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Une pensée libre par Touriya Fili suivie d'un vaste échange fruit de l'intelligence collective PDF Print E-mail
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Written by Touriya Fili   
Monday, 06 November 2017 10:10

Coup de gueule: Ne laissez personne vous dicter ce que vous devez lire (ou ne pas lire).

Il y a deux ans, invitée à communiquer dans une journée d'étude organisée au Maroc, autour de la définition de la littérature, je décidai d'aborder le texte de Kamel Daoud "Meursault contre enquête", persuadée que ce travail de mémoire textuelle était la meilleure façon d'illustrer une certaine idée de la littérature, la mienne en tout cas, à savoir que la littérature n'a pas de "nationalité". Je pensais que l'allégorie était transparente. Pas du tout. 
La seule question qui m'a été posée par un des participants au colloque était: "Pourquoi Kamel Daoud?". Question à laquelle j'avais répondu par une autre question: "Et pourquoi pas Kamel Daoud?"

Un autre jour, une personne qui a assisté à une de mes communications sur Edmond Amran El Maleh me demande sans sourciller si j'avais "des origines juives". Je lui avais répondu du tac au tac: "Comme nous tous, au Maroc".

Et ce matin, je lis un article, (un torchon en vérité comme de nombreux torchons qui polluent le web _ travers de la "démocratisation" des publications électroniques), ce torchon prétend que l'intérêt des universités marocaines pour l’œuvre de Mohammed Dib ne pouvait être qu'une manière de "régler ses comptes avec l'Algérie". 
Naturellement , l'auteur du torchon ne prend même pas la peine d'argumenter, ou d'avancer la moindre analyse littéraire et encore moins politique. En quoi est-ce que l'étude d'un corpus littéraire va-t-elle servir des intérêts politiques? 
Pour ma part, je n'y vois qu'une façon pour ce scribouillard d'alimenter une polémique à laquelle nos gouvernements respectifs nous ont habitués: une manipulation grossière du chauvinisme le plus bête afin de "divertir" les masses et canaliser les potentielles colères légitimes contre les régimes en place.
On aurait pu ignorer ce genre de simulacres grotesques s'il ne s'attaquaient pas à nos derniers espaces de liberté: l'art et la littérature. 
Faut-il être algérien pour lire Kateb Yacine, Mohammed Dib ou Assia Djebar? faut-il être juif/ve pour lire Edmond Amran El Maleh ou
Ami Bouganim ou Walter Benjamin? Doit-on mettre des gardiens aux frontières et des barbelés autour des littératures? Nous demandera-t-on un jour notre CIN dans les librairies avant de nous vendre un livre? Faut-il décliner son identité avant de prétendre lire, apprécier ou analyser un texte?

Identités meurtrières, dirait Amine Maalouf, elles tuent l'esprit, le sens critique, l'ouverture et la simple curiosité. Elles participent à la sclérose d'une culture malade de son littéralisme et du rétrécissement de son horizon et de son imaginaire...

Holding On I'll Be Bof ! quand ça vient de si bas ... Hein ? https://www.facebook.com/images/emoji.php/v9/fa5/1.5/16/1f642.png:)

Bonne journée à vous !

Touriya FiliGroup Admin vous avez raison; Mais le "torchon" en question a été publié sur cette page et il fallait réagir, d'autant plus que ce genre de propos "bas" deviennent légion. Et au nom d'un nationalisme mal placé on cherche à nous censurer et à nous dire ce que nous devrions lire ou pas lire, étudier ou pas étudier. Donc, je dis Non.

Holding On I'll Be En effet ! On est libre de lire ce qu'on veut. Et le fait d'analyser tel ou tel texte, ça ne veut pas dire qu'il nous a fasciné.
Puis pour ce genre de parasites, contentez-vous de dire que seuls les tonneaux vides qui font le plus de bruit !
Mars et ça re-part

Célia Bourai Coup de coeur pour votre coup de gueule

Fatiha Bennani Bonjour chère collègue 
Je suis ravie de vous lire et de voir que votre voix apporte une corde à ma lyre. J'ai toujours proclamé haut et fort les mêmes principes qui mettent l'art et la littérature au-delà des frontières quelles qu'elles soient. En témoignent les oeuvres que je programme dans mes cours et qui restent inégalables comme celles de Kateb Yacine, de Assia Djebar ou encore de Albert Memmi...
Notre rôle d'enseignant et de critique littéraire ne peut admettre les discours réductionistes qui jugulent la créativité et amputent la littérature monde des spécificités locales meilleurs indicateurs de la diversité humaine.

Charles BonnGroup Admin Un très grand merci, chère Touriya!

Nasser Demiati Je partage à 100% cette colère. Il faut s'autoriser toutes les lectures aussi éloignées soient-elles de la culture du lecteur.

Nadjiba Selka Tout à fait d'accord la littérature et l'art n'ont ni couleur ni odeur C'est le seul espace d'échange qui nous reste.

Amin Elsaleh Hélas, je doute que nous sommes (les intellectuels arabes ou d’origine arabe, berbère, kurde…résident ou non dans les pays arabes) loin d’être manipulés ; facebook en est l’un des instruments de cette manipulation. Je pense, que notre seul instrument de liberté, est l’intelligence collective dont cette tribune fait partie, quoique publiée sur facebook!

Souad Labbize Ma chère Touriya Fili je me souviens de la réaction de la regrettée Fatima Mernissi face à une salle pleine d'auditeurs identiques à ceux qui t'ont interpellée. Elle leur a fait un bras d'honneur avant de quitter la salle

Hadj Miliani Touriya, il faut être totalement indifférent à ce genre de propos; les discuter c'est les légitimer comme discours, alors que ce ne sont que des propos de sectaires bornés

Touriya FiliGroup Admin C'est ce que je fais d'habitude, cher Hadj Miliani. Malheureusement, à force de se taire, j'ai l'impression que ce genre de discours prend le dessus. Cela devient vraiment préoccupant. Les trois exemples que j'ai cités ne sont pas les seuls, hélas

 

Isabelle Larrivée Je suis d'accord, Touriya. Tu as bien fait de t'exprimer, pour le bénéfice des censeurs, et de ceux qui te lisent ici avec plaisir.

Touriya FiliGroup Admin Merci, Isabelle.

Charles BonnGroup Admin Touriya Fili C'est bien mon avis également. La connerie est trop envahissante et triomphante pour qu'on continue à la laisser proliférer. Marre du politiquement correct: c'est du paternalisme dont on voit maintenant les dégâts

Charles BonnGroup Admin En tout cas notre silence ne les empêchera pas de pérorer: bien au contraire

Francine Kahn On commence à être fatigué du nationalisme belant

Karim Si-Amer Un très beaux texte qui illustrait l'unité politique des maghrébins dans le respect de la diversité.Quand à la littérature et les arts restent au-delà de toute définition réductrice, ils opposent les langues des groupes et des peuples pour s'affirmer comme l'unique langue de l'humanité !

Naila Djelfaoui Chère Madame votre colère est tout à fait légitime et nous la partageons tous mais il faut voir l'absurdité de la situation; cette fausse polémique sur les identités nous permet de discuter de la connerie de ces pouvoirs qui nous gouvernent. Alors, oui discutons nos choix de lectures puisqu'ils sont notre seule liberté.

Catherine DibGroup Admin Bonjour Touriya Fili. Deux colloques viennent d'avoir lieu en 2017 au Maroc sur Mohammed Dib, l'un en mai à Marrakech organisé par la Siamdib.com, l'autre à l'Université de Kénitra en octobre, coordonné par Abdellah Romli. Les collègues et partenaires marocains n'ont pas ménagé leurs efforts pour ces manifestations de qualité, pour rendre hommage à un écrivain algérien qu'ils considèrent comme l'un de 'leurs' grands auteurs. Et pour le colloque de Kénitra en octobre, Sabeha Benmansour de l'Université de Tlemcen, Algérie faisait (parmi d'autres) partie du comité scientifique. J'ai parlé de l'article que vous citez à Abdallah Romli avant le colloque de Kénitra car il avait été publié de la même manière fin mai, après le colloque de Marrakech, sans que je le diffuse, vu son niveau de bêtise. Il m'a répondu qu'une initiative universitaire n'est pas jugée comme ça ni par ce type de gens. Donc je préfère répéter mes remerciements aux partenaires et amis marocains - et de tous les pays et en premier lieu algériens - pour leur travail et leur collaboration dans ce domaine, plutôt que retenir les 'petites phrases' de ceux qui n'y connaissent rien

Amino Med À bas les "censeurs"!

 

Soundos Tasnime la littérature ne doit être soumise à aucune frontière, elle est un héritage mondiale à admirer et à respecter...

Last Updated on Tuesday, 07 November 2017 15:22
 

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