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lettre de l’Association d’Amitié France-Syrie-juillet 2015 PDF Print E-mail
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Written by Amin ELSALEH   
Saturday, 27 June 2015 13:11

 

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Quelques extraits:

Appel  de l’AFS   

 

Réveillons-nous !

Nous qui savons nous élever contre la moindre injustice, qui nous mobilisons en faveur d’un condamné à mort dans un pays lointain, nous ne devons pas fermer les yeux sur ce qui sera bientôt considéré comme le plus grand massacre du XXIème siècle :

 

4 ans de guerre, 225 000 morts et probablement beaucoup plus encore. Déjà près de 6.000.000 de réfugiés et de déplacés.

Pendant combien de temps allons-nous continuer à assister impuissants à la destruction totale de la Syrie avant que les belligérants et la communauté internationale ne réagissent enfin.


Cessons de camper sur nos certitudes, nos dogmatismes, et notre immobilisme.

Faisons bouger les lignes et soyons cohérents avec nos valeurs démocratiques et nos engagements humanitaires.

On ne fera croire à personne que la communauté internationale ne peut rien faire.

Les générations futures nous jugeront sur notre passivité. 

L’Association d’Amitié France-Syrie lance un appel à tous les dirigeants de bonne volonté du Monde entier, et à la France en particulier.

Lançons une conférence internationale pour le dialogue et la paix en Syrie.

Mettons en œuvre une vraie médiation qui fasse éclore les bases constitutionnelles d’une Syrie qui intègrent toutes les composantes de la société syrienne. 
À l’heure où le danger du terrorisme devient de plus en plus grand tous les jours, ne nous trompons pas de cible.

Ensemble, sauvons la Syrie, son patrimoine et les Syriens de ce chaos.

En faisant cela, c’est sauver le cœur même de notre civilisation car ne nous y trompons pas ce sont toutes nos valeurs qui sont violées au vu et au su de tous en Syrie.

 

                                                                                                         (Paris, le 8 mai 2015).

 

 

 

 

Sauvegarde du patrimoine syrien et irakien :

 

 


Le califat autoproclamé de l’organisation État islamique n’a cessé de gagner du  terrain depuis plus d’un an. Le bilan des destructions en Irak est dramatique. La liste des musées et des sites archéologiques millénaires attaqués et détruits est considérable. Cette volonté de réduire à néant un passé culturel brillant se double d’un trafic d’œuvres qu’il convient d’empêcher.

L’EI s’est emparé de Palmyre en Syrie, sans qu’aucune armée n’ait pu empêcher son avancée. La prise d’une ville ou d’un site par l’EI rend celui-ci inaccessible, et il est impossible de savoir, concrètement, ce qui s’y passe au-delà des informations diffusées par les médias de l’EI eux-mêmes. Seule l’observation de données satellitaires permettent d’évaluer l’ampleur des dégâts causés sur le terrain envahi.

 

Guerre médiatique, provocation, recel ; l’ONU s’interroge depuis septembre 2014 sur l’action à mener contre ces « crimes de guerre » irréparables.

 

Des « no strike lists » ont été établies par l’UNESCO notamment et adressées aux aviations engagées dans la coalition contre Daesh, afin d’éviter que des sites patrimoniaux ne soient bombardés.

 

 

Une guerre idéologique :

 

Les attaques de Mossoul, puis Hatra, Nimrud et Khorsabad révèlent un  processus de destruction, qui vise le patrimoine intellectuel arabe, le patrimoine religieux chrétien, juif mais aussi musulman comme les vestiges d’une antiquité païenne problématique : en juin 2014, la statue du poète arabe du IXe siècle Abou Tammam fut déboulonnée ; le tombeau de Jonas à Mossoul fut dynamité le 24 juillet 2014 devant la foule des pèlerins venus s’y recueillir ; l’église syro-orthodoxe de Tikrit fut détruite en septembre 2014 ; la bibliothèque de Mossoul fut le théâtre d’autodafés en février 2015.

 

Un phénomène de  mobilisation internationale devant l’avancée spectaculaire de l’organisation afin de faire face aux problèmes liés à la protection du patrimoine s’est manifesté vigoureusement à plusieurs niveaux (UNESCO, ICOMOS, UNCORP, Interpol, douanes etc) durant l’année écoulée.

La société civile s’est émue également et a souhaité battre le rappel pour contrer cette volonté manifeste de réduire à néant cette une mémoire historique de l’humanité.

 

Un pactole économique :

 

Cependant, les motivations de l’État islamique ne sont pas seulement idéologiques. Les sites sont pillés et les objets récupérés revendus au profit de l’organisation. Des mafias internationales s’occupent des vestiges et de tout ce qui a trait au patrimoine. Ces dernières passent des commandes à Daesh de ce qui serait opportun de fouiller clandestinement ou pas et de vendre afin de financer ce mouvement. Un commerce clandestin  d’œuvres d’art s’est instauré dans les pays voisins. Au-delà de l’idéologie religieuse, donc, une source de financement.

 

Irina Bokova, directrice générale de l’Unesco, a donné les chiffres des rentrées financières liées au pillage : « Le trafic archéologique peut atteindre en Irak 7 milliards d’euros. Notre mission est de travailler, en priorité, avec les pays voisins, Turquie, Jordanie, Liban, et les grands marchés. Christie’s et Sotheby’s sont prêts à collaborer. » En confiant qu’elle n’avait pas pu regarder les images diffusées jusqu’à la fin de la vidéo du saccage de Hatra et Nimrud, Mme Bokova, qui a demandé une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU, a précisé que cet acte est « une violation de la résolution 2 199 du Conseil de sécurité de l’ONU, adoptée le 12 février ». Laquelle condamne les destructions du patrimoine culturel irakien et syrien en particulier celles de l’EIIL et du Front Al-Nosra, comme les pillages et la contrebande.

Résolution 2199 adoptée par le Conseil de Sécurité :

Cette résolution réaffirme aussi, entre autres, l’obligation faite aux Etats membres de l’ONU de geler, sans attendre, les fonds et avoirs financiers ou ressources économiques des personnes qui commettent des actes terroristes, les facilitent ou y participent.

« L'adoption de la résolution 2199 est une étape décisive dans le renforcement de la protection du patrimoine culturel de l’Irak et de la Syrie. Elle étend notamment à la Syrie l'interdiction du commerce des biens culturels qui s’applique déjà pour l’Irak depuis 2003. Elle reconnaît explicitement que le pillage, la destruction et le trafic du patrimoine culturel ne sont pas seulement une tragédie culturelle – il s’agit d’une urgence politique et de sécurité qu’il faut impérativement prendre en compte dans tous les efforts de paix », a déclaré la Directrice générale. 

 

Comment protéger le patrimoine de l’Irak et du Levant ?

 

Depuis le mois de septembre 2014, sommets et colloques internationaux se multiplient pour discuter du « patrimoine et de la diversité culturelle en péril en Irak et en Syrie » ; l’évocation de ce patrimoine, systématiquement détruit, permet de rappeler la liaison étroite de ces destructions avec les persécutions des minorités, qui témoignent elles aussi de cette volonté radicale d’effacer toute trace de diversité culturelle dans la région. La conférence internationale de Haut Niveau organisée par l’UNESCO le 3 décembre 2014 est construite autour du principe selon lequel « le patrimoine et la diversité culturelle […] doivent logiquement être mis au cœur des interventions d’urgence et de construction de la paix ». Les interventions militaires de la coalition internationale demeurent impuissantes devant la puissance et la richesse de l’organisation État islamique, et les questions de préservation du patrimoine sont  brûlantes.

 

Une séance d’information et de réflexion au sujet du patrimoine culturel en péril en Syrie et Irak, a été organisé par l’ICOMOS France  le 22 avril 2015.*(Voir résumé en annexe)

 

L’Université des Nations Unies et l’UNESCO ont mobilisé le 6 mai, à Paris, des intellectuels, des archéologues, des écrivains, des poètes afin de trouver les moyens de lutter ensemble contre ces  forces de destruction du patrimoine mondial.

 

 Empêcher le trafic d’œuvres d’art :

 

L’opération militaire se révélant délicate ; la carte à jouer d’urgence est celle de l’endiguement du trafic d’œuvres d’art, qui circulent dans la région et transitent dans les pays voisins de la Syrie et de l’Irak.

 

Pour résister à ce commerce clandestin a été mise à jour la « Liste rouge d’urgence des biens culturels irakiens en péril », présentée le 1er juin 2015 au Musée du Louvre à Paris par le Conseil International des Musées (ICOM). Florence Evin du Monde explique qu’il s’agit d’une « mise à jour de la première liste parue en 2003, après le saccage du musée de Bagdad et les vols des œuvres de l’ancienne Mésopotamie ». Cette liste dresse une typologie des trente-cinq pièces les plus demandées « avec photo, descriptif, taille, provenance et datation, permettant d’identifier les objets concernés ». Elle est diffusée sur internet, et envoyée aux polices du monde entier, aux douanes, à Interpol, aux antiquaires spécialistes. De nouveaux dispositifs de veille ont été mis en place, notamment un Groupe d’intervention de secours aux musées, déployé en cas de catastrophe telle que celle qu’a connu le musée de Mossoul en février 2015.

 

Mobilisation de la société civile :

 

La communauté internationale n’est toutefois pas la seule à se mobiliser contre ces destructions et ce pillage. Quelques actions de la société civile méritent d’être signalées, à l’image du « projet Mossoul », site internet lancé par des étudiants chercheurs du Réseau de formation pour le patrimoine culturel numérique. Cette mobilisation fait suite à la diffusion de la vidéo attestant de la destruction des œuvres du musée de Mossoul, et consiste à recréer numériquement, en trois dimensions, les œuvres détruites en Irak. Pour réaliser au mieux cette entreprise, un appel à contribution pour tous les internautes est lancé : Matthew Vincent, l’un des archéologues initiateurs du projet, explique en effet que « si nous arrivons à obtenir suffisamment de photographies prises sous plusieurs angles des différents objets, nous pourrons les recréer virtuellement et établir un musée en ligne pour les partager avec tous ». Premier pas vers une nouvelle manière de sauvegarder le patrimoine, cette initiative, si les moyens le permettent, a pour projet de s’étendre aux sites patrimoniaux voisins de Nimroud ou Hatra.

 

A Paris, un colloque suivi d’une exposition se sont tenus sur le thème : « La préservation du patrimoine archéologique syrien : état des lieux, actions et défis», les 27 et 28 mars 2015 à l’ Ecole Normale Supérieure-AOROC.  L’ensemble des directeurs des fouilles des six principaux sites archéologiques syriens sont intervenus pour une présentation de posters : Mission Archéologique Française de Mari,
Mission Syro-Française de Ras Shamra-Ougarit,
Mission Franco-Syrienne d’Europos-Doura (MFSED),  Mission de Syrie du Sud (MAFSS), Missions Franco-Syriennes de St Siméon et de Syrie du Nord.

P. Butterlin (Paris I)
V. Matoïan (CNRS)
P. Leriche (CNRS-ENS)
F. Braemer (CNRS)
P.-M. Blanc (CNRS)
G. Charpentier (CNRS)
J.-L. Biscop (Minist. Culture) J. -M. Mouton (EPHE)

La bibliothèque nationale de France, le service interministériel des archives et le professeur Desreumaux, Président de la Société d’études syriaques, travaillent actuellement à la numérisation de ces manuscrits et tiennent pour la communauté internationale un inventaire à jour.

 

Ainsi, un grand projet est exposé aux Archives Nationales de Paris jusqu’au 24 août 2015 : le Centre Numérique des Manuscrits Orientaux (syriens, araméens et chaldéens), fondé en 1990 par le père Najib, et qui a pour but de collecter, restaurer, numériser et inventorier l’ensemble du patrimoine religieux écrit de Mésopotamie. Les destructions de 2003 et les attentats de 2007 contre les églises chrétiennes plongent ce projet dans l’urgence ; la collecte s’accélère, jusqu’à la prise de Mossoul par l’EI en juin 2014. Le Père Najib transporta plus de 8 000 manuscrits de Mossoul à Erbil au Kurdistan, sous les balles de l’EI et au péril de sa vie.

Cette numérisation a permis de sauver des milliers de manuscrits, photographiés en haute résolution, permettant de faire de magnifiques fac simile.

 

L’organisation de grandes expositions, comme le Louvre-Lens prévoit de le faire sur les civilisations mésopotamiennes à l’automne prochain.

 

 

Sur le plan national syrien : L’action de la Direction Générale des Antiquités et des Musées (DGAM).

Ayant observé ce qui s’était passé en Irak lors de l’invasion américaine de 2003, le Professeur Maamoun Abdulkarim , Directeur Général des Antiquités et des Musées de Syrie (DGAM), a voulu éviter la reproduction de ce schéma en Syrie. Aussi, un plan d’évacuation des trente-quatre musées principaux de Syrie a été conçu et exécuté avant fin 2012, trois cent mille objets ainsi que de nombreuses archives ont ainsi pu être entreposés dans des endroits sûrs.

Cette mise en sécurité a englobé les bâtiments des musées ainsi que les plus grandes pièces antiques ne pouvant pas être transportées.
Des gardiens de sites supplémentaires ont été recrutés pour la protection des sites culturels, qui sont au nombre de dix mille en Syrie, dont nombre d’entre eux sont situés dans des zones éloignées.

Dans une seconde phase d’exécution : treize mille objets du Musée de la Ville de Deir- Ezzor, située dans une zone de combats, ont été ramenés à Damas il y a quelques mois dans des avions qui transportaient les corps de soldats tués. Six mille pièces du Musée de Homs ont été ramenées dans des convois de l’armée. De même, des objets du Musée de Deraa ont également été mis en lieu sûr dans la capitale. 99% des pièces de musées ont ainsi pu être sauvegardées.

Six mille autres objets ont été retrouvés par les autorités, probablement en provenance de fouilles illicites.
Plusieurs dizaines de pièces en contrebande ont également été saisies et récupérées au Liban. Toutefois, une coopération très étroite reste nécessaire avec les pays voisins.

Professeur Maamoun Abdulkarim, s’est vu attribué le prix international de la sauvegarde du patrimoine culturel le 25 octobre dernier à Venise, pour son engagement dans la sauvegarde du riche et exceptionnel patrimoine syrien.

 
 
 Annexe

 

Syrie et Irak : un patrimoine culturel en péril (ICOMOS- 22 avril 2015)

 

Ouverture par Mireille Gruber (Directrice de l’Ecole de Chaillot) : La formation des architectes au patrimoine en Syrie - La coopération entre l’Ecole de Chaillot et la Faculté d’architecture de Damas (2003-2011).

Exposé introductif par Bruno Favel (Chef du Département des affaires européennes et internationales (DAEI) à la Direction générale des patrimoines) : Actions et pistes de réflexion du ministère de la Culture.

Ces deux communications sont suivies d’échanges, très riches, avec la salle.

Samir Abdulac (Secrétaire général d’ICOMOS France, Membre du groupe de travail ICOMOS pour la sauvegarde du patrimoine culturel en Syrie et en Irak) : Projection sur la situation en Syrie, puis en Irak, les actions en cours menées par la DGAM, pour terminer sur le rôle de l’ICOMOS.

Introduction par Benjamin Mouton (Architecte en chef des monuments historiques et Vice-président de l’ICOMOS en charge de l’Europe de 2011 à 2014) de la table-ronde comportant trois présentations :

- Les sites archéologiques syriens, par Sophie Cluzan (Conservateur au Musée du Louvre).

- La lutte contre le trafic illicite, par Giovanni Boccardi (Chef de l’Unité de la préparation et des réponses aux situations d'urgence au secteur de la Culture de l’UNESCO).

- Un panorama  sur l’action actuelle de l’UNESCO au Proche-Orient en crise, également par Giovanni Boccardi.

Rappelons que quatre conventions de l’UNESCO sont principalement concernées par la situation en cours :

·        Convention pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé - La Haye (1954) ;

·        Convention concernant les mesures à prendre pour interdire et empêcher l'importation, l'exportation et le transfert de propriété illicites des biens culturels (1970) ;

·        Convention pour la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel (1972) ;

·        Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel (2003).

Il reste enfin pour l’UNESCO de nouvelles pistes à explorer pour adapter les méthodes à un contexte en évolution.

Cette table-ronde fut également suivie d’interventions diverses et intéressantes.

Pierre-Antoine Gatier voudrait, en guise de conclusion, construire avec les participants une liste de propositions d’actions à partir de ce qui a été évoqué au long de la matinée. Il précise qu’un groupe s’est constitué aujourd’hui, évidemment en coordination avec les initiatives de l‘UNESCO et en accord avec les propos de Bruno Favel pour le ministère de la Culture, ainsi qu’avec le ministère des Affaires étrangères. Par ailleurs, les relations avec ICOMOS International sont toujours fortes. Ce groupe qui se constitue autour de cette réunion doit continuer le travail et les échanges.

 

 

 

     
Last Updated on Wednesday, 01 July 2015 16:31
 

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