaine et

détective étrange, et  sans doute comme Agatha le fit,  déambule dans les rues de Damas et chantonne ces vers…

« Quatre grandes portes possède la cité de

Damas : Poterne du destin, Porte du désert, Caverne du malheur, fort de la peur, Porte de Bagdad, je suis le seuil

du Diarbakir…

 

 

Damas : les portes de Bagdad

 

 Et voilà que soudain la chanson s’arrête sur les lèvres de ce « professeur, marchand de bonheur » car c’est  

ainsi  que Parker Pyne  se présente dans l’annonce qu’il fait paraître dans  un quotidien anglais  pour son travail.  Monsieur  Pyne soigne les gens déprimés mais   il est aussi un peu détective. Il exerce aux quatre coins du monde

et pour le moment il est à Damas.  Ce qui vient d’attirer  l’attention de l’Anglais, c’est une grosse berline à six

roues stationnée juste en face de l’entrée  de l’Hôtel Oriental. Or c’est cet autocar qui doit, le lendemain, le

conduire  à travers le désert  de Damas jusqu’à Bagdad ! 

Pour les contemporains d’Agatha Christie, dans les années 1920, le voyage  de Damas  à Bagdad par la Porte

qui ouvre  la piste du désert n’est plus aussi éprouvant qu’il pouvait l’être, autrefois, au temps lointain  des

caravanes. Dans son autobiographie, elle précise :

  « A l’époque,  c’est à bord d’une flotte de voitures et de cars à six roues de la Nairn Line, très connue et

toujours choisie pour les  touristes,  que s’effectue le passage de Damas à Mossoul. Deux frères, Gerry et

Norman dirigent  la compagnie. Ils sont  australiens et les plus sympathiques des hommes ! Les cinq cents kilomètres de désert, dans les années trente,  sont avalés en moins de quarante heures de trajet  assez monotone

et avec le même arrêt obligatoire au fort  de Rutbah à la même heure,  vers minuit. »

 Dans le  trajet « en vrai », le  Corps des Gardes du Désert est là, avec ses dromadaires. Ces méharistes 

contrôlent tous ceux qui    passent en direction de Palmyre 

 Il est bien défendu aux  voyageurs de  s’éloigner du fort Rutbah,  ou  quand   l’autobus  s’embourbe dans 

boue des Wadis en crue.   Le danger  est  alors  de se perdre, de   n’être retrouvé   que lorsque  la chaleur du

jour est mortelle.

On peut encore faire quelque mauvaise rencontre. A l’arrêt, donc, les voyageurs de la nouvelle « Les Portes de Bagdad »  et comme dans la vie réelle réalité »  sont regroupés. Ils bavardent. Monsieur Parker Pyne  fait la conversation !

 Juste avant  que l’autobus ne reparte,  il y  a, mais dans la nouvelle et  seulement là,   mort d’homme : un coup

à la base de la nuque à l’aide d’un mystérieux objet très pointu, comme un perçoir  du néolithique  ! 

Agatha  raconte aussi dans son autobiographie  qu’il arrive que, dans la  partie la

plus  désertique de la Jezireh, les chauffeurs perdent leur route, par exemple à

l’endroit où les pistes se  divisent et qu’il  y a un écheveau dense  de traces sur le sol,  ou  encore  quand  les pluies grossissent les wadis, juste avant l’hiver et rendent la progression des véhicules,  impossible ! De ces inconvénients multiples   que la romancière rencontra plus tard au cours de  ses  différents voyages, y compris quand

elle va de Hassaké à Alep  ou le contraire,  elle  tira  entre autres   trois  récits : cette nouvelle « les Portes de  Bagdad »  mais encore   une étrange  histoire « Loin de vous

ce printemps »  où, obligée de  rester   dans une halte de trois jours   près d’un fort isolé   en plein désert, sans pouvoir, mais  comme au fort de  Rutbah,    s’éloigner  en raison de  la  boue et des eaux du torrent,  une héroïne (qui dans ce roman comme  dans    « Portrait inachevé » n’est autre qu’Agatha ), se remémore son passé de 

femme mariée trompée.  Désoeuvrée dans ce bout de piste, elle    cherche à

comprendre ce qui a pu altérer   ce  couple  qu’elle croyait si parfait ! 

 

La vie en Jéziré syrienne

 

 

 Les Mallowan,  cette première fois, mais comme  à d’autres  époques    sont    arrivés   par Beyrouth. 

 

A cette  époque le service des  Antiquités de Syrie et du Liban est dirigé par Henri Seyrig de 1929 à1941

éminent archéologue « épigraphiste et  qui travaille à Baalbeck et   en Syrie, à Palmyre au temple de Bel).

Beyrouth et son  université et sa riche bibliothèque sont une étape pour tous les archéologues  qui y rencontrent

leurs collègues souvent des  linguistes, des épigraphistes et même qui se font  botanistes ou comme par exemple l’archéologue et épigraphiste le père jésuite René Mouterde : auteur aussi d’une ‘Flore moderne de Syrie et du Liban »)    

C’est à Beyrouth qu’ils trouvent tout le matériel et les assistants, qui leur  seront nécessaire pour organiser,   

pour des mois, leur mission dans  les sites de Syrie.  

De Palmyre   à   Jéziré  

  Une  visite au site de Nahr el Kelb cher à Mouterde, puis à Byblos, et ensuite le couple rejoint par les membres

de leur équipe, s’embarquent dans une grosse voiture baptisée Queen Mary, pour  rejoindre les sites de Syrie

du nord par   Homs, Palmyre et Deir Zor.

Ils  gagnent  pour ce premier rendez-vous, Homs  où ils font une première halte dans l’hôtel de la ville …

Puis c’est la première visite de la romancière à Palmyre !  

Palmyre est déjà la star des  sites syriens:

Agatha Christie  n’a pas beaucoup    de mots pour décrire Palmyre et dire la charme qui émane  du site !

Elle évoque sa tendre beauté crémeuse qui  élève comme un  rêve incroyable  au-dessus des sables,  ses 

temples ruinés, ses  cours, ses colonnes  abattues dans un fantastique  et théâtral   décor  !  L’hôtel  est pris

d’assaut par un groupe de touristes ;

Dorgelès sera  plus  poétique quand il  racontera son réveil au matin dans l’oasis : dans   sa « La Caravane sans chameaux » ,  oeuvre publiée en 1928.

 « le ciel d’un lilas fané commence à se dorer derrière   la colonnade du temple du Soleil. Les  jebels  à

l’ouest, s’éclairent peu à peu  et se teignent de rose, puis brusquement , juste entre  deux colonnes,l’astre

paraît, et les fûts mutilés couchent partout leur ombre.c’est  sur cette horloge que le désert règle son temps

dorer . »

 Mais le couple  Mallowan    ne s’attarde pas  à Palmyre :

 

 


 L’Euphrate à Raqqa

 

C’est la région   entre  Euphrate et ses affluents célèbres et à l’origine de la civilisation : entre Khabour, Balikh et Jaghjagha  qui les attire !

Le choix du tell à fouiller prend du temps. Ils descendent  le fleuve s’attardent à Mayadin  puis  passent  en face

sur l’autre rive   en face et   à Busaira où sont déjà repérés des sites très antiques,  et c’est la première rencontre  d’Agatha avec le Khabour  à la jonction de la rivière avec l’Euphrate ! « le Khabour repète Mallowan et ses

milliers de tells, c’est pour nous le bon endroit ! »

 La région de la Jeziré syrienne en compte des milliers. Ces tells  devenus   célèbres sont  Tell  Halaf, Tell  Brak, 

Tell Amouda,  tell  Hamuda peuplé d’Arméniens,  ou    le Kawkab  qui révèle être un volcan éteint ; Il y a bien sûr

le trio préféré de Mallowan :  tells Tell Hamdun, Chagar Bazar, et Tell  Mozan : Max Mallowan bouscule les sites, s’impatiente, visite le site de Doura-Europos fouillé par des Américains,  mais tenue par un détachement français !   Finalement  il déclare qu’il faut se rendre sur le Jaghjagha, plus haut vers le nord et l’est !  Agatha s’émerveille  ce  nom ; Jafghgjagha lui paraît  fantastique !  Et elle n’en a jamais   entendu  parler  ce qui  n’étonne pas Mallowan. 

Par contre, lui  explique-t-il, le monde entier connaît le Khabour   parce que c’est là que se trouve  Tell Halaf !

Tell Halaf :

Le site est aussi renommé que le Ur irakien et  déjà cette contrée montagneuse et isolée  a été parcourue par d’éminents archéologues  mais aussi de  très sérieux espions :   Edward Thomas Lawrence et  Max Von

Oppenheim,  l’allemand  auquel Mallowan voue une réelle admiration, pour ses découvertes à Tell Halaf. 

Tous les deux ont été  en mission proche du site de la voie ferrée Berlin-Bagdad et   juste avant qu’éclate la

première guerre mondiale et après  dans les années 1920.  Mais encore  le révérend Père Poidebard  est à

Tell Halaf en 1928, à la recherche, là justement,  des vestiges du lime romain  : cette frontière fortifiée romaine 

qui court  dans ce même lieu des frontières du nord.

 Les Mallowan, en 1934,  s’installent donc en Jéziré avec Mac :   un archéologue anglais également architecte

qui est leur  plus   fidèle compagnon, et d’autres assistants qui se succèdent !

Ils    font quelques retours à Alep : shopping, shampoings et visites aux amis.   Enfin ils s’installent à Chagar  

Bazar puis  Tell Brak :  deux sites   sur lesquels se concentreront    les recherches de l’archéologue, et  que

Agatha adore écrit :

Vers cinq ou six heures, aux premières lueurs du jour, les voyageurs prennent le petit déjeuner.

«  A l'aube, combinés à la vivacité de l'air les délicieux pastels du désert :des roses, des abricot, des bleus, formaient un merveilleux ensemble j'étais en extase. Là je trouvais ce que j'avais tant désiré: cet air pur et

vivifiant, ce silence vierge même de chants d'oiseaux, ce sable qui coule entre les doigts, le soleil qui se lève...

Que pouvait-on attendre d'autre de la vie …. »

 

 Dans cette  région du Habour,  proche de   Hassaké et   Kamishli tenues par un poste militaire français,  le

couple travaille beaucoup. Très loin de l’Europe  sur laquelle  s’amoncellent de sombres nuages, Agatha écrit

des romans, développe les photos dans « sa chambre noire », nettoie les objets découverts, surveille les équipes

et soigne les femmes kurdes, arméniennes   ou bédouines des environs. Elle est la katoun étrangère  que  tous  respectent. Mallowan,  arabisant, dirige toute l’équipe, règle les conflits, fait  des rapports, rédige des articles

et des livres d’archéologie. Ils campent  au début, et souvent affrontent la pluie, le vent, les invasions de souris

et de cancrelats  et  les crues des wadis.  Agatha garde le plus  souvent  sa bonne humeur et s’amuse de tout 

sauf de l’invasion des punaises et des souris !

   Puis, les années suivantes  ils installent leur mission  dans des maisons plutôt  confortables parmi les

nombreux et très différents habitants de la steppe. Ils  travaillent ou cohabitent avec   des Arméniens, des Yézidis adorateurs du feu et du Diable, des Kurdes, des familles bédouines.

Agatha  fait allusion, en passant, au  drame  des Arméniens. Ils sont nombreux installés dans des  misérables

villages des  environs d’Hassaké. Un de leurs   assistants : Aristide raconte comment il est le seul rescapé d’une famille  arménienne décimée et brûlée, et comment lui, tout  enfant, fut    recueilli seul survivant et blessé, par des  bédouins devenus ses frères  ! Agatha  raconte aussi, et  longuement, sa visite  au mausolée de Sheikh Adi situé

dans les montagnes kurdes  en direction de Mossoul.  Des Yazidis, elle explique qu’il n’y  a pas de peuple aussi  digne et aimable  mais aussi  singulier  et curieux dans ses croyances et dont le paon incarne l’esprit de leur Dieu !

Le couple  parmi ses ouvriers  a engagé  des  travailleurs yazidis qui ne veulent pas manger de laitue : un végétal interdit. Le couple   rendra   souvent visite à leurs  cheikhs,  quand ils fouillaient à Ninive. Ils se rendent  dans le Sinjar.L’écrivain qui revient souvent sur la personnalité si attachante de Yazidis  rappelle  que, de  1914 à 18,

alors que les Kurdes fuyaient les Turcs, ils  furent protégés par cette population    qui les abrita  et  les sauva.

 Parmi les  nombreux visiteurs  sur les sites de leurs différentes   missions en Syrie, il y a  donc les   officiers

français ou  anglais, des  notables et des chefs de tribus, des administrateurs  ou des employés syriens des  mandataires qui, tous,  viennent voir l’avancement des fouilles. Comme les archéologues n’aiment pas être     dérangés, Agatha est  chargée de  guider les arrivants  dans les ruines, et d’expliquer les recherches !

Elle  ordonne et surveille   la préparation des  repas  et, pour les invités de marque, fait ses courses à Hassaké.

 

 

Ugarit :  visite chez les Shaeffer  Noël 1939

Des  amis archéologues leur rendent visite : les Dunand  Parrot   qui travaille à Mari, ou les Schaeffer  d’Ugarit

arrivent en voiture par les pistes. Quand la saison des fouilles se termine, ils    se  promènent   dans toute  la région

et  par exemple le long de l’Euphrate :  «  paysage tout  d’harmonie : fleuve large, scintillant   dans  un air

brumeux, cortège  de  femmes voilées de noir, et paisibles portant  haut sur leur tête des charges d’eau ou de vêtements  juste lavés… »

Le couple  se rend à Raqqa belle dans ses murs de briques  et  ses  formes orientales :

« Toute de teinte rosâtre… »  note Agatha.

En fin de mission, ils   passent  par  le célèbre  site d’Ougarit, sur la côte syrienne, à l’invitation de  leurs amis archéologues : les Schaeffer : « Ras Shamra : une adorable  petite  baie, d’eau profonde bleue turquoise et

bordée de sable et de rochers  blancs… »

Partout, en Syrie, les habitants les reconnaissent et leur font fête à chaque retour . «  les Arabes assure-t-elle

dans les dernières phrases  de son autobiographie   qu’elle termine en Angleterre en 1965, sont grands pour

leur sens de l’humour mais aussi pour leur hospitalité. Les gens de  ces pays sont des compagnons agréables

et des amis splendides » 

 

Good Bye to Brak et… to Syria

 Le couple quittera la Syrie en pensant y revenir très vite, mais  une nouvelle  guerre s’annonce. Le couple   ne

cache pas sa grande tristesse.  Dix ans plus tard pourtant, ils seront de retour en Orient  mais fini le temps des voyages en  train et les traversées du désert !  Le temps des voyages en avion est arrivé.  Et quand ce temps des voyages par  l’air arrive, elle s’en plaint   et écrit :

«  Hélas  plus  d’Orient Express !  le temps  est  venu de la  routine monotone par les airs : plus de   voyages à

travers le désert syrien avec les frères Nairn. Nous allons de Londres à Bagdad, et c‘est tout, et un  excessif

ennui et  des  dépenses sans aucun  plaisir ! »

 Et si  on lui demande lors de son voyage de retour ce qu’elle pense de toutes ces années elle répond :

 

 

 

 

Femme kurde, de  notre  amie l’artiste kurde :Aria

 

« Je me souviens des femmes kurdes à Chagar Bazar comme des tulipes de toutes les couleurs ; et la grande

barbe teinte au henné du cheikh.. Je me souviens  du  colonel anglais posté près du site et attendant l’ouverture d’une tombe..Je me souviens d’une colline couverte de l’or de son parterre de marguerites   et si je ferme les

yeux, je peux sentir, tout autour de moi, le parfum des fleurs  de cette  steppe fertile… Et  tant de bons souvenirs encore : une marche sur le tapis de fleurs jusqu’au tombeau yazidi   de Cheikh Adi…  la descente du train 

un soir calme de notre  arrivée aux Portes de Cilicie….    

Combien j’aime cette partie du monde !

Je l’aime encore et je l’aimerai  toujours. » 

Puis  tournée vers son mari elle conclut : « Nous étions sans soucis et nos recherches avaient beaucoup de

succès, Nous avions là-bas  une vie très heureuse…! »



Bye bye.. ;to Syria

 

Simone lafleuriel-ZAKRI  37 rue Washington, Paris

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21 septembre 2014 

 
 

Last Updated on Wednesday, 22 October 2014 14:28
 

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