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kan ya ma kan Al Bara et Sergilla PDF Print E-mail
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Written by Simone Lafleuriel Zakri   
Saturday, 24 February 2018 17:36

 

Simone lafleuriel-ZAKRI Gennevilliers 22 février 2018

Simone Lafleuriel-ZAKRI

SYRIE

 

Au Jebel Zawihé au temps des cerises et tant de souvenirs que je garde au cœur! d'Alep à Al Bara dans le massif calcaire syrien

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

Des cerisiers aux vestiges byzantins : une seule et charmante route

 

 

1/ Cerises sur le marché d'Alep

 

Ce temps des cerises dans le massif calcaire syrien, très proche et au sud-ouest d'Alep, je l'avais découvert avec grande surprise à ma première visite en Syrie. Par la suite, je ne manquais jamais le rendez-vous. Les cerisaies sont presque cachées, à peine visibles dans leur étroite vallée, et depuis la route sinueuse qui mène les groupes scolaires, les touristes et tout spécialiste : géographe, historien ou archéologue, vers les innombrables villages de ces villes byzantines dites mortes : on ne le disait plus d'ailleurs mais villes antiques de Syrie du nord mais désertées depuis des siècles. Les sites nombreux avaient été en 2011 inscrits, par l'Unesco, au patrimoine mondial puis déclarés par l'Organisation, sites en péril, mais comme tout site classé de Syrie naturel, culturel ou immatériel. Les cerisiers, eux, en compagnie d'autres arbres fruitiers, ne se manifestent qu'à peine, blottis au fond de cette entaille fertile qui, en se coulant vers le sud, entre les deux bords de la roche blanchâtre, se rétrécit et perd de sa profondeur.

Juste au pied de la Montagne de la Qarantaine ou jebel Arbaïn, les entrepôts et boutiques, ouverts tout au long de la rue basse, signalaient que, ici, on fait provision de fruits à la demande, et en quantité désirée. Déjà, au bas de la ville, le long de la rue qui partait ensuite par une volée de virages en épingle à l’assaut du sommet, étaient installés les petits entrepôts qui vendaient et exportaient les cerises. Les boutiques alternaient avec les échoppes traditionnelles, typiques des centres agricoles de Syrie ! L’inscription «karraz», calligraphiée en lettres noires sur fond blanc, indiquait bien l’activité essentielle du coin de rue ! Lorsque l’on montait dans la ville en longeant, sur le côté droit le rebord calcaire, très vite on découvrait déjà les vestiges de tombeaux antiques : de ces vestiges comme des entrées de caves voûtées, taillées dans la pierre, et datées juste avant et pendant la période byzantine et du Ie au VIIe approximativement, pour la période la plus florissante. Ensuite la région dépérit lentement en même temps que s'affaiblissaient les florissants commerces de l'huile, du vin avec l'empire.

Les vestiges sont, partout, isolés dans la végétation, au sommet des collines ou enfouies dans la verdure, et comme des cités complètes avec encore toute l’infrastructure nécessaire à une vie sociale active, et des bâtiments presque encore habitables.

 

2/ Sergilla sur les pentes de son wadi

 

Il y avait plusieurs de ces tombeaux dans l’un des vergers que la famille, un moment, posséda. Les enfants intrigués avaient exploré les caves creusées dans la paroi et y avaient découvert quelques sarcophages ouverts bien sûr, très poussiéreux, et tout à fait abandonnés ! Mais c'était encore plus haut qu'on dégustait les fruits, en divers plats délicieux et dans les restaurants spécialisés très réputés.. Les élégants établissements dominaient, de leurs terrasses ouvertes sur l'extérieur, la vaste plaine au nord et nord-ouest où s'étend la ville d'Idlib, et les riches terres agricoles très bien cultivées de ce mohafazat réputé pour l'excellence et l'abondance de ses produits. Vers l'ouest se distinguent à l'horizon les collines bleutées du jebel Barisha. Au nord, s'étend le jebel Samaan au sommet duquel se tient le grand monastère de Saint Siméon.

 

3/ Au sommet de jebel Arbaïn Idlib à l'horizon

 

Tous les Syriens et, à Alep bien sûr, attendaientl’arrivée des fruits avec l’habituelle gourmandise de ce peuple de fins gastronomes. En effet, aux premiers jours du court printemps syrien, les cerises sont de toutes les fins de repas, bien rouges, rafraîchies d’eau, comme emperlées de rosée et présentées sur un lit de glaçons ! Mais ce sont surtout surtout ces sortes de griottes, typiquement orientales, bien noires, bien juteuses mais d’une saveur acidulée, qui entrent, depuis des lustres, et sans doute sur la table des plus modestes comme des plus riches et autrefois des sultans, dans la confection d’un plat très recherché : la «viande aux cerises» ou encore « kebhé ou lahmé bel karaz»!

 

4/ Le Jebel Arbaïn aux portes du Jebel Zawihé

 

Dans le vaste restaurant aux baies vitrées ouvertes larges sur la plaine d’Idlib que l'on découvrait vers le nord toute plantée de céréales, partout ombragée de ses innombrables oliviers, nous n’étions jamais seuls ! Se rendre à Ariha au court temps des cerises, c’était la grande sortie printanière des Alépins, mais comme en cet autre temps de printemps, était venu le temps de la dégustation d'une coupe d’hitaliyé: une sorte de gélatine toute en douceur au lait et à la crème de lait de printemps. C'était encore le temps exact, précis, de l'éclatement sec des pistaches arrivées à maturité et si belles dans leur robe écarlate. Les arbres en rangées bien ordonnées, alternent avec les millions d’oliviers, dans les vergers qui s’étendent d’Alep à Hama du nord au sud, vers Idlib aussi mais sur une plus courte distance. Les heureux propriétaires de ces vergers de pistachiers présentaient pour les vendre aux automobilistes sur les bords de l’autoroute allant de Maarat al Noman à Hama les précieuses coques dans de jolies corbeilles ou en lourds sacs bien renflés.

5/ Pistaches presque à maturité

 

Les pistachiers: arbres grêles et de taille modeste, au printemps, portaient en grappes les fruits enfermés dans leur coque, protégés par une peau satinée comme une peau de chamois, et verte mais tournant au rose, puis au rouge foncé à mesure qu’approchait leur maturité! De ces spécialités si saisonnières, les nombreux et de plus en plus confortables restaurants bien ombragés en faisaient leur spécialité ! Ils s’étaient le plus souvent installés commodément au bord de l’autoroute Alep Hama Homs Damas, et juste avant l’embranchement de la bretelle qui reliait, à cet endroit la voie devenue rapide, à la côte et aux plages de la Mer Syrienne elle, devenue plus communément la Mer Méditerranée ! De jebel Arbaïn à Al Bara : les villes byzantines Ariha était l’occasion d’un premier arrêt sur nos escapades dans le massif calcaire, et pour une énième visite aux centaines de sites : sept cents dit-on, et à l’ensemble de ces villes byzantines, modestes ou grandioses et riches, pendant toute la période de leur expansion, de leurs productions agricoles : blé, orge, et vin et huile d’olive! Pourquoi cette montagne modeste portait ce nom de Quarantaine ? J’ai souvent posé la question, les avis divergeaient. Certains prétendaient que c’est en hommage à quarante Syriens luttant contre les mandataires ! C’est l’explication que j’avais longtemps retenue! Mais une amie dont le père était un médecin réputé d’Alep m’expliqua un jour que, plus prosaïquement, les Alépins devaient y séjourner au moins quarante jours pour se guérir de problèmes pulmonaires ou pour échapper à la fatigue des chaleurs étouffantes de la ville et enfin, pour s’y reposer car sur les hauteurs du mont, et sous le couvert des pins, il fait toujours frais et même froid en hiver!

Assez dépeuplée et peu bâtie, il y a une vingtaine d’années, la cime des collines hautes de quelques 500 mètres s’est rapidement couverte d’habitations et, ensuite de grands hôtels et de ces restaurants dont la spécialité était donc ce lahmé al karraz. Certaines de ces caves servaient de refuge aux chèvres et aux moutons du coin. Tous ces vestiges étaient de ces blocs de calcaire souvent de grande taille, et découpés dans le roc, puis utilisés pour ces milliers de constructions: habitations et édifices, thermes ou villas cossues, hôtelleries ou maison de réunion pour les gens du village: l’andron, ou églises, monastères, pressoirs à huile, cimetières, thermes…Tous encore bien solidement ancrés dans le sol de leur fondation et, le plus souvent, dans un parfait état de conservation!

5/Al Bara

 

Les premiers vestiges vus depuis la route Al Bara sous ses oliviers A partir de Ariha ( ou quelquefois Riha sur les guides ) et en suivant la vallée où s’étendent ces vergers d’arbres fruitiers dont ces cerisiers, les villages antiques essaiment et dans toute la région ! Pour les retrouver,et en arrivant de Saraqueb, il fallait ne pas rater l’embranchement de Oum al Joz. Sur la gauche, on suivait une petite route qui serpentait entre une multitude de localités entre roche sèche et souvent aride à gauche, et la vallée des vergers à droite ! Cette petite vallée de plus en plus étroite, laissait place en montant dans le plateau de plus en plus désert, à ce qui semblait, vers l’ouest, un maquis broussailleux de cistes, .

Bientôt, sous les oliviers, les figuiers et aussi des noyers, dominant parfois de leurs plus hauts édifices, les parcelles cultivées, enserrées dans leurs murets de pierre nous découvrions Al Bara à quelques kilomètres de cet autre village antique, lui aussi presque intact Sergilla !

Al Bara c'est une ville, presque encore vivante et telle qu'on pourrait la croire quand, de loin, on découvre le site. Il est tout ombragé, enfoui dans une végétation touffue, dans un verger continu. Les ruelles qui le parcourent en tous sens, sont comme enfermées et protégées par des murets de pierre. Les bâtiments semblent intacts posés sur leur socle de terre rouge, travaillée , labourée, sarclée comme si le paysan habite là juste derrière cette arche, ou à l'étage de cette haute maison qui aurait seulement perdu son toit.. Al Bara était souvent la halte pour un déjeuner copieux parmi les ruines. Le site s’étend dans l’oliveraie et est très ombragé !

7/Al Bara entrée d'une vaste demeure

 

Et en ces mi- journées déjà chaudes, nous n’avions que la visite des jeunes à moto toujours, et ayant souvent en croupe des jolies adolescentes ! Ces jeunes semblaient prendre beaucoup de plaisir à sillonner le vaste site bien desservi par un bon réseau de routes. Pour les touristes pressés, les vestiges se visitaient d’ailleurs en voiture! Pour cette jeunesse syrienne des campagnes il n’y avait à vrai dire que peu d’autres plaisirs que les virées en moto tant dans ce jebel, par exemple, la région semble assez isolée, et même si le pays un temps dépeuplé s’anime de nouveau, qu’Hama la prude n’est pas si loin, que les routes sont bonnes qui quadrillent toute la zone entre l’autoroute et la longue vallée du Gharb...

8/ kan ya ma kan Al Bara

 

IL n’y a pas grand renseignement sur ce que fut dans le passé proche al Bara. Il y eut après l’essor de la période romaine, un semi silence puis le passage des Croisés Arrivés à Al Bara déjà emmurée dans son silence, en remontant d’Antioche, et après avoir contourné Ariha, ils y trouvèrent au moins cinq églises, une haute basilique- il y en avait au moins huit - et un peu plus loin, au sud-ouest, deux monastères. Raymond de Saint, comte de Toulouse qui prit possession de la ville alors très prospère, déposa l’évêque trop oriental et lié à Constantinople ! Il imposa un dignitaire plus catholique et latin ! La basilique presque intacte, dominait la verdure de ces deux étages.

8/ le tombeau détruit

 

La singularité d'Al Bara était sans doute ces deux tombes pyramidales, trapues et bien ancrées au sol et à très hauts toits de pierres soigneusement étagées. On pouvait découvrir d'autres de ces tombes dans d'autres sites. Mais intacte, à Al Bara, l'une avait gardé, bien protégés à l’intérieur, cinq sarcophages soigneusement décorés. Ils n'existent plus détruits, explosés, sans doute considérés comme vertiges païens.

9/ Al Bara sous le soleil

 

Du sommet on découvre alors la petite vallée du wadi Goz et de touffus vergers, et en face, vers l’est, sur la hauteur le village moderne. Par la bonne route asphaltée qui le traverse on regagnait alors les autres sites dont celui de Sergilla ! Le massif calcaire dans la partie nommée Zawihé, n’est évoqué dans les archives ou dans les livres que pour les nombreux villages laissés par ces cultivateurs aisés producteurs d’olive,ou de céréales, et qui pressaient aussi le vin ! Al Bara compte plusieurs pressoirs très bien conservés ! Sergilla Meghara, Al Bara, et Sergilla étaient de ces nombreux sites tous bien répertoriés, les plus fréquentés par les touristes mais pour les visiteurs qui voulaient s’éloigner de ces villages bien conservés et qui leur permettaient de se faire une idée de la vie d’alors, ils en découvraient sans cesse d’autres : édifices isolés ou hameaux, ou champs assez informes de pierres écroulées que dominaient encore une haute arche, une tour, un pan de mur intacts…

 

10/ Sergilla en plein midi

 

Sergilla en plein midi, l’andron réservé aux réunions des hommes et les thermes écrasés de soleil ! Année 2018 le jebel Zawihé, les sites byzantins inscrits sur le patrimoine mondial ptrimoine désormais mis sur la liste de patrimoine EN PERIL

Aujourd’hui sur le net, Ariha et la région d’Idlib, comme les alentours de Maarat al Noman et à partir des années 2012 sont surtout présents parce qu’ils furent et sont toujours le théâtre de combats très meurtriers, très destructeurs. Al Bara vient semble-t-il d'être bombardé. Les sites, bien sûr, sous leurs oliviers ou dans les vergers de cerisiers sont, depuis des années déjà, désertés et, peut-être, même des gais rossignols et merles moqueurs tous en fête autrefois au joli temps des touristes, et des archéologues, et comme dans la chanson. Aujourd’hui complètement apeurés et muets de colère ou de tristesse, ils ont dû fuir les caves creusées au plus profond de la roche, Elles doivent servir pour des repaires de combattants, et des caches de munitions diverses. Les curieux tombeaux antiques d’Al Bara, datant du 6e siècle et de si belle facture au très pentu et haut toit pyramidal, trop païens sans doute, ont été, il y a peu, détruits comme les sarcophages qu’ils protégeaient ! Ils étaient les tombeaux de ces riches propriétaires terriens qui soignaient le décor de leur vie d’après, comme à Palmyre mais pour eux sous leurs oliviers et sur leur terre qu’ils avaient si bien cultivée !

Dès 2012, la population surtout les hommes et les jeunes gens prirent parti, en clan ou en famille, pour l’un ou l’autre camp. Un de ces villages au milieu des vestiges antiques : Islhem en direction de l’ensemble de quelques belles maisons du hameau de Dallozé a abrité ou abrite un groupe local dit «libre », et qui rassembla surtout des hommes de la région ! Et en dernière nouvelle, aujourd’hui, les villageois manifestent pour que ces hommes quittent au plus vite, ces occupants arrivés ensuite des frontières : des étrangers en majorité, et qui les terrorisent et détruisent leur économie, et ferment leurs boutiques et attentent à leur vie sous touts les formes les plus perverses ! Ils ont déjà trop souffert ! Quand, le massif fit parler de lui, mais juste avant Palmyre, dont le martyre bien médiatisé éclipsa le leur et par les combats qui ensanglantent à nouveau, l’ensemble du massif calcaire, il m’est revenu au cœur ce temps des cerises : Un temps dont on ne parlera pas, ni en Syrie ni de notre côté de la Méditerranée même si, pour tant de Syriens et ou de proches, de ce temps là et de tous les massacres nous ne pourrons tous que garder au cœur une profonde et terrible plaie ouverte ! J´aimerai toujours le temps des cerises C´est de ce temps-là que je garde au cœur Une plaie ouverte Et Dame Fortune, en m´étant offerte Ne saura jamais calmer ma douleur J´aimerai toujours le temps des cerises Et le souvenir que je garde au cœur. ….

Simone Lafleuriel-Zakri février 2018

Complément afin de bien se représenter ce qu'est ce massif calcaire et ses villes antiques du nord de la Syrie inscrits depuis 2011 comme patrimoine de l'humanité et en grand péril et ce qu'il subit comme occupation, dévastation, transformation en sites militaires destructions diverses : les vestiges et leurs paysages très ruraux :

Al Bara le tombeau et les sarcophages détruits

Sergilla et le vallon cultivé par une famille qui gardait le site Sergilla devenu camp d’entrainement

Détail de la pierre des demeures du Massif calcaire Vestiges et habitat au coeur du massif au pied de St Siméon dans le jebel Sama'an

Proche de St Siméon le site d'Aïn Dara détruit

 

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Last Updated on Friday, 09 March 2018 17:01
 

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