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Moralité et tolérance par Christian Amphoux PDF Print E-mail
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Written by Christian Amphoux   
Tuesday, 13 January 2015 16:36

 

Moralité et tolérance

     Ce qui vient de se passer en France, à Paris, à Charlie Hebdo, puis dans d’autres lieux, a provoqué un éveil des consciences si unanime que nous entrons probablement dans une ère où les paramètres de la vie sociale vont s’en trouver modifiés. Va-t-on vers moins de liberté, moins de tolérance ? Est-ce à ce prix que nous nous préserverons contre des voyous endoctrinés qui tuent à l’arme de guerre des dessinateurs protégés, leurs protecteurs et quelques nouvelles victimes juives ? Quel rapport entre ces pirates d’un nouveau genre et l’idélogie de « guerre sainte » dont ils se réclament ?

Etat et piraterie

     Il faut d’abord rappeler que la piraterie, le refus du vivre-ensemble, ne date pas de nos sociétés modernes, mais apparaît avec les premiers Etats, qui imposent un ordre et refluent du même coup à la marge le désordre. Les Romains, d’autres encore avant eux, avaient leurs pirates ; et le rôle de l’Etat est de les contenir, de limiter leur capacité de nuisance. Mais cette frange qui refuse l’ordre imposé par l’Etat subsiste toujours plus ou moins, le vivre-ensemble ne se réalise jamais à cent pour cent.

     Pour lutter contre la piraterie et les formes d’action qui lui ressemblent, l’Etat dispose d’un certain nombre de moyens : le renseignement pour la prévenir, la force armée pour la contrer, la justice pour la punir. Mais les mêmes moyens peuvent être mises au service de mauvaises causes : l’Etat n’est pas en soi une garantie que le vivre-ensemble sera assuré. Les mauvais traitements assurés En Europe à la communauté juive, jusqu’au milieu du 20e siècle, le mépris à l’égard des peuples colonisés, en Afrique et au Proche-Orient, étaient couverts par l’autorité des Etats, de la France en particulier. Il faut donc que l’Etat qui lutte contre la piraterie soit respectueux de l’être humain ; et que le terrorisme qu’il combat ne soit pas une résistance légitime à l’oppression commise par cet Etat. L’Etat ne peut exercer une répression injuste, sans alimenter la piraterie qu’il prétend combattre.

     En même temps, les Etats modernes se sont donné des règles de liberté qui exigent que l’individu ne soit pas accusé ni poursuivi ni jugé pour ce qu’il n’a pas fait. Les lois protègent les individus, y compris ceux qui ne sont encore que soupçonnés de malfaisance. La piraterie doit être combattue en tenant compte de ces règles de tolérance et de liberté.

Piraterie et « guerre sainte »

 

   Qui sont donc les pirates d’aujourd’hui ? Certains sont politisés : activistes d’extrême-droite ou d’extrême-gauche, la France a été secouée depuis la fin de la dernière guerre par plusieurs vagues d’attentats. Mais un groupe se signale plus particulièrement ces derniers temps, la presse appelle ses membres des « islamistes » ou adhérents d’un islam radical, ou encore des « djihadistes », c’est-à-dire des combattants engagés dans la « guerre sainte ».

     En France, nous sommes les héritiers, par la tradition judéo-chrétienne, d’une culture de résistance à l’oppression, qui légitime, dans ce cadre restreint, les actes de violence commis contre une puissance oppressive. Parallèlement, nous nous sentons solidaires des peuples qui sont à leur tour soumis à un régime d’oppression. Un idéal, né en France et diffusé désormais sur l’ensemble de la planète, s’écrit dans les trois mots de notre devise révolutionaire : Liberté, Egalité, Fraternité.

     Dans l’islam, il existe un concept qui a, à l’origine, la même valeur défensive que la résistance : c’est le djihad, la « guerre sainte ». Mais ce concept est aujourd’hui détourné de son sens premier, il tend désormais à protéger, à venger ou à renforcer une faction oppressive se déclarant « Etat ». Les ravages d’un tel groupe extrémiste au Proche-Orient, pratiquant des massacres, des viols et des mises en esclavage de villages entiers ont rendu nécessaire une riposte des Etats voisins ou de pays plus lointains, au nom du respect de l’être humain ; et par solidarité avec ces assassins, de jeunes écervelés manipulés viennent tirer à l’arme lourde sur des journalistes en réunion, puis cherchent la mort l’arme au poing, se prenant pour des héros, alors qu’ils ne sont que des tueurs.

Laïcité et « vivre-ensemble »

     Dans l’école d’aujourd’hui, la morale laïque est remise en cause par l’étendue du non-respect et la fragilité d’une jeunesse entraînée vers la confusion entre une violence défensive et une violence visant à créer le chaos dans la société où elle survient. La morale laïque fonctionne avec deux principes : moralité et tolérance. La moralité consiste à éviter les excès, en donnant des limites à sa propre liberté ; et la tolérance, à laisser les autres fixer leurs limites, dans le cadre d’un vivre-ensemble respecté, donc harmonieux. L’éducation consiste à transmettre un sens de l’équilibre dans les règles que l’on suit et dans l’acceptation de l’autre.

     Mais il n’est pas facile de tourner certaines pages marquées par l’injustice ; et la morale laïque idéale se heurte alors aux rancœurs et à la haine. Or, la liberté dont jouit chacun devient dans ces circonstances un facteur d’aggravation du mal-être, au lieu de servir à l’apaisement des passions ; les rancœurs et la haine engendrent la disponibilité à la violence, dont vont profiter les groupes oppressifs en mal de quelques actes scandaleux, dont la nouvelle se répand par la presse et les réseaux sociaux. La société de liberté a son envers : la liberté des uns s’accompagne de la folie meurtrière des autres.

     Après l’émotion qui a mis des millions de personnes dans des cortèges de marche républi­caine, la première évidence est qu’il ne suffit pas d’empêcher cinq attentats sur six, il faut les prévenir tous ; et la deuxième évidence est que l’opinion publique est toute disposée à en prendre son parti. Les gouvernants vont donc nous élaborer des lois qui ménagent les libertés tout en contrôlant davantage les apprentis djihadistes et autres terroristes en puissance. Cela veut dire plus de moyens, donc moins d’investissement ailleurs, plus de contrôle et moins de liberté pour les personnes suspectes ; mais inévitablement, il y aura des abus de surveillance pour d’autres. Nous entrons peut-être dans une période nouvelle, intermédiaire entre la paix et la guerre. Mais notre bien-vivre est sans doute à ce prix. Jusqu’à ce que moralité et tolérance aient de nouveau le même sens pour nous tous.

 

Christian Amphoux

Montpellier, le 12 janvier 2015

Last Updated on Saturday, 17 January 2015 13:12
 

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