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La contribution du "local" syrien au savoir historique globalisé : A la recherche de l'identité PDF Print E-mail
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Written by Ali EL Saleh   
Saturday, 15 January 2011 13:27
En conclusion, certaines hypothèses concernant les études historiques en Syrie pendant les trois dernières décennies ont encore besoin d’être vérifiées, confrontées aux données empiriques telles qu’elles apparaissaient à travers des études disponibles dont certaines ont été mentionnées dans cette étude :
D’une façon générale, malgré les changements importants intervenus depuis l’Indépendance, la recherche historique en Syrie est toujours tributaire, à ce jour, de la recherche historique internationale occidentalo-centré et structurée comme elle.
L’idée imposée à l’historien syrien et arabe d’écrire surtout l’histoire syrienne et arabe à la recherche d’une identité hypothétique qui aide son pays à se situer géopolitiquement et avantageusement dans le monde contemporain, il s’interdit ce faisant, l’universel. Car, très peu de chercheurs syriens se sont rendus compte, que l’objectif stratégique doit être d’entretenir avec leur propre culture, autant qu’avec les cultures exogènes, un rapport critique et libre, et de conduire aujourd’hui, dans le nouveau contexte mondial, des mutations devenues inévitables qui risqueraient d’être perpétuées hors d’eux et à leur détriment.
D’autre part, l’émergence d’états régionaux arabes modernes sur les débris de l’empire ottoman unificateur en son temps, au lieu de l’Etat Nation arabe rêvé, la lutte anti-coloniale avec son pendant religieux comme élément important constitutif de la culture nationale, malgré une laïcité timide et importée, la résurrection, à côté de l’identité en formation de la majorité, d’autres identités minoritaires, tout cela engendre, dans la région, une mémoire historique perturbée et contradictoire.
C’est dans ce contexte que l’Etat Régional الدولة القطرية syrien n’a pas su ou voulu résoudre la

contradiction entre le régional syrien et le national arabe sensé être le seul détenteur de la

continuité historique, depuis l’âge d’or de l’empire arabo-musulman jusqu’à nos jours.

Il ne s’est même pas intéressé à implanter les mutations nécessaires dans la mémoire des

différentes communautés, parmi ses citoyens, pour s’adapter aux conditions nouvelles,

entourant la naissance de l’Etat Régional syrien.

Il était difficile aussi aux états régionaux arabes de s’approprier chacun pour soi et à son gré, une parcelle du patrimoine historique arabe commun. Il fallait pour cela prendre la responsabilité de fragmenter la mémoire collective, tout au long des frontières nouvelles des jeunes états.[1]
Un facteur supplémentaire venant rendre la tâche plus difficile aux jeunes états pour effectuer les mutations nécessaires dans la conscience historique arabe, fut, entourant la constitution d’un état judéocrate sur le sol palestinien, le retour en force à l’âge biblique dans la région.
Enfin, on oublie souvent le caractère pluraliste des différentes communautés de la région et que ce type sociétal au Proche-Orient remonte à la nuit des temps. C’est dire que, même si les historiens de tout bord n’admettent pas l’éventualité de l’existence d’un Etat Nation arabe selon les critères européens, il n’empêche qu’ils n’ont pas su tirer de ce phénomène sociétal les conséquences nécessaires à leurs analyses et déductions : à savoir que même en l’absence d’une nation arabe, selon la norme actuelle et démocrate du terme, au Proche-Orient, ce phénomène ne se rapporte pas à des caractéristiques religieuses ou ethniques de nature essentialiste, mais découle des développements historiques, notamment économiques, et comme résultat de certaines luttes géopolitiques contraignantes dans cette région du monde.[2]
En d’autres mots, si l’image de notre région apparaît déformée et altérée, elle n’est que le reflet d’une certaine réalité historique et politique émanant de l’absence, du côté arabe, d’une puissance militaire, culturelle et économique adéquate pour combler le vide historique créé par la chute du dernier empire unificateur.
D’autre part, la responsabilité incombe toujours aux syriens eux-mêmes, de définir leur propre identité et de trouver les moyens de dépasser les impasses historiques causées par la contradiction entre la création, d’un côté de l’Etat Régional syrien, et de l’autre côté, d’un rêve d’Etat Nation arabe intégrateur. Une contradiction qui a paralysé la mémoire syrienne, mais aussi arabe collective, depuis un siècle. 


[1] Georges Corm, Le Proche-Orient éclaté 1956-2006, version arabe, Al Farābi, Beyrouth, 2006, p. 16-160.جورج قرم: انفجار المشرق العربي 1956-2006، دار الفرابي، بيروت، 2006، ص 16-260.
[2] Op.cit.

 

Cet article a été  publié en 2010 par Eberhard Kienle dans un livre intitulé : Les sciences sociales en
voyage - L’Afrique du Nord et le Moyen-Orient vus d’Europe, d’Amérique et de l’intérieur-Ed.Karthala.

 

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Last Updated on Saturday, 07 December 2013 16:11
 

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