Espace adhérent

LA VISION DE ABDEL KADER ABID SUR L’AVENIR DE LA GAUCHE D’AUJOURD’HUI PDF Print E-mail
User Rating: / 1
PoorBest 
Written by Amin ELSALEH   
Friday, 10 May 2019 13:45

Réponse du Nord : Die LinkeCelle du Sud : Samir Amin Celle de …Marx.

1. La réponse du …Nord : celle de Die Linke

Hans-Gerd Öfinger dans un article analysait la signification de la victoire d’Angela Merkel aux récentes élections allemandes.

Il y aborde une question qui nous intéresse : celle du rôle de la gauche en citant la position de Die Linke (un parti allemand de gauche)

Que dit-il exactement ?

« Le rôle des socialistes n’est pas de se préparer à entrer au gouvernement en 2017, ou de demander aux dirigeants sociaux-démocrates de mener une politique de capitalisme à visage humain.

Leur rôle est d’offrir une alternative clairement à gauche… ».

Et il continue en considérant que le « pire » est de ne proposer « aucune autre alternative réelle… »

Bien sûr Hans-Gerd Öfinger n’entre pas dans le détail d’une alternative « clairement à gauche… »

  1. La réponse du Sud : celle de Samir Amin

« Seuls les rêveurs verront un jour leur rêves devenir réalité » Ernesto

Dans un article sous forme de question–« Le Sud : quelles alternatives ? »- Samir Amin y pose des questions d’une grande pertinence.

Sans aborder directement et formellement la question du rôle de la gauche, il considère que « Le projet auquel nous voudrions contribuer est celui d’une utopie créatrice. »

Toutefois Samir Amin se rend compte que le « projet d’une utopie créatrice » peut demander un temps…utopique

Pour éviter cette contrainte temporelle il se pose donc naturellement la question «Que faire aujourd’hui, dans l’immédiat ? »

Pour cela il reprend « le projet souverain »

C’est quoi exactement « ce projet souverain ? »

Laissons Samir Amin s’expliquer lui-même : « le projet souverain, en rompant avec la pensée unique néo libérale et les diktats de la mondialisation financière, permet d’amorcer des avancées sociales, la reconstruction d’un monde polycentrique négocié respectueux des souverainetés nationales, et de préparer ainsi les conditions les plus favorables pour aller de l’avant dans l’invention d’une civilisation nouvelle, respectueuse de l’écologie et de l’être humain.»

 

On se retrouve ainsi avec deux projets

- Un projet lointain presque…utopique : une civilisation nouvelle

- Et un projet immédiat : le projet souverain

Le seul problème : Samir Amin ne répond pas – formellement – sur le rôle exact de la gauche aussi bien pour la construction du projet souverain que du projet d’utopie créatrice.

On peut bien sûr le deviner à travers certains passages …

Et si Hans-Gerd Öfinger nous le permet

Faut-il « se préparer à entrer au gouvernement tunisien » ?

Faut-il se préparer « à demander à Sissi de mener une politique de capitalisme à visage …égyptien » ?

En réalité c’est dans un autre article commentant la situation en Tunisie et en Egypte en janv. 2012, que Samir Amin exprime clairement et formellement le rôle de la gauche …arabe.

Pour lui le rôle de cette gauche est « la cristallisation rapide d’une gauche radicale »

Et il rajoute que « s’obstiner à ignorer » cela et réduire ce rôle aux « revendications d’élections correctes » ne « peut permettre une reprise des luttes pour un changement digne de ce nom. »

Signalons que dans un autre article – en mai 2011 – cette « gauche radicale «était un des trois grands acteurs à côté

- des « jeunes « re-politisés » par leur propre volonté et dans des formes « modernes » qu’ils ont inventées »

- et « celles rassemblées par les classes moyennes démocrates. »

Samir continue son développement sur cette gauche radicale qui doit selon lui « savoir formuler une stratégie de démocratisation de la société qui irait bien plus loin que la simple tenue d’élections correctes, d’associer cette démocratisation au progrès social, ce qui implique l’abandon du modèle de développement en place, et de renforcer ses initiatives par une posture internationale indépendante et franchement anti impérialiste. Ce ne sont pas les monopoles impérialistes et leurs serviteurs internationaux (la Banque Mondiale, le FMI, l’OMC) qui aideront les pays du Sud à sortir des ornières ; c’est en se tournant vers de nouveaux partenaires du Sud que cela deviendra moins difficile. »

Toutefois il s’inquiète un moment car d’après lui ; « aucune de ces questions fondamentales ne paraissent préoccuper les acteurs politiques majeurs. Tout se passe comme si l’objectif final de la « révolution » avait été d’obtenir rapidement des élections. Comme si la source exclusive de légitimité du pouvoir résidait dans les urnes. Mais il y a pourtant une autre légitimité, supérieure - celle des luttes ! Ces deux légitimités sont appelées à des confrontations sérieuses à venir. »

En fin de compte on se rend compte que sur le fond voire même sur les formes Hans-Gerd Öfinger et Samir Amin semblent être sur la même longueur d’onde.

  1. Enfin la réponse de…Marx.

Quel serait d’après Marx le rôle de la gauche …de son temps bien sûr?

(Le terme est certes inapproprié – apparu certes en 1789 il deviendra plus usité à partir de 1870 – soit le début de la 3ème république française – la gauche se plaçant tout simplement à gauche du président du parlement…)

D’abord Marx avant d’être …marxiste est avant tout un chercheur rigoureux

Et en chercheur rigoureux il commence

1. Par identifier l’émergence et le rôle de la …bourgeoisie

2. Et évaluer – avec les outils d’évaluation de son temps – ce rôle« éminemment révolutionnaire »

Laissons la parole à Marx

« La bourgeoisie a joué dans l'histoire un rôle éminemment révolutionnaire.

  1. Partout où elle a conquis le pouvoir, elle a détruit les relations féodales, patriarcales et idylliques.
  2. C'est elle qui, la première, a fait la preuve de ce dont est capable l'activité humaine: elle a créé de tout autres merveilles que les pyramides d'Égypte, les aqueducs romains, les cathédrales gothiques; .... »
  3. La bourgeoisie ne peut exister sans révolutionner constamment les instruments de production et donc les rapports de production, c'est-à-dire l'ensemble des rapports sociaux. Ce bouleversement continuel de la production, ce constant ébranlement de toutes les conditions sociales, cette agitation et cette insécurité perpétuelles distinguent l'époque bourgeoise de toutes les précédentes.
  4. Tous les rapports sociaux stables et figés, avec leur cortège de conceptions et d'idées traditionnelles et vénérables, se dissolvent; les rapports nouvellement établis vieillissent avant d'avoir pu s'ossifier et les hommes sont enfin forcés d'envisager leur situation sociale. leurs relations mutuelles d'un regard lucide.
  5. Poussée par le besoin de débouchés de plus en plus larges pour ses produits, la bourgeoisie envahit le globe entier. Il lui faut s'implanter partout, mettre tout en exploitation, établir partout des relations. Par l'exploitation du marché mondial, la bourgeoisie donne un caractère cosmopolite à la production et à la consommation de tous les pays.
  6. Au grand regret des réactionnaires, elle a enlevé, à l'industrie sa base nationale. Les vieilles industries nationales ont été détruites et le sont encore chaque jour. Elles sont évincées par de nouvelles industries, dont l'implantation devient une question de vie ou de mort pour toutes les nations civilisées, industries qui ne transforment plus des matières premières indigènes, mais des matières premières venues des régions du globe les plus éloignées, et dont les produits se consomment non seulement dans le pays même, mais dans toutes les parties du monde à la fois.
  7. À la place de l'isolement d'autrefois des régions et des nations se suffisant à elles-mêmes, se développent des relations universelles, une interdépendance universelle des nations. Et il en va des productions de l'esprit comme de la production matérielle. Les œuvres intellectuelles d'une nation deviennent la propriété commune de toutes. L'étroitesse et l'exclusivisme nationaux deviennent de jour en jour plus impossibles; et de la multiplicité des littératures nationales et locales naît une littérature universelle.
  8. Sous peine de mort, elle force toutes les nations à adopter le mode bourgeois de production; elle les force à introduire chez elles ce qu'elle appelle civilisation, c'est-à dire à devenir bourgeoises. En un mot, elle se façonne un monde à son image.

(Au passage Marx remarque le caractère déjà très mondialiste de ce nouveau mode…)

  1. La bourgeoisie a soumis la campagne à la domination de la ville. Elle a créé d'énormes cités; elle a prodigieusement augmenté les chiffres de population des villes par rapport à la campagne, et, par là, elle a arraché une partie importante de la population à l'abrutissement de la vie des champs.

10. Classe au pouvoir depuis un siècle à peine, la bourgeoisie a créé des forces productives plus nombreuses et plus gigantesques que ne l’avaient fait toutes les générations passées prises ensemble ».

(Serait-ce là les 10 commandements « modernes » d’un autre …)

Et surtout Marx va signaler le point le plus important pour les changements à venir

« A mesure que grandit la bourgeoisie, c'est-à-dire le capital, se développe aussi le prolétariat, la classe des ouvriers modernes …. »

Mais revenons au rôle de la gauche pour Marx

Pour lui la gauche radicale doit d’abord être capable

- « d’entrainer toutes les autres composantes de la gauche -sur le plan de la théorie (de son temps il n’y avait pas encore une « théorie scientifique » ce que toute sa vie il s’attèlera à faire)

- Et elle a « sur le reste l'avantage d'une intelligence claire des conditions, de la marche et des résultats généraux du mouvement.... »

Il continue sa réflexion et identifie trois grandes tâches immédiates (projet souverain ou utopie créatrice ?)

1. « constitution du proletariat en classe

2. renversement de la domination bourgeoise

3. conquête du pouvoir politique par le prolétariat. »

Ce rôle est-il toujours valide en 2014 ?

Mais pour cela il faut aussi poser la question de ces concepts axiomatiques chez Marx

- prolétariat

- classe

- domination

- conquête

- pouvoir politique

Ces concepts configurant le rôle de la gauche vu par Marx.

Bien sûr chacun peut avoir à titre personnel son propre point de vue sur

1. la signification de chacun de ces concepts

2. et sur leur articulation (en un modèle opératoire)

Mais une approche plus rigoureuse serait de cumuler les points de vue et pour cela

1. faire un atelier tout à fait classique avec au maximum une 15aine de personnes intéressées par une telle problématique - qui aborde ces concepts

Un détail formel mais qui reste fondamental est que la 15aine choisie soit un échantillon diversifié représentant diverses « gauches » …

2. ce workshop se chargera de

2.1 soit de valider totalement la pertinence des concepts de Marx

2.2 soit valider certains et pas d’autres

2.3 voire proposera des concepts de remplacement à ceux jugés non pertinents en2014

3. et en fin de compte, et c’est –de mon point de vue – le plus important : proposer un modèle opératoire – quant au rôle opératoire de la gauche - articulant les concepts dont la pertinence a été validée

NB : bien sûr cela n’empêche personne de continuer une telle réflexion quant au rôle opératoire de la gauche en 2014 mais la qualité d’une réflexion de groupe est supérieure.

Enfin il faut tenir compte qu’on ne part pas de rien, Marx signalait déjà qu’une réflexion nouvelle puise dans « l’ancien » tout comme il signalait que « les moyens de production et d'échange, sur la base desquels s'est édifiée la bourgeoisie, ont été créés dans le cadre de la société féodale »

En un mot la société nouvelle se crée à partir de l’ancienne

Le principe du continuum cher au monde de la recherche.

Et comme disent les spécialistes de la communication « moderne » nous attendons le feed back.

Aek

Premiers avis

Un avis

J'ai lu avec intérêt ton doc. Ma charge de travail pesante m'empêche d'y répondre amplement.

Toutefois voici une infime réaction:

Un workshop sur la question est nécessaire.

Aux cinq concepts marxiens (sont-ils encore opératoires à la lumière des réalités contemporaines?) il faut sans doute agréger un sixième: l'avant-garde et son organisation; concept qui est inscrit en filigrane dans l'articulation des précédents.

Au sens où Lénine le posait dans "Que faire", ce texte qui a nourri la réflexion de beaucoup de protagonistes des courants de gauche actuels.

Les changements ne sont jamais une production "tabula rasa". Marx cite (dans le 18 Brumaire il me semble) une formule du champ juridique qui exprime bien ton propos à ce sujet: "le mort saisit le vif".

Un autre avis

Les dix commandements ont reçu une vérification éclatante de l'histoire ; l'administration de la preuve continue sous nos yeux avec ce que le vieux appelait l'unification du marché mondial par le Capital, « ce qui est la mission historique de la bourgeoisie ».

Donc ça, je prends.

La « théorie » de la construction du « socialisme » sous la direction du prolétariat -que l'on doit plus à Lénine de L'état et la révolution, qu'à Marx- a fait quant à elle la preuve de sa faillite irrémédiable.

Je suis d'avis de larguer les notions de « gauche » et de « socialisme » pour en revenir au texte marxien dont j'ai tenté de rappeler les enseignements principaux dans deux articles (où j'aborde toutes les questions que ton texte pose).

Un autre avis

J’ai lu ton article, je te dis ce que j'en pense ?
Samir Amin parle d'une utopie créatrice, et créer un projet souverain par une rupture, avec les diktats de la mondialisation financière, en un mot il conseille de créer une civilisation nouvelle ? Sans dire comment dans la pratique, il envisage l'exemple de la Tunisie actuellement, et il revient aux anciennes formules dépassées et qui dans leurs applications ont conduit les pays Arabes là où ils sont ?
Les solutions de Marx, c’est ce qu'ont voulu faire les partis Communistes et les anciens Pays communistes. On voit les résultats et l'échec actuel de toutes ces belles idées .Revenons à l'Algérie pour être concret, que représente et qu'a représenté le plus ancien des partis dans la société, il faut cesser de théoriser et revenir à la réalité, quand les élections étaient réelles, le début des années 1990, ils ont fait dans les communes presque 0%
et j'ai constaté qu'ils ne se posent pas de questions ? Surtout que beaucoup de ces militants aspirent dans la pratique à la vie bourgeoise en contradiction flagrante avec les idéaux qu'ils défendent ?Il est temps de constater ces échecs, car une théorie n'a de sens et de juste que si elle se confirme dans la pratique ?Je respecte beaucoup l'intégrité de Saddek Hadjerès et sa sincérité ,mais il a été à mon avis à côté de la plaque ,j'avais discuté une fois avec lui ,et j'ai été étonné qu'il ne connaissait pas bien la personnalité de l'émir Abdelkader ,alors qu'il doit connaitre Marx et Lénine sur le bout des doigts ,ce n'est pas un reproche ,c'est bien à condition de connaitre ce qui se passe chez soi et le peuple qu'il veut mobiliser ?
Tout cela pour te dire, qu'on ne peut construire que dans le vrai et sa propre histoire, et surtout avec des militants exemplaires et intègres.
Le monde Arabe doit avant tout ,se réapproprier sa culture et son histoire et sa religion ,en un mot ses lumières ,je t'apprends que PETRARQUE et PIC de la Mirandole fondateur de l'humanisme Européen s'en sont imprégnés ,chez les Arabes (voir le discours de la dignité humaine de Pic de la MIRANDOLE )
Ne mettons pas la charrue avant les bœufs ,nous devons construire les fondations d'une société d'abord juste et réconciliée avec elle même ,en reconnaissant les échecs et que le monde n'est plus au temps de Marx? il faut, imaginer, construire une civilisation nouvelle en faisant sien le fameux rêve d'EL MAAMOUN ,dans lequel il s'entretient avec Aristote et qui a été le point de départ de Beit el HIKMA (la maison de la sagesse) ,et après tout devient possible ,je pense pour ma part qu'aujourd'hui le plus grand des combats ,c'est la lutte contre l'ignorance. La gauche a porté des rêves, et tout intellectuel honnête ne peut qu’adhérer. Je termine mon propos avec un adage "celui qui n'a pas été communiste à 20ans n'a pas de cœur, mais celui qui le reste à 40 ans n'a pas de tête "c'est dire l'immense déception du poète, comme "Aragon et Maïakovski"

 

 

Last Updated on Sunday, 12 May 2019 09:19
 

Promotion 1963

MLFcham Promotion 1963

Giverny - Mai 2004

MLFcham Giverny - Mai 2004

Athènes - Oct 08

MLFcham - Athènes - Octobre 2008

Promotion 1962

MLFcham Promotion 1962