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Les livres de la Bible PDF Print E-mail
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Written by Christian Amphoux   
Monday, 08 March 2010 09:16


30 ans de recherche humaniste sur

Les livres de la Bible

Fondement de la tradition judéo-chrétienne

par Christian-B. Amphoux, chercheur au CNRS 1974-2008, Montpellier

     La Bible nous est connue comme le livre sacré des juifs et des chrétiens, autrement dit un livre religieux, fondement de deux grandes religions d’aujourd’hui. Mais la Bible est plus qu’un livre, c’est une collection de livres qui s’est constituée de manière complexe d’abord dans le judaïsme ancien, puis distinctement dans le christianisme. Et son contenu n’est pas seulement religieux, au sens limité que nous donnons aujourd’hui à ce mot, même si son usage liturgique est devenu son utilisation dominante. Les livres de la Bible forment une large littérature qui apporte un témoignage conséquent sur deux langues en particulier, l’hébreu et le grec. Pour l’hébreu, c’est la plus ancienne littérature conservée ; pour le grec, la Bible atteste un état de la langue koinè (commune), qui est parlée et écrite depuis Alexandre-le-Grand jusqu’à la fin de l’Antiquité. Pour le début de cette période, et dans une certaine mesure pour les périodes précédentes, elle est une source de renseignements historiques.

     La Bible s’est transmise par d’innombrables copies manuscrites. Il n’existe pour aucun livre de copie autographe, de la main même de l’auteur ; et l’examen des différentes copies montre que le texte biblique a subi au cours des siècles de nombreuses révisions, surtout dans la période la plus ancienne. L’examen de ces variantes ne fait que commencer. La tradition judéo-chrétienne a préféré les ignorer ou en atténuer l’importance ; mais leur intérêt historique est aujourd’hui avéré ; et c’est principalement par elles que s’est faite ma recherche sur le texte biblique. 

L’épître de Jacques

     Le Nouveau Testament contient une lettre attribuée à Jacques, frère de Jésus. A suivre la tradition chrétienne, c’est un écrit mineur, dont l’authenticité est mise en doute depuis le 4e siècle (Eusèbe de Césarée). Mais certaines variantes conservées dans des manuscrits grecs du Moyen Âge et dans certaines versions (géorgienne, arménienne, syriaque) permettent de restituer un état plus ancien de l’œuvre, révélant un écrit théologique de la 1e génération chrétienne, rédigé dans un grec élégant, pour transmettre un message à deux niveaux, celui des élites instruites et celui des destinataires de la prédication chrétienne. Avec habileté, l’auteur écrit en ménageant deux niveaux de sens, celui que l’on comprend à la lecture, et qui est pour tous, et un autre d’accès plus difficile, jusqu’à présent ignoré. Il reste à en écrire un commentaire.

Les évangiles

     Les 4 évangiles sont avec les épîtres de Paul les principaux écrits du NT. Leur écriture est particulièrement complexe, puisque trois d’entre eux se répètent largement, parfois en se contredisant. La tradition chrétienne veut que ces livres aient été rassemblés par un choix parmi d’autres évangiles ; mais mon travail m’amène à une tout autre explication. Il n’existe, vers l’an 100, que deux traditions évangéliques fixées, celle d’Antioche et celle d’Ephèse ; et vers 110, Ignace d’Antioche conçoit l’idée de les réunir pour en faire 4 livres et leur adjoindre les lettres de Paul pour en guider la compréhension. Après la mort d’Ignace, Polycarpe réalise ce projet vers 120, à Smyrne ; puis vers 160, il édite un corpus élargi qui contient 26 des 27 écrits du NT (il manque l’épître de Jude). C’est donc à cette deuxième édition de Polycarpe que l’on doit le rassemblement des écrits du NT. Mais le texte des évangiles va encore évoluer lors de révisions qui vont de la fin du 2e siècle au début du 4e. Le genre littéraire se simplifie. Le deuxième sens, qui était ménagé dans l’écriture, disparaît dans une grande mesure. Les évangiles deviennent des livres principalement destinés à la lecture liturgique ; mais leur complexité ancienne est toujours là, à chaque page, nous butons devant des difficultés de sens dont aucun commentaire ne parvient à rendre compte.

     Le vieux texte de Polycarpe s’est conservé dans quelques rares manuscrits, tous bilingues grecs-latins, car c’est dans la latinité savante que ce texte s’est conservé. C’est ce que l’on appelle le « texte occidental ». Par lui, les difficultés de sens trouvent une solution avec la restitution d’un deuxième sens, qui ne s’est pas transmis et qui permet de distinguer plusieurs écrits antérieurs dont sont faits les quatre évangiles. On découvre alors le monde riche et insoupçonné du christianisme d’avant 150, que l’on croyait connaître et qui se révèle tout autre.

Jérémie

     Le hasard des collaborations m’a amené à passer du grec du NT à celui de la version grecque ancienne de Jérémie, un des livres les plus longs de l’Ancien Testament. La tradition chrétienne a admis Jérémie comme un prophète de la fin de la royauté de Juda, qui s’achève avec la prise de Jérusalem par Nabuchodonosor en – 586. Et comme cet événement est relaté dans le livre, dans sa forme finale au moins, le livre a été écrit plus tard, soit pendant l’exil (586-538), soit pendant la période suivante, où Jérusalem est une province de l’empire perse (538-330), avant de faire partie de l’empire d’Alexandre, puis du royaume d’Egypte (305-199), puis de celui d’Antioche (199-142), de gagner alors une quasi-indépendance (142-63) et d’être enfin intégrée à la République romaine (63), qui devient l’empire romain avec Auguste.

     Mais les données internes du livre, et notamment les variantes entre cette version grecque et le texte hébreu, amènent à des conclusions qui ne s’accordent pas avec la tradition admise. D’après les recherches de notre équipe, Jérémie a été écrit en hébreu à la fin de la domination égyptienne, soit vers – 200, et cet hébreu a été traduit en grec vers – 150, puis révisé en hébreu vers – 140 : c’est ce dernier état qui donne le texte hébreu transmis du livre. La version grecque ancienne représente donc l’état antérieur, qui est lui-même écrit en deux temps, comme le raconte le livre lui-même. La stratégie d’alliance de Jérémie correspond à la situation du temple de Jérusalem entre – 220 et – 200 ; et les récits ayant trait à la prise de Jérusalem utilisent une source d’archives sans doute bien antérieure. D’un côté, nous avons les homélies du temple visant à convaincre le pouvoir civil de la stratégie décidée, qui est présentée comme voulue par Dieu ; de l’autre, le rappel de la guerre est là pour annoncer au peuple le sort malheureux qui l’attend, si la stratégie inspirée n’est pas adoptée.

Conclusion

     Il ressort de tout ce travail que les livres de la Bible sont encore mal connus et que le travail universitaire a encore beaucoup de choses à nous faire découvrir. La tradition biblique se trouve parfois bousculée, dépoussiérée ; mais elle y trouve un enrichissement certain. Le sens des textes a été souvent simplifié, mais il a été transmis fidèlement sur l’essentiel : ce qui entraîne les révisions que l’on constate, en comparant les manuscrits, c’est l’évolution du public et de sa culture, non celle du message, fidèlement conservé et transmis. A travers les variantes s’expriment des rivalités de communautés. Le texte ne devient vraiment homogène qu’avec l’imprimerie, au 16e siècle ; mais il retrouve sa diversité à partir du 19e siècle.

 

Last Updated on Sunday, 30 January 2011 13:17
 

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