Le silence de Paris sur la tragédie tunisienne PDF Print E-mail
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Written by Le Monde   
Tuesday, 11 January 2011 15:22
Editorial du "Monde"

Le silence de Paris sur la tragédie tunisienne

LEMONDE | 10.01.11 | 11h24  •  Mis à jour le 10.01.11 | 13h28

 
 

 

Le président français, Nicolas Sarkozy, et son homologue tunisien, Zine El-Abidine Ben Ali, au palais présidentiel de Carthage, le 28 avril 2008.

Le président français, Nicolas Sarkozy, et son homologue tunisien, Zine El-Abidine Ben Ali, au palais présidentiel de Carthage, le 28 avril 2008.REUTERS/POOL

C'est entendu : la diplomatie ne saurait se résumer à la publication de communiqués dénonçant, ici et là, atteintes aux droits de l'homme, corruption et dérive dictatoriale de la part de tel ou tel régime. Les pressions publiques ont leur efficacité, mais aussi leurs limites. Seulement, vient un moment où le silence – en l'espèce celui de Paris – devient complice, à tout le moins peut donner l'impression de l'indifférence. Quand il faudrait dire haut et fort la parole de la France.

La Tunisie vient de nouveau de vivre un week-end sanglant. Le gouvernement reconnaît 14 morts, parmi les manifestants, lors d'émeutes dans trois villes du centre du pays ; d'autres sources parlent d'une vingtaine de tués. Depuis le 17 décembre, le mouvement de contestation politique, économique et social qui embrase la Tunisie ne semble guère donner de répit.

Ce coup de colère est sans précédent depuis plus d'un quart de siècle en Tunisie. Il est l'événement politique le plus important qu'ait connu ce pays depuis les années 1980. Il ressemble à une explosion trop longtemps contenue, et, dans une dictature comme l'est le régime du président Zine El-Abbidine Ben Ali, sans autre débouché que la rue. C'est une protestation contre le chômage, les difficultés économiques – et contre le clan au pouvoir, sa corruption et son autoritarisme policier.

Et la France n'a rien à dire ? "Préoccupés", les Etats-Unis ont convoqué l'ambassadeur de Tunisie pour que soient respectées les libertés individuelles. Mais ni la France ni l'Europe n'ont rien à dire ! Il y a un lobby tunisien à Paris, aussi fort à droite qu'à gauche. C'est un groupe de pression multiforme, au moins autant – sinon plus – sentimental que préoccupé par des intérêts économiques. On peut comprendre ce tropisme ; on peut en partie le partager. Pour une raison toute simple : la Tunisie est un pays profondément attachant.

Nombre de liens familiaux, affectifs, touchant au souvenir, à la mémoire la plus intime nous unissent à elle. La Tunisie fut, longtemps, un lieu de lumière et de tolérance, qui a su avec élégance, au milieu des années 1950, gagner son indépendance sans drame majeur avec la puissance coloniale, la France.

Mais, depuis plusieurs années déjà, Paris est à l'égard de Tunis dans le déni de réalité. Au prétexte que le régime Ben Ali préserverait la Tunisie de l'islamisme, tout est toléré. Or, la Tunisie est une dictature où les gens ont peur de parler politique dans la rue, où la presse est muselée et toute opposition interdite.

La France ferme les yeux, quand elle ne donne pas des signes d'acquiescement aussi déplacés que surréalistes : "Aujourd'hui, l'espace des libertés progresse en Tunisie", disait le président Nicolas Sarkozy en 2008… Toutes les leçons de morale, c'est vrai, ont des limites. Mais qui sait si le refus d'en donner n'a pas participé à l'aveuglement du régime sur ses propres méfaits – et porte ainsi une part de responsabilité dans les événements d'aujourd'hui?

Article paru dans l'édition du 11.01.11
Last Updated on Sunday, 12 June 2011 11:38
 

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