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Science, amour et foi chez Ephrem le Syrien par Adib Gabriel Hathout/English Translation by Amin Elsaleh, Correlation between Education, Science and Morality by Amin Elsaleh- Commentaire de Christian Amphoux PDF Print E-mail
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Written by Adib Gabriel Hathout , Amin Elsaleh   
Wednesday, 14 January 2015 13:36

Vous pouvez trouver l’ensemble des contributions d'Amin Elsaleh sur le site academia à l’adresse:

https://independent.academia.edu/AminElsaleh

 

Pour 2016, la Société d’études syriaques vous adresse à tous, d’ici et d’ailleurs, des vœux de joie, de libération et de paix, dans l’illumination du savoir contre l’obscurité.

Sa voix devint une clé invisible

Et ouvrit la bouche des Mages (…)

L’étoile écrite en l’Écriture,

Des nations lointaines l’ont vue (…)

Reviens apprendre des Nations

Comment et où elles ont vu

Cet Orient par Balaam prédit

Étranger, celui qui l’indiqua,

Étrangers ceux qui le virent (…)

L’astre à son lever a proclamé sa Lumière

Et la parole sa Sagesse

Béni soit par ses hérauts le nouveau-né !

 

Éphrem, HNat 24

 

 

https://drive.google.com/file/d/0BxHc7y8Ihv2Pcl9BdHlid3htUnc/view?pref=2&pli=1

 

French version

By Adib Gabriel HATHOUT

English Translation by Amin Elsaleh

Mai 2015

 

 

Le Seigneur a créé des remèdes issus de la terre. L’homme avisé ne les méprise pas. N’est-ce pas un bout de bois qui a adouci l’eau pour faire connaître sa vertu. Il a donné aux hommes la science pour que ceux-ci le glorifient de ses merveilles

(Siracide 38 :4 à 6.

 

En soutenant que la science conduit à Dieu, la mystique d’Ephrem le Syrien (303-373) est un avant-goût de la philosophie de Francis Bacon (1561 – 1626) et de grands penseurs des Lumières comme Wilhelm G. Leibniz (1646-1716) et Carl von Linné (1707-1778),

 

Typique de l’approche syrienne, le caractère synthétique de la mystique d’Ephrem a été souligné par Sebastian Brock, alors que la grecque est analytique[1]. Ce point de vue est compréhensible : la première est inspirée de la Bible, la seconde des Pères de la logique : elles sont complémentaires et non opposables.

 

Comme tous les grands leaders de l’école d’Antioche, Ephrem était partisan de l’analyse littérale. Non que celle-ci soit suffisance, mais nécessaire : à côté du sens littéral rendu par la grammaire et la philologie, il y a un sens historique et un sens spirituel qui se complètent sans qu’aucun des deux ne détruise l’autre.

 

La genèse d’une philosophie où la Nature intervient entre Dieu et la personne humaine remonte, chez Ephrem, à son adolescence quand, dans ses prières, il demandait toujours à Dieu de dissiper de son cœur les ténèbres de l'ignorance. N’étant pas intelligent, son  ignorance l'attristait et le faisait pleurer. Mais un jour, alors qu'il allait puiser de l’eau à une fontaine pour  l'homme qu'il servait, il vit de l'eau très limpide s'écouler d'un rocher très dur. Ephrem releva la tête et dit :

 

« Seigneur, je te   prie par la puissance qui a adouci ce rocher et par la bonté qui a humecté cette pierre, je te prie d'arroser la sécheresse de mon cœur d'adoucir la dureté de mon esprit et d'ouvrir mon intelligence  pour répandre tes sciences et publier devant tes créatures tes bienfaits afin de les exciter à ton obéissance et à ton amour ».   

 

Cette nuit-là, Ephrem vit des anges descendre du ciel, tenant un livre écrit sur les deux côtés ; puis il les entendit dire les uns aux autres : « à qui faut-il remettre ce livre ? ». Quelques-uns répondirent : « à Ephrem, car il l'apprendra »[2].

 

C’est ainsi que Saint Ephrem devint phytothérapeute et aromathérapeute.

 

Soucieux donc de se conformer aux prescriptions bibliques d’après lesquelles la terre fournit des médicaments nécessaires au malaise, et confiant en Jésus-Christ qui a été à la fois médecin du corps et de l’esprit, Ephrem vante alors l’aromathérapie et la phytothérapie en contemplant la Nature. Ces quelques vers illustrent la relation entre maladie du corps, de l’esprit et de l’intellect :

 

 

Un peu de ce parfum

Qui s'exhale par la (divine) Bonté,

A pour les maladies

De notre terre maudite

Mission de médecin.

Ce parfum guérisseur

Traite la maladie

Qu'y porta le Serpent[3].  

 

 

Le raisonnement par l’absurde dénonce l’incohérence

 

Il faut savoir que la maladie apportée par le Serpent et pour laquelle Ephrem préconise l’aromathérapie est celle de l’incohérence si bien dénoncée par les philosophes grécophones,  notamment les Stoïciens.

 

Dénoncer l’incohérence par Ephrem est une des plus belles exégèses du péché originel. Se basant sur un raisonnement par l’absurde, Ephrem démontre l’incohérence du discours du serpent lorsqu’il s’adresse à Eve dans le Livre de la Genèse. Elle se fait selon le schéma suivant.

 

Posons :

 

-     T1 = Ève est capable de discernement (thèse explicite). 

-     T2 = Ève est incapable de discernement (thèse implicite).   

 

En supposant que la thèse T2 est vraie, T1 ne le sera pas. T1 est explicitement inhérente à l’invitation du serpent : puisqu’il invite Ève à discerner, c’est qu’elle est capable de discernement.  En revanche, T2 est implicite : puisque le serpent conseille à Ève d’acquérir le discernement en l’écoutant, c’est qu’elle est incapable de discerner.

 

La traduction du texte original d’Ephrem le Syrien, faite par l’éminent syriologue britannique, Sebastian Brock mérite d’être citée[4] : 

 

Elle (Ève) aurait fort bien pu dire au serpent « (…)  si je ne connais pas la différence entre le bien et le mal, comme tu l’insinues, comment pourrai-je discerner si ton conseil est bon ou mauvais. (…) »

 

La pensée d’Ephrem s’intègre dans une donne historique, toujours présente au Proche-Orient du vingt-et-unième siècle. Chez Ephrem comme chez ses savants de l’Islam comme Avicenne, nous avons l’amour du Créateur pour la créature, synonyme de l’harmonie entre la science, la paix et la guérison. Egard où il ne sera pas fortuit de voir, avec Youssef Michel Hathout,  que l’olivier symbolise la fusion entre la science et la paix[5].  

 

Corrélation entre l’amour et science

 

Enfin, cet extrait du Testament d’Ephrem est peut-être un des plus beaux témoignages de la corrélation entre l’amour et la science, un sujet typique de la spiritualité sémitique des premiers chrétiens[6].

 

« (…) oui, mes élèves, prenez-moi en exemple : je n'ai  jamais blasphémé et je n'ai jamais porté de l'inimitié pour qui que cela soit. J'étais seulement dans un différend permanent avec ceux qui dénigrent Dieu, car le sage ne hait personne et, s'il hait quelqu'un, c'est l'ignorant qu'il hait. L'ignorant, au contraire, n'aime personne, et s'il aime quelqu'un c'est son ami ignorant qu'il aime.» 

 



[1] Page 169 de « L'œil de lumière. La vision spirituelle de Saint Ephrem, suivi de La harpe de l'esprit, florilège des poèmes de saint Ephrem. ». Editions Abbaye de Bellefontaine. 1991. Collection spiritualité orientale, n°50. Par Sebastian Brock.

 

[2]Page 293 de : « Histoire Nestorienne. Patrologia Orientalis ». Chronique de Séert. Première partie (II). Par Mgr Addaï Scher, Archevêque chaldéen de Séert (Kurdestan). Librairie de Paris, 56, rue Jacob. 1950. Il faut aussi entendre que, selon la tradition orientale, Dieu ne remet pas la science aléatoirement. 

[3] Pages 148-149 de « Hymnes sur le Paradis ». Par Ephrem de Nisibe. Traduction de René Lavenant. Introduction et notes de François Graffin. Les éditions du Cerf. Paris. 1968. Pour le rajeunissement par le goût des plantes et l’embellissement par la respiration de leurs odeurs, voir Hymne VII, page 105.

 

[4] Page 176 de « L'œil de lumière. La vision spirituelle de Saint Ephrem, suivi de La harpe de l'esprit, florilège des poèmes de saint Ephrem. ». Editions Abbaye de Bellefontaine. 1991. Collection spiritualité orientale, n°50. Par Sebastian Brock.

 

[5] Voir « Les herbes de l'Evangile au service de la vie ». Par le Docteur Youssef Michel Hathout. Bulletin de St Julien-le-Pauvre (Paris. juin 1996) et Icône (Montréal. Décembre 1997.

 

[6] Traduit de l’arabe de  « Vie de Mar Ephrem le Syriaque » Par Mgr Ignatius Zakka 1er Iwas, Patriarche d’Antioche et de tout l’Orient pour les Syriaques orthodoxes. Editions « Alfi-ba’ ». 1984.   

 

Ephrem The Syrian

 Science, Love and Faith


 

The Lord has brought forth medicinal herbs from the ground, and no sensible person will despise them. Did not a piece of wood once sweeten the water, thus giving proof of its power? He has also given some people knowledge, so that they may draw credit from his mighty works.”

 

Sirach 38 :4 à 6 (Ecclesiasticus)

 

 

When Ephrem the Syrian (303-373) teaches that science is the road to God, he is the predecessor of the philosophy of Francis Bacon (1561 – 1626) and other Enlightenment thinkers such as Wilhelm G. Leibniz (1646-1716) and Carl von Linné (1707-1778),

As reported by Sebastian Brock, the typical Syrian approach marks Ephrem mysticism with synthetic characteristics compared to the Greek emphasis on the analytical approach [1]. These two approaches are easy to understand: the first is inspired by the Bible, and the second from the initiators of logic: they are both complementary and do not contradict each other.

Like all the leaders of the school of Antioch, Ephrem was attached to literal analysis. This is not because this type of analysis is sufficient and complete, but it is necessary. However, in addition to the literal sense given by grammar and philology, there are complementary historical and spiritual meanings.

Since Ephrem’s adolescent years, the genesis of a philosophy where Nature is positioned between Man and God was expressed through his prayers where he constantly requested God to clear the darkness of ignorance from his heart. Not feeling intelligent enough, Ephrem’s ignorance caused him sadness and made him weep.  But one day, while he was bringing water to his employer from a well, Ephrem observed clear water coming from a solid rock; he then raised his head to the heavens and said:

“Lord I beg thee, like the force which softened this rock and the kindness which moistened this stone, I beg you to water the drought of my heart, to soften the hardness of my spirit and to open my intelligence to disseminate your science and teach your creatures your benedictions so that these inspire them to obey and love you Lord.”

That night, Ephrem saw angels coming from heaven with a book with writings on both sides.  He heard them enquire amongst themselves: “to whom should we submit this book?” Some of them answered: “to Ephrem; for he will understand!”[2]

It is in this way that Ephrem became a phytotherapist and aromatherapist (a doctor of herbs and aromas).

Committed to honouring the Biblical prescriptions which state that the earth will supply medicines for diseases, and trusting Jesus Christ who was both the healer of the body and of the soul, Ephrem promoted  phytotherapy and aromatherapy by observing nature. The following verse illustrates the relationship between diseases of the body, mind and intellect:

 

A little bit of this perfume

Which is exhaled by the grace of divine goodness

Performs for diseases

Of our cursed earth

The mission of a doctor

 This healer perfume

Treats the disease

That was brought by the snake.[3]

 

Reductio ad absurdum exposes incoherence

It is important to know that the notion of disease brought by the serpent as a result of which Ephrem recommended aromatherapy is incoherent, as was so expertly exposed by the Greek speaking philosophers, especially the Stoics.

Ephrem’s exposing of its incoherence is one of the best exegeses of the concept of original sin. Ephrem demonstrates the incoherence of the snake’s discourse when addressing Eve in Genesis.  This is accomplished by the following schema:

- T1 = Eve is capable of discernment (explicit thesis)

- T2 = Eve is incapable of discernment (implicit thesis)

Assuming that T2 is true, T1 will not be true. T1 is inherently explicit in the snake’s invitation. When the snake invites Eve to discern, this means that she is able to discern. On the other hand, T2 is implicit: since the snake advises Eve to acquire discernment by listening to his speech, this means that she is not able to discern.

The translation of the original text by Ephrem the Syrian, performed by the eminent Syriologist by Sebastian Brock, is worth quoting here:[4]

She (Eve) should have certainly been able to tell the snake: “(…) In the event that I did not know the difference between good and evil, as you seem to suggest, how could I discern that your advice is true or false?(…)

The thought of St Ephrem subscribes to the historical approach which is currently followed in the 21st century. With Ephrem, as with the Islamic scholars like Avicenna, we find the love of the Lord for his creatures as synonymous with the harmony between science, peace and healing. In this regard, it is relevant to note, as did Doctor Youssef Michel Hathout, that the olive tree symbolises the merger between science and peace.[5]

Correlation between Science and Love

In conclusion, this extract from the Will of Ephrem is perhaps one of the most beautiful testimonies of the correlation between love and science, a common topic in the Semitic spirituality of the first Christians [6].

(…) Yes, my followers, consider my experience: I never blasphemed, and I never bore enmity towards anyone. I just had permanent differences with those who denigrated God, because the sage hates no one and even if he did, it would be towards ignorant men. The ignorant person, in contrast, loves no one, and if it does love someone, it will be his ignorant friend that he loves. 


[1] Light focal point (Page 169). Saint Ephrem spiritual vision followed by spirit harp, saint Ephrem poems anthology Bellefontaine Abbaye editors 1991, oriental spiritual collection n°50, by Sebastian Brock

[2] Page 293 of « histoire Nestorienne. Patrologia Orientalis ». Chronicle of Seert. First part( II), by Mgr Addaï Scher, Chaldean archbishop of Seert (Kurdistan). Paris Library, 56 Jacob st. 1950. Referring to Oriental traditions, God don’t submit his science in random way.

[3] Page 148-149 : « Hymnes sur le Paradis » by Ephrem de Nisibe, translated by René Lavenant. Introduction and Notes by François Graffin, éditions du Cerf. ; Paris 1968. For how  plants taste provides body lift and how their breathing provides embellishment, refer to Hymne VII, page 105.

[4] Page 176 of « L'œil de lumière. La vision spirituelle de Saint Ephrem, suivi de La harpe de l'esprit, florilège des poèmes de saint Ephrem. ». Editions Abbaye de Bellefontaine. 1991. Collection spiritualité orientale, n°50. Par Sebastian Brock. The book title : « light focus. Spiritual vision of St Ephrem, followed by harp spirit, poems anthology of St Ephrem.”

 [5] « Les herbes de l'Evangile au service de la vie ». Title translation: Herbs of Gospel for life protection. By Dr Youssef Michel Hathout. Bulletin de St Julien-le-Pauvre (Paris. juin 1996) et Icône (Montréal. Décembre 1997.

 [6] Translated from Arabic by Mgr Ignatius Zakka 1er Iwas, Patriarch of Antakia and all the Middle East for Orthodox Syriacs obedience.  « Alfi-ba’ » publishers. 1984.   

 

Correlation between Education, Science and Morality by Amin Elsaleh

 

My second reading of this essay, makes me think to a possible debate on "Morality"[1] to resolve some types of conflict using a wider spectrum of perception required to "reverse the steam ".
My own perception starts with reporting this extract from "AlFarabi Educational Ideas":
"It can be concluded of the results of this study that this great scientists had a philosophical religious view to education.
Objective: the necessity of moral education and its importance.
Programs: familiarize students with a specific profession in curriculum includes: reading ,writing, numeracy, morality play and music.
Method: methods are based on student understanding ; according to student activities and practice in the reward and punishment methods"

I believe this essay is a contribution to the process of "reversing the steam" in our country & in some parts of the world.


WHY?
"Morality" is a prerequisite for what I called "
Arab linguistic & identity awareness/La conscience arabe linguistique et identitaire"

REQUIRED INSTRUMENT[2] 

"Virtuous city is compared in its function to the limbs of a perfectly healthy body. By stark contrast, al-Farabi identifies four different types of corrupt city: these are the ignorant city (al-madina al-jahiliyya), the dissolute city (al-madina al-fasiqa), the turncoat city (al-madina al-mubaddala) and the straying city (al-madina al-dalla)...

...The virtuous society (al-ijtima' al-fadil) is defined as that in which people cooperate to gain happiness.

The virtuous city (al-madina al-fadila) is one where there is cooperation in achieving happiness."

 

 

 

 Commentaire de Christian Amphoux

 Ephrem de Nisibe ou le Syrien est un des tout premiers auteurs de langue syriaque, il écrit au 4e siècle et précède la Pechitta ou Vulgate syriaque. L'une de ses œuvres majeures, la seule que je connaisse, est son commentaire de l'évangile  concordant ou Diatessaron.

Je suis ravi de voir l'importance qu'il garde pour nos contemporains.

Affectueusement, Christian

Last Updated on Monday, 02 May 2016 09:09
 

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