Espace adhérent

les secrets d'Icare: L’île où les hommes oublient de mourir/The Island Where People Forget to Die (FR/EN art.) PDF Print E-mail
User Rating: / 1
PoorBest 
Written by Nicolas Chahine   
Monday, 06 July 2015 12:31

 

Le journal américain The New-York Times a publié la semaine dernière un article extraordinaire intitulé « L’île où les gens oublient de mourir » (The Island Where People Forget To Die). (1)

Il rapporte l’histoire d’un combattant de la seconde Guerre mondiale d’origine Grec, Stamatis Moraitis, qui partit s’installer aux Etats-Unis après l’Armistice.

Alors qu’il avait adopté le style de vie américain, avec villa en Floride, deux voitures, trois enfants, Stamatis Moraitis apprit en 1976 qu’il avait un cancer des poumons. Neuf médecins confirmèrent le diagnostic et lui donnèrent neuf mois à vivre. Il avait 62 ans.

Il décida alors de retourner avec son épouse sur son île natale d’Icare, en mer Egée, pour être enterré aux côtés de ses ancêtres dans un cimetière ombragé surplombant la mer. Stamatis s’installa dans une maisonnette blanchie à la chaux, au milieu d’un hectare de vignes escarpées, sur la côte nord-est d’Icare, et se prépara à mourir…

Il se prépare à mourir, puis…

D’abord, il passa ses journées au lit, soigné par sa mère et sa femme. Mais bientôt, il redécouvrit la foi de son enfance, et commença à se rendre, chaque dimanche matin, à la petite chapelle grecque orthodoxe en haut de la colline, où son grand-père avait été pope. Lorsque ses amis d’enfance apprirent son retour, ils commencèrent à lui rendre visite chaque après-midi. Leurs conversations pouvaient durer des heures, et s’accompagnaient invariablement d’une ou deux bouteilles de vin du cru. « Autant mourir heureux », se disait Stamatis.

Pendant les mois qui suivirent, quelque chose d’étrange se produisit. Il dit qu’il commença à sentir ses forces le regagner. Un jour, se sentant entreprenant, il planta quelques légumes dans son jardin. Il ne projetait pas de les récolter lui-même, mais il appréciait le soleil, et respirer l’air de la mer. Il faisait cela pour sa femme, pour qu’elle puisse profiter des légumes quand il serait parti.

Six mois s’écoulèrent. Stamatis Moraitis était toujours vivant. Loin d’entrer en agonie, il avait agrandi son potager et, sentant ses forces revenir, il avait aussi nettoyé la vigne familiale. S’accommodant de mieux en mieux du rythme de vie paisible de la petite île, il se levait le matin quand bon lui semblait, travaillait à la vigne jusqu’en début d’après-midi, se faisait un bon déjeuner, puis enchaînait sur une longue sieste. Le soir, il prit l’habitude de se rendre à la taverne du coin, où il jouait aux dominos jusqu’à une heure avancée. Les années passèrent. Sa santé continua à s’améliorer. Il ajouta quelques pièces à la maison de ses parents. Il développa la vigne jusqu’à produire 1500 litres de vin par an. Aujourd’hui, 35 ans plus tard, il a atteint 97 ans (selon un document officiel qu’il conteste ; car lui affirme en avoir 102) et il n’a plus le cancer. Il ne suivit jamais de chimiothérapie, ne prit aucun médicament d’aucune sorte. Tout ce qu’il fit fut de partir pour Icare.

Son cas est-il représentatif ?

Le cas de Stamatis Moraitis, et de l’île d’Icare, est rapporté par un scientifique de la National Geographic Society (éditrice du fameux magazine National Geographic), qui s’est spécialisé dans l’étude du mode de vie des populations bénéficiant d’une longévité exceptionnelle.

Toutes sortes de belles histoires ont été racontées sur les habitants de la vallée de Vilcabamba en Equateur, les Hounzas dans le nord du Pakistan, et les montagnards du Caucase en Géorgie, supposés vivre au-delà de cent ans en moyenne. Mais on sait aujourd’hui qu’à l’origine de ces mythes, il y a le simple fait que la plupart des habitants ne connaissaient pas leur âge, et que des explorateurs un peu rêveurs se laissèrent abuser, peut-être volontairement !

En revanche, il est bien établi aujourd’hui que les femmes qui vivent le plus longtemps au monde sont sur l’île d’Okinawa, au Japon. Concernant les hommes, c’est la province de Nuoro, en Sardaigne, qui compte la plus haute concentration de centenaires.

Au Costa-Rica, sur la péninsule de Nicoya, une population de 100 000 métis a été découverte, ayant un taux de mortalité plus bas que la moyenne à 50 ans. Et il existe une ville en Californie, Loma Linda, où habitent des Adventistes du Septième-Jour (une église inspirée par le christianisme), dont l’espérance de vie dépasse de 10 ans la moyenne américaine.

Sur la ville d’Icare, le démographe belge Michel Poulain a déterminé que les habitants atteignent l’âge de 90 ans deux fois et demi plus souvent que les Américains, dans une étude avec l’Université d’Athènes.

Les hommes, en particulier, ont même quatre fois plus de chance d’atteindre 90 ans que les hommes Américains, et en général en meilleure santé. Plus beau encore, ils vivent 8 à 10 ans de plus avant de mourir de cancer ou de maladie cardiovasculaire, ils souffrent moins de dépression, et leur taux de démence sénile n’est que d’un quart celui de la population américaine !

Les secrets d’Icare

Selon le Docteur Leriadis, qui vit et soigne les habitants d’Icare, leur bonne santé tient à leur mode de vie et aux bonnes relations sociales qui existent entre les habitants, mais aussi à une sorte de tisane, « le thé des montagnes », faite d’herbes sèches qui poussent sur cette île, et qui est consommée en fin de journée : il s’agit d’un mélange de marjolaine sauvage, de sauge, de romarin, d’armoise, de feuilles de pissenlit et de menthe (fliskouni), auquel on ajoute un peu de citron.

Le Dr Ionna Chinou, professeur de Pharmacie à l’Université d’Athènes, et une des meilleures expertes européennes des propriétés bioactives des plantes, confirme : la menthe sauvage combat la gingivite et les problèmes gastro-intestinaux. Le romarin est un remède contre la goutte. L’armoise améliore la circulation sanguine. Cette tisane est une source importantes de polyphénols, aux fortes vertus antioxydantes. La plupart de ces plantes sont légèrement diurétiques, ce qui est bon contre l’hypertension.

Le miel, aussi, est considéré comme une panacée. « Ils ont des types de miel ici, que vous ne verrez nulle part ailleurs dans le monde », selon le Docteur Leriadis. « Ils l’utilisent pour tout, depuis le traitement des blessures à la gueule de bois, ou contre la grippe. Les personnes âgées ici commencent toujours leur journée par une cuillerée de miel, qu’elles prennent comme un médicament. »

Les bases de l’alimentation à Icare

Au petit-déjeuner, les habitants d’Icare boivent du lait de chèvre, du vin, de la tisane de sauge ou du café, du pain et du miel. Au déjeuner, ce sont presque toujours des lentilles ou des haricots, des pommes de terre, de la salade de pissenlit, de fenouil et d’une plante ressemblant aux épinards appelée horta, ainsi que les légumes du potager selon la saison, le tout accompagné d’huile d’olive. Le dîner se compose de pain et de lait de chèvre. A Noël et à Pâques, ils tuent le cochon familial et mangent le lard par petites quantités pendant les mois qui suivent.

A noter que le lait de chèvre contient du tryptophane, un acide aminé précurseur de la sérotonine, l’hormone de la bonne humeur.

Le Dr. Christina Chrysohou, cardiologue à la Faculté de Médecine de l’Université d’Athènes, a étudié le régime de 673 habitants d’Icare, et a constaté qu’ils consomment six fois plus de légumineuses (haricots, lentilles, pois) que les Américains, mangent du poisson deux fois par semaine et de la viande cinq fois par mois, et boivent deux à trois tasses de café et deux à quatre verres de vin par jour.

Bien entendu, la bonne santé des habitants d’Icare tient peut-être aussi à ce qu’ils ne mangent pas. La farine blanche et le sucre sont absents de leur régime traditionnel.

A votre santé !

Jean-Marc Dupuis

Sources:

  1. http://www.nytimes.com/2012/10/28/magazine/the-island-where-people-forget-to-die.html

 

The Island Where People Forget to Die

 

EXTRACT:

In 1943, a Greek war veteran named Stamatis Moraitis came to the United States for treatment of a combat-mangled arm. He’d survived a gunshot wound, escaped to Turkey and eventually talked his way onto the Queen Elizabeth, then serving as a troopship, to cross the Atlantic. Moraitis settled in Port Jefferson, N.Y., an enclave of countrymen from his native island, Ikaria. He quickly landed a job doing manual labor. Later, he moved to Boynton Beach, Fla. Along the way, Moraitis married a Greek-American woman, had three children and bought a three-bedroom house and a 1951 Chevrolet.

One day in 1976, Moraitis felt short of breath. Climbing stairs was a chore; he had to quit working midday. After X-rays, his doctor concluded that Moraitis had lung cancer. As he recalls, nine other doctors confirmed the diagnosis. They gave him nine months to live. He was in his mid-60s.

Moraitis considered staying in America and seeking aggressive cancer treatment at a local hospital. That way, he could also be close to his adult children. But he decided instead to return to Ikaria, where he could be buried with his ancestors in a cemetery shaded by oak trees that overlooked the Aegean Sea. He figured a funeral in the United States would cost thousands, a traditional Ikarian one only $200, leaving more of his retirement savings for his wife, Elpiniki. Moraitis and Elpiniki moved in with his elderly parents, into a tiny, whitewashed house on two acres of stepped vineyards near Evdilos, on the north side of Ikaria. At first, he spent his days in bed, as his mother and wife tended to him. He reconnected with his faith. On Sunday mornings, he hobbled up the hill to a tiny Greek Orthodox chapel where his grandfather once served as a priest. When his childhood friends discovered that he had moved back, they started showing up every afternoon. They’d talk for hours, an activity that invariably involved a bottle or two of locally produced wine. I might as well die happy, he thought.

In the ensuing months, something strange happened. He says he started to feel stronger. One day, feeling ambitious, he planted some vegetables in the garden. He didn’t expect to live to harvest them, but he enjoyed being in the sunshine, breathing the ocean air. Elpiniki could enjoy the fresh vegetables after he was gone.

Six months came and went. Moraitis didn’t die. Instead, he reaped his garden and, feeling emboldened, cleaned up the family vineyard as well. Easing himself into the island routine, he woke up when he felt like it, worked in the vineyards until midafternoon, made himself lunch and then took a long nap. In the evenings, he often walked to the local tavern, where he played dominoes past midnight. The years passed. His health continued to improve. He added a couple of rooms to his parents’ home so his children could visit. He built up the vineyard until it produced 400 gallons of wine a year. Today, three and a half decades later, he’s 97 years old — according to an official document he disputes; he says he’s 102 — and cancer-free. He never went through chemotherapy, took drugs or sought therapy of any sort. All he did was move home to Ikaria.

 

Residents of the island Ikaria in Greece live profoundly long and healthful lives. Credit Andrea Frazzetta/LUZphoto for The New York Times

 

Ikaria, an island of 99 square miles and home to almost 10,000 Greek nationals, lies about 30 miles off the western coast of Turkey. Its jagged ridge of scrub-covered mountains rises steeply out of the Aegean Sea. Before the Christian era, the island was home to thick oak forests and productive vineyards. Its reputation as a health destination dates back 25 centuries, when Greeks traveled to the island to soak in the hot springs near Therma. In the 17th century, Joseph Georgirenes, the bishop of Ikaria, described its residents as proud people who slept on the ground. “The most commendable thing on this island,” he wrote, “is their air and water, both so healthful that people are very long-lived, it being an ordinary thing to see persons in it of 100 years of age.”

Seeking to learn more about the island’s reputation for long-lived residents, I called on Dr. Ilias Leriadis, one of Ikaria’s few physicians, in 2009. On an outdoor patio at his weekend house, he set a table with Kalamata olives, hummus, heavy Ikarian bread and wine. “People stay up late here,” Leriadis said. “We wake up late and always take naps. I don’t even open my office until 11 a.m. because no one comes before then.” He took a sip of his wine. “Have you noticed that no one wears a watch here? No clock is working correctly. When you invite someone to lunch, they might come at 10 a.m. or 6 p.m. We simply don’t care about the clock here.”

Pointing across the Aegean toward the neighboring island of Samos, he said: “Just 15 kilometers over there is a completely different world. There they are much more developed. There are high-rises and resorts and homes worth a million euros. In Samos, they care about money. Here, we don’t. For the many religious and cultural holidays, people pool their money and buy food and wine. If there is money left over, they give it to the poor. It’s not a ‘me’ place. It’s an ‘us’ place.”

 

 

 

The Ikarian diet: Vegetables from the garden, legumes and greens, and plenty of olive oil. Credit Andrea Frazzetta/LUZphoto for The New York Times

 

 

 

Last Updated on Monday, 06 July 2015 12:56
 

Promotion 1963

MLFcham Promotion 1963

Giverny - Mai 2004

MLFcham Giverny - Mai 2004

Athènes - Oct 08

MLFcham - Athènes - Octobre 2008

Promotion 1962

MLFcham Promotion 1962