Espace adhérent

Présentation générale du christianisme PDF Print E-mail
User Rating: / 6
PoorBest 
Written by Christian Amphoux   
Sunday, 30 January 2011 15:55

Présentation générale du christianisme

 

 

Jésus de Nazareth

     Le christianisme est la religion de ceux qui croient en Jésus comme sauveur des hommes. Ils croient qu’il est le messie (ou Christ), personnage existant dans le judaïsme et attendu pour la fin des temps. Le christianisme se présente donc comme l’attente d’un salut, c’est-à-dire d’une libération qui se réalise par la foi en ce même Jésus. Ce que l’on sait historiquement de Jésus vient surtout des évangiles qui font partie du Nouveau Testament.

     Jésu est né dans une famille juive à la fin du règne d’Hérode le Grand, roi de Judée et vassal de l’empire romain, donc un peu avant – 4. Le début de l’ère chrétienne a été fixé plus tard (vers 540), avec un écart d’environ six ans. La naissance de Jésus est associée au village de Bethléem (dont est originaire le roi David) et à un recensement romain (qui a lieu en + 6).

     En l’an 28, âgé d’un peu plus de trente ans, Jésus reçoit le baptême de Jean le Baptiste, un prêtre qui prêche au désert la venue d’un monde nouveau auquel il faut se préparer et qui baptise ses sympathisants. Jésus est alors regardé par ses contemporains comme légitime par sa naissance pour devenir un jour roi des Juifs, et il reçoit à son baptême la légitimité de devenir également grand-prêtre.

     Le ministère de Jésus, qui commence alors, est fort court : sa double légitimité inquiète les autorités juives de Jérusalem et ne rencontre pas un soutien populaire déterminant. Entouré de quelques disciples, dont des membres de sa famille, et de quelques femmes, dont la fameuse Marie Madeleine (mais rien n’indique qu’elle soit devenue sa femme), il a une activité de prédication et laisse le souvenir d’avoir guéri des malades. Bientôt, il est mis en accusation par les grands-prêtres devant l’autorité romaine, condamné à mort et crucifié le 7 avril de l’an 30, la veille de la Pâque juive, à Jérusalem.

     Après sa mort, une foule de sympathisants, Juifs ou non, croit qu’il est ressuscité des morts et constitue une communauté, d’abord au sein du judaïsme, dirigée par ses anciens disciples que la foule considère comme inspirés par leur maître, désormais céleste. Dès les premières années, la communauté se divise, et une partie génère une nouvelle communauté tournée vers la sagesse. Vingt ans plus tard, l’apôtre Paul, un pharisien converti, combat l’idée du salut par la sagesse et ajoute au salut par la loi (qui implique l’amour de Dieu et du prochain) le salut par la foi, c’est-à-dire la confiance que Jésus l’a déjà sauvé par sa mort qui efface son péché.

La rupture avec le judaïsme

     Les premiers chrétiens forment un courant au sein du judaïsme : jusqu’au début des années 60, il est question que l’un des leurs devienne le grand-prêtre du temple de Jérusalem ; il s’agit de Jacques, frère de Jésus. Une occasion favorable en 62 le rapproche du sacerdoce, mais il meurt assassiné peu après. Puis la guerre éclate avec les Romains (66-70) : l’intérêt se tourne alors vers la pensée de Paul, mort à Rome au même moment que Jacques à Jérusalem, qui ouvre largement la communauté au monde païen, en reléguant la loi juive au profit de la foi en Jésus. La victoire des Romains et la destruction du temple, en 70, donne du poids à cette nouvelle orientation, et les chrétiens deviennent les seuls concurrents des pharisiens pour diriger le judaïsme. La rupture se prépare : les pharisiens refusent de voir en Jésus le messie des Juifs, et ils excluent les chrétiens des synagogues ; puis, en 135, la tentative de rendre à la Judée son indépendance politique tourne court, l’école pharisienne se replie à Babylone, tandis que les chrétiens tentent de s’imposer dans l’empire romain comme une nouvelle religion, tout en revendiquant l’héritage du judaïsme. Vers 150, la rupture est consommée.

Les principaux rites

     La première communauté chrétienne pratique deux rites particuliers : le baptême et l’eucharistie. (1) Le baptême (ou immersion) est un rite d’eau, c’est-à-dire de purification, institué pour marquer l’entrée dans la communauté ; puis, avec Paul, il s’accompagne d’une formule qui met la divinité au centre du rite, sous la forme « au nom du père, du fils et du saint esprit », unissant les trois personnes qui formeront plus tard (au ive siècle) la Trinité. (2) L’eucharistie (ou action de grâce), rite de partage du vin et du pain, préfigure l’ère nouvelle (le royaume) que la venue de Jésus est censée inaugurer ; puis, avec Paul, il se chargera de la commémoration de la mort de Jésus, par association du pain au corps de Jésus et du vin à son sang. L’origine du rite est placée dans le dernier repas de Jésus avec ses disciples, d’où le nom de communion ou sainte cène (cène signifiant « repas »). Ainsi, les deux nouveaux rites d’entrer dans la communauté et dans le monde futur deviennent des moyens de mettre Jésus crucifié et ressuscité au centre du culte chrétien.

Les principales fêtes

     Le dimanche. Au moment où s’amplifie la signification des rites, les chrétiens choisissent le dimanche comme jour de repos au lieu de shabbat (samedi), parce qu’il commémore pour eux le jour de la résurrection. Le dimanche est devenu le jour du repos hebdomadaire dans les pays de tradition chrétienne dominante.

     Pâques. La grande fête juive de la Pâque, qui célébrait la sortie de l’Egypte (l’exode) est remplacée par Pâques, qui célèbre la résurrection de Jésus et devient la principale fête chrétienne, un peu après l’équinoxe de printemps. Pâques est fixé un dimanche, à partir du iie siècle. La période pascale qui suit dure sept semaines et se termine par la Pentecôte, du mot grec qui veut dire « cinquantième », car elle tombe 50 jours après Pâques et coïncide avec la fête juive des moissons. Au 40e jour après Pâques, les chrétiens célèbrent l’Ascension de Jésus au ciel. Pâques est encore précédée du dimanche des Rameaux et de la Semaine sainte, qui ont une origine évangélique : les Rameaux célèbrent l’accueil royal de Jésus à Jérusalem, quelques jours avant son arrestation ; et la Semaine sainte contient en particulier le jeudi, jour du dernier repas de Jésus avec ses disciples suivi de son arrestation, et le vendredi, jour de la mort de Jésus.

     Noël. La deuxième fête chrétienne est celle de Noël, au solstice d’hiver, qui célèbre la naissance de Jésus (Noël vient du latin natalem, « de la naissance, natal ») et qui se développe à partir du ive siècle, en se substituant à la fête romaine des Saturnales, qui célébrait le retour de la lumière. Noël coïncide également avec la fête juive de Hanouka, qui célèbre le rétablissement du culte au temple de Jérusalem, en – 164, par Judas Maccabée. La crèche de Noël, les bergers, les mages, ont une origine évangélique ; mais le sapin, le bœuf et l’âne et l’habitude de faire des cadeaux sont des enrichissements postérieurs de la tradition ou de la fête. Après Noël, le 6 janvier (ou à une date qui varie), les chrétiens célèbrent l’Epiphanie (« manifestation ») ou fête des rois mages ; entre ces deux fêtes prend place encore la fête de l’An, depuis que l’année commence le 1er janvier (l’année civile romaine commençait le 1er avril). Noël est enfin précédé d’une période de quatre semaines, dite l’Avent, c’est-à-dire le temps de la venue (de Jésus).

     Fêtes catholiques. Plusieurs fêtes sont en outre propres à l’Eglise catholique. (1) Le Carême, période de quarante jours qui précède les Rameaux, où est instituée une période de jeûne et de préparation à la Semaine sainte (du mot latin qui veut dire « quarantième ») ; elle commence avec le mercredi des Cendres (le lendemain du mardi gras) et s’interrompt en son milieu par le carnaval, le jour de la Mi-Carême. (2) L’Assomption ou fête de la Vierge, fixée le 15 août. (3)   La Toussaint, fête de tous les saints fixée le 1er novembre et aussitôt suivie de la fête des morts, le 2 novembre. Le calendrier affecte à chaque jour un ou plusieurs noms de saints, ce qui en fait au total un grand nombre.

La question des langues

     Le christianisme est né dans la région de Jérusalem, à une époque où l’on y parle plusieurs langues. (1) L’hébreu est la langue du temple de Jérusalem et celle dans laquelle la Bible juive a d’abord été rédigée. Mais au temps de Jésus, dans l’usage courant, l’hébreu a été remplacé par une langue voisine, l’araméen. (2) L’araméen est la langue originaire de Méso­potamie (l’Iraq actuel), devenue la langue commune de l’empire perse et remplacée par le grec à partir d’Alexandre le Grand (vers – 330). L’araméen est la langue de quelques passages de la Bible juive et surtout des premières traductions, les Targums. (3) Le grec se répand en Judée dès la fin du ive siècle, mais sans supplanter l’araméen. Une traduction de la Bible en grec est faite avant l’ère chrétienne : c’est la Septante, mot qui veut dire « soixante-dix », car tel était le nombre des premiers traducteurs. Cette version a eu en Egypte une autorité comparable à l’hébreu, qui n’y était pas compris, à la différence de l’araméen qui a toujurs eu un statut de langue de traduction. Le grec est aussi la langue du Nouveau Testament, qui a utilisé quelques sources araméennes. (4) Le latin est la langue du droit, de l’administration et des soldats romains : c’est donc aussi une langue importante, même si elle est peu parlée.

     Le christianisme se développe progressivement dans les aristocraties des pays du Proche-Orient, puis dans les peuples, et cela nécessite de nouvelles traductions, souvent précédées de l’invention d’un alphabet, qui fait passer la culture de l’oralité à l’écriture. Les principales versions des premiers siècles sont en Egypte (copte), dans l’empire perse (syriaque), au sud du Caucase (géorgien, arménien) et au sud de l’Egypte (éthiopien). Parallèlement, en Europe, le latin s’impose comme langue liturgique, avec une versions retravaillée pendant des siècles, et le gotique, la langue des Goths venus de Dacie (l’actuelle Roumanie), lui fait un temps concurrence (iiie-vie siècles). Puis de nouvelles versions sont entreprises en arabe (viiie siècle) et en slave (ixe s.). La Vulgate latine s’impose à partir du temps de Charlemagne.

La question des lieux

     Quelques lieux, en Galilée (Nazareth) et en Judée (Bethléem et Jérusalem), sont devenus des sites touristiques où est commémorée l’histoire de Jésus ; ailleurs, celle de Paul (Turquie et Grèce) ou celle des disciples. Le christianisme se réunit à l’origine dans les synagogues du judaïsme ; puis il crée ses propres assemblées sous le nom d’ecclésia, « assemblée », qui donne le mot « église ». L’Eglise est donc d’abord l’assemblée des fidèles, avant de devenir le nom du bâtiment où ceux-ci se réunissent et de l’institution qui les dirigent et les organisent.

     Le christianisme naît à Jérusalem ; très tôt, il gagne Alexandrie et Antioche, les deux grandes métropoles grecques ; puis Corinthe et Ephèse, avec Paul ; et Rome, avec Pierre ; après 70, de nouveau Ephèse, avec Jean l’apôtre, et Smyrne, avec Polycarpe. Rome a la primauté, vers 150 ; mais vers 180, Alexandrie et Antioche se disputent la position dominante du monde grec, tandis que Carthage (Tunis) reçoit le premier foyer culturel de langue latine. Le christianisme se répand ainsi autour du bassin méditerranéen, d’est en ouest, selon un axe qui va de Jérusalem à Rome et qui aboutira à l’adoption du christianisme comme religion de l’empire romain, au ive siècle. Dans le même temps, le christianisme se répand dans l’empire perse et dans les pays voisins, où naissent les Eglises orientales.

     Deux grandes ruptures expliquent la division en trois du christianisme européen : (1) le schisme d’Orient (1054) marque la séparation des Catholiques (romains) et des Orthodoxes (byzantins) ; (2) la Réforme, avec Luther et Calvin (au xvie siècle), marque la naissance du protestantisme, qui se sépare de l’Eglise catholique après le Concile de Trente (1545-1563) et s’étend principalement en France et dans l’Europe du nord.

     La découverte de l’Amérique s’accompagne d’un essor du christianisme sur le nouveau continent. Parallèlement, de nouvelles conquêtes lui ouvrent l’Asie orientale et l’Océanie. Enfin, à partir du xixe siècle, la colonisation et la mission répandent le christianisme en Afrique. Le christianisme est avec l’islam et le bouddhisme l’une des religions les plus répandues ; mais il est évidemment difficile d’en dénombrer les adeptes.

Quelques repères historiques

     Les premières décisions communautaires des chrétiens remontent à la première génération, elles concernent la doctrine, l’Ecriture, les rites et l’autorité légitime. (1) La doctrine se précise avec Paul, qui donne à Jésus une fonction supposant une nature à la fois humaine et divine. (2) L’Ecriture de référence demeure celle des Juifs, c’est-à-dire la Bible ; et comme le canon de celle-ci n’est pas encore clos, les paroles de Jésus y sont associées ; à terme, ce sera tout le Nouveau Testament qui y entrera. (3) Les rites principaux sont le baptême et la communion, tandis que la circoncision est progressivement abandonnée ; de même, le dimanche remplace progressivement le shabbat comme jour du repos. (4) L’autorité légitime, enfin, est confiée au successeur des apôtres par élection, alors que la famille de Jésus voulait obtenir une succession dynastique.

     Entre les deux guerres de 70 et 135, qui opposent Juifs et Romains dans une lutte inégale, le judaïsme se scinde en deux religions, également ouvertes au monde extérieur, et les nouveaux adhérents (prosélytes) y sont nombreux : d’un côté, le judaïsme pharisien, dont la référence principale est la Loi ; et de l’autre, le christianisme, pour qui Jésus, comme sauveur, prend la première place. Les chrétiens constituent alors leur Bible en ajoutant à l’Ancien Testament (= ancienne alliance), ou Bible juive, le Nouveau Testament, qui lui est propre, et comprend principalement les évangiles et les lettres de Paul. Le canon de la Bible chrétienne sera fixé plus tard, par des conciles tenus à Carthage et Hippone, en 393 et 397.

     Au iiie siècle, un clergé hiérarchisé se met en place, avec des évêques, des prêtres et des diacres, notamment ; dans le judaïsme, les prêtres étaient de la tribu de Lévi, ils tenaient leur fonction de leur naissance, mais le nouveau clergé est recruté sur des bases doctrinales. La situation des communautés demeure précaire : elles subissent des périodes de persécution, en particulier sous Dioclétien, au début du ive siècle. Puis, l’édit de Milan (313) donne au christianisme une reconnaissance qui va faire de lui, en moins d’un siècle, la nouvelle religion de l’empire romain.

     Les quatre premiers grands conciles (œcuméniques) ont lieu à Nicée (325), Constantinople (381), Ephèse (431) et Chalcédoine (451), et définissent la doctrine de l’Eglise officielle, qui est encore celle des orthodoxes, des catholiques et des protestants. Mais le consensus n’est pas total, et à chaque concile se forment des dissidences. La doctrine a fixé, avant les conciles : (1) l’unicité de Dieu, contre les gnostiques, qui distinguent le grand dieu de l’univers, nécessairement parfait, et le démiurge, créateur du monde imparfait dans lequel nous vivons ; (2) la divinité de Jésus, contre les ébionites qui voient en lui surtout l’humanité et la sagesse. La doctrine se précise avec les conciles : (3) la Trinité (Dieu existe en trois « personnes », le Père, le Fils et le saint Esprit) est adoptée à Nicée, contre l’arianisme (qui souligne la nature humaine de Jésus) et précisée à Constantinople (qui insiste sur le saint Esprit) ; (4) la double nature de Jésus (humaine et divine) est adoptée au concile d’Ephèse contre le nestorianisme (qui distingue deux « personnes » en Jésus, l’une humaine et l’autre divine) et à celui de Chalcédoine contre le monophysisme (qui admet une seule « nature » en Jésus). Plusieurs Eglises orientales sont nées des minorités de ces conciles.

     Au début du viie siècle, les tribus arabes vivant dans le désert (qui va de la Mésopotamie au Jourdain et s’étend au sud dans toute la péninsule arabique) se donnent une nouvelle religion, l’islam, qui prend ses origines dans la Bible et la culture judéo-chrétienne ; et à la faveur de la faiblesse du pouvoir de Byzance et de la chrétienté occidentale divisée en plusieurs royaumes, l’islam se répand rapidement au Proche-Orient, dans le sud méditerranéen et en Espagne. Le christianisme recule d’abord devant la nouvelle religion, puis il lui oppose une résistance qui fixe les limites de l’influence réciproque. Les Croisades (xie-xiiie s.) portent le conflit en Orient ; l’Espagne est lentement reconquise (xie-xve s.) ; mais les Turcs, dont l’empire ottoman remplace celui des Arabes à partir du xiiie siècle, s’emparent de Byzance, qui devient Istanbul (1453), et avancent jusqu’à Vienne, à la fin du xviie siècle, pour reculer aux limites de l’actuelle Turquie, après le démantèlement de leur empire, au début du xxe siècle. Tandis que le Maghreb, colonisé par la France, revient à l’islam à la faveur de la décolonisation, à partir des années 1950.  

     Après la chute de l’empire romain d’Occident (476), le pouvoir politique s’organise en deux Etats principaux alliés à la papauté établie à Rome, le Royaume (avec le Franc Clovis) et l’Empire (avec le Goth Théodoric) ; du premier va naître la France et du deuxième, le Saint Empire, qui deviendra l’Autriche-Hongrie, puis l’Allemagne. Dans ces pays et leurs voisins, à côté du christianisme se constituent des communautés juives, dont les membres sont venus du Proche-Orient soit par l’Europe, soit par le sud méditerranéen. Leur existence est mal tolérée par les autorités chrétiennes, qui les accusent depuis l’Antiquité d’être responsables de la mort de Jésus. Leurs droits sont limités ; les communautés sont alternativement persécutées et protégées. En 1306, les Juifs sont chassés de France ; en 1492, ils doivent quitter l’Espagne. L’époque moderne ne leur est pas plus favorable : l’hostilité à leur égard aboutira au génocide décidé par l’Allemagne nazie. Il faut attendre la fin du xxe siècle que que le vieux procès de « peuple déicide » soit abandonné.

     A partir du xie siècle, l’Eglise catholique s’appuie sur un réseau d’abbayes pour tenter de maîtriser les échanges économiques. Mais le développement d’une bourgeoisie commerçante laïque met progressivement le commerce en d’autres mains. A la fin du xve siècle, la papauté met en vente des « indulgences » pour assurer à leurs acheteurs le pardon de leurs fautes et réunir ainsi des sommes d’argent considérables. De cette opération douteuse naît une brèche dans laquelle la prédication d’un moine allemand, Luther, puis celle d’un juriste français, Calvin, vont faire entendre la voix de la Réforme. Le salut est le don gratuit de Dieu, il ne peut être acheté ; et l’Ecriture l’emporte en autorité sur les décisions de l’Eglise. Profitant de l’imprimerie, qui existe depuis peu, l’information est rapidement diffusée, et le mouvement se répand en France et dans l’Empire, ainsi que de la Suisse à l’Ecosse et à la Scandinavie. Le christianisme latin se divise alors durablement en deux courants : l’Eglise catholique, d’un côté, dont la tradition est confirmée par le Concile de Trente ; et les Eglises protestantes, qui rejettent l’autorité de la Vulgate et en reviennent aux langues originales, l’hébreu pour l’AT et le grec pour le NT.

     Au xviiie siècle, le mouvement intellectuel des Lumières provoque dans le christianisme une remise en question qui déplace le débat de la doctrine vers la place de l’homme dans la société. L’Eglise catholique, liée depuis si longtemps aux pouvoirs en place, s’oppose au mouvement, mais elle n’entraîne pas l’adhésion de tous ; et dans le protestantisme, un courant « libéral » se fait jour, qui privilégie la réflexion sur les droits de l’homme, souvent en lien avec la franc-maçonnerie. La Révolution française proclame ces nouveaux droits et ébranle l’ordre bien rôdé du couple politique du Royaume et de l’Empire, alliés à la papauté. La voie de la République s’ouvre, et avec elle, celle de la démocratie, où l’adhésion à une religion devient une question de choix personnel, cependant que des lois mettent progressivement en place les droits de l’homme : l’abolition de l’esclavage, l’école pour tous, le mariage civil, l’égalité de l’homme et de la femme, le droit de vote des femmes, l’abolition de la peine de mort… Le christianisme européen en sort numériquement affaibli, mais moralement sans doute renforcé, dans la mesure où la modernité finit par l’emporter sur le conservatisme. Le Concile de Vatican II (1962-1965) marque, en particulier, un renouveau de l’Eglise catholique que le pontificat de Benoît XVI semble vouloir remettre en cause.

     Pressés par la philosophie et le libéralisme protestant, les théologiens et les exégètes (commentateurs de l’Ecriture) s’efforcent, au cours du xixe siècle, de régler la distance qui existe entre eux et le temps de la rédaction des livres bibliques : plus de deux mille ans, pour l’Ancien Testament, un peu moins, pour le Nouveau. La société a évolué sur des questions essentielles, la référence à la Bible doit en tenir compte : c’est ce qu’exprime une formule allemande, au début du xxe siècle : le Sitz im Leben, autrement dit, le cadre socio-culturel dans lequel les livres bibliques ont vu le jour. Mais cette quête se heurte à l’opposition des protestants conservateurs, plus nombreux dans le monde anglo-saxon, qui mettent au point, au début du xxe siècle, les fondements du « fondamentalisme » : la Bible est infaillible, inspirée dans chaque mot, révélée, elle n’a pas d’histoire. La Création s’est donc faite en six jours, le récit évangélique rapporte l’exacte vérité du ministère de Jésus, et son retour est attendu sur terre pour le jugement des vivants et des morts. Cette intransigeance est fille de la Réforme, qui incitait chacun à lire la Bible personnellement ; mais elle s’en éloigne par le refus de la lecture critique, qui tient compte de l’évolution de la société. Aujourd’hui, le mouvement évangélique s’inspire largement du fondamentalisme et représente une forte mouvance à l’intérieur du protestantisme.

     Le christianisme présente aujourd’hui une grande diversité qui s’accompagne parfois d’un émiettement des communautés. En Amérique, il s’impose comme la religion majoritaire sur tout le continent ; en Afrique, il est en concurrence avec l’islam, mieux implanté à proximité des zones désertiques ; en Asie, il a reflué avec la décolonisation ; en Océanie, il demeure bien implanté ; en Europe, enfin, il est numériquement en déclin, surtout à l’ouest, là où ont progressé les idées de l’humanisme et la laïcité, c’est-à-dire une organisation de la vie autour d’autres valeurs que celles de l’Eglise. Mais ce reflux ne signifie pas un progrès des valeurs athées : la multiplication des communautés hors Eglises, assimilées à juste titre ou non à des mouvements sectaires, s’observe dans les pays protestants, mais aussi catholiques, avec une influence plus grande des sagesses asiatiques que du fondamentalisme. Il est difficile, dans cet amas de choix personnels, de dire de quoi demain sera fait : le christianisme peut redevenir oppressif, comme il l’a souvent été ; mais il peut aussi évoluer vers les valeurs de tolérance et de philanthropie qu’il a héritées de la philosophie grecque et dont il aime montrer qu’il en est porteur.

La diversité des christianisme

     On dénombre aujourd’hui trois ou quatre branches principales de christianisme.

     1) Les Eglises orthodoxes et orientales, souvent classées ensemble, sont bien distinctes : les premières sont héritières de l’empire romain d’Orient ou byzantin ; les secondes se sont opposées à lui, naissant des minorités des grands conciles ou d’une volonté de former une Eglise liée à une nation. Ces Eglises sont implantées au Proche-Orient (Egypte, Syrie, Arménie, Géorgie, Perse), en Europe orientale (Russie, Roumanie, Bulgarie, Serbie, Grèce…) et au-delà (Indes, Ethiopie). La séparation entre l’Eglise romaine et l’Eglise byzantine est consommée en 1054 (schisme d’Orient), les Eglises orthodoxes en sont issues ; elles ont la même théologie que l’Eglise romaine, mais la discipline est différente : en particulier, les prêtres se marient ; la structure n’est pas unique, mais divisée en plusieurs patriarcats, roumain, russe et grec (notamment). Les Eglise orientales sont organisées par nation (Arménie, Egypte, Ethiopie, Géorgie…) ; les prêtres s’y marient et il y a également plusieurs structures : sept Eglises sont de langue arabe, dont six se sont divisées au xviie-xviiie siècle, une branche se ralliant à Rome et l’autre demeurant autonome.

     2) l’Eglise catholique est l’Eglise romaine, héritière de l’empire romain d’Occident ; à la fin du ive siècle, l’évêque de Rome hérite de la fonction de pontifex maximus, qui était un attribut de l’empereur et faisait de lui le chef de la religion officielle ; la lignée des évêques devient alors celle des papes et se présente comme la succession des apôtres. Le pape devient un acteur essentiel de la politique occidentale, favorisant la mise en place de souverains convertis à la tête du Royaume (la France) et de l’Empire (l’Allemagne) et développant un réseau d’abbayes ; les évêques sont recrutés parmi les moines. On repère l’extension de l’Eglise catholique en Europe par celle de l’alphabet latin : jusqu’en Pologne et dans les pays Baltes au nord, jusqu’en Croatie au sud (la Roumanie est un cas particulier). Au sud de la Méditerranée, l’Eglise catholique a reculé avec la décolonisation ; elle s’est en revanche répandue dans le monde entier par la navigation (dès le xvie siècle), puis par la colonisation et la mission, en Asie, et surtout en Amérique et en Afrique sud-saharienne. A elle seule, elle rassemble environ 1 milliard de fidèles.

     3) Les Eglises protestantes se séparent de l’Eglise catholique avec la Réforme (xvie siècle), principalement au nord de l’Europe occidentale. On distingue alors les Eglises luthériennes (ou de la Confession d’Augsbourg), qui gardent un clergé hiérarchisé, mais admettent le mariage des pasteurs et opèrent un retour aux valeurs bibliques : sola scriptura (la Bible est la référence, pas la Tradition), sola fide, sola gratia (le salut vient de Dieu seul, il est lié à la foi de l’homme, pas à ses œuvres) ; les Eglises réformées (ou calvinistes), qui assimilent les pasteurs à des laïcs au service de l’Eglise et adoptent les mêmes valeurs bibliques ; enfin la Réforme radicale, qui a moins une base doctrinale qu’une attitude critique à l’égard des pouvoirs et des institutions : son chef de file est Zwingli, à Zurich. De nouvelles Eglises naissent à partir du xviiie siècle (Eglise méthodiste) et surtout au xixe (Eglises évangéliques), marquées par des tendances conservatrices qui les séparent peu à peu des Eglises issues de la Réforme. Au xxe siècle, la charte des principes fondamentaux (fondamentalistes) génère un nouvel ordre sur des valeurs ultra-conservatrices, qui se répandent principalement aux Etats-Unis et par le prosélytisme des Eglises américaines. Les protestants sont aujourd’hui organisés en deux fédérations mondiales : le Conseil œcuménique des Eglises et la Fédération des Eglises évangéliques. Le protestantisme s’est répandu par la mission, notamment en Amérique, en Afrique et en Océanie.

La Bible chrétienne

     La Bible chrétienne se constitue entre le iie et le ive siècle. Elle comprend : (1) l’Ancien Testament, organisé clairement en deux parties : (a) la Loi ou Pentateuque (Genèse – Exode – Lévitique – Nombres – Deutéronome), qui situe le don de la Loi au peuple hébreu au temps de Moïse, raconte l’histoire de la traversée du désert par le peuple hébreu jusqu’à la Terre promise, et encadre cette histoire du récit des origines (Genèse) et de la répétition de la Loi (Deutéronome) ; (b) les Prophètes, dont l’histoire commence par l’entrée dans la Terre promise et va jusqu’à la prise de Jérusalem par Nabuchodonosor (– 586) et au-delà : Josué – Juges – (Ruth) – 1-2 Samuel – 1-2 Rois ; Isaïe – Jérémie – (Lamentations) – Ezéchiel – les Douze petits prophètes ; (c) d’autres livres, dont le nombre et l’ordre varient, complètent les premiers, leur rédaction est souvent plus récente ; (2) le Nouveau Testament rassemble en tout 27 écrits : (a) les 4 évangiles, selon Matthieu, Marc, Luc et Jean ; (b) les Actes des apôtres ; (c) 21 épîtres, dont 14 de Paul (ou attribuées à lui) et 7 dites « catholiques » ; (d) l’Apocalypse de Jean. La Bible présente des particularités locales qui ne disparaîtront jamais complètement.

     Les différentes parties de la Bible chrétienne existent au iie siècle, mais leur rassemblement en un seul recueil se fait seulement au ive siècle, quand le christianisme devient la religion de l’empire romain. Les auteurs ecclésiastiques sont très nombreux, principalement en grec et en latin : ce sont les Pères de l’Eglise. A côté de leurs œuvres, il existe des écrits et des auteurs non reconnus par l’Eglise : ce sont les livres « apocryphes » et les auteurs hérétiques.

La littérature apocryphe

     Les livres « apocryphes » prolongent, à leur manière, la littérature biblique ; parfois, ils la précèdent, c’est-à-dire qu’ils représentent des rédactions encore imparfaites de certains livres. Les livres apocryphes ne sont pas les parties d’un recueil ; mais pour des raisons pratiques, ils ont été regroupés à l’époque moderne : on parle alors de « littérature intertestamentaire », pour les écrits trouvés à Qumrân, près de la Mer morte, notamment ; des « écrits apocryphes chrétiens », pour toutes sortes d’écrits complétant ou imitant ceux du Nouveau Testament ; et de « littérature gnostique », pour les écrits trouvés à Nag Hammadi, en Egypte, notamment.

L’art chrétien

     Le christianisme a eu un retentissement important sur l’art, en architecture, sculpture, peinture et musique, notamment. On distingue de nombreuses périodes : paléochrétienne, romane, gothique, renaissance, classique, baroque, romantique… Les principaux monuments sont les églises et les abbayes ; les sculptures, les vitraux, les mosaïques, les fresques, les tableaux à sujets bibliques sont innombrables ; et d’autres traitent de vie de saints ou de livres apocryphes ; la musique est avant tout inspirée par la célébration du culte (messes, oratorios, chorals, psaumes et autres pièces à sujet cultuel…). D’autres arts (la danse, le cinéma) ont également traité des sujets inspirés par le christianisme : ainsi, le western est construit sur un schéma typiquement chrétien, où le bon est d’abord maltraité, puis triomphe du méchant.

Quelques mots essentiels

     Le christianisme s’est encore donné un vocabulaire, dont nous retiendrons certains mots :

     Alliance. Mot essentiel, qui évoque le contrat passé par Dieu d’abord avec son peuple (ancienne alliance), puis avec l’Eglise (nouvelle alliance) : ce contrat exige de l’homme fidélité exclusive à Dieu (rejet de l’idolâtrie) et respect de règles essentielles, l’interdit du meurtre et l’interdit de l’adultère ; et Dieu s’engage à mener son peuple vers le salut. Dans la nouvelle alliance, l’homme s’engage à aimer Dieu et son prochain (tout homme qu’il côtoie ou rencontre), et Dieu lui assure la vie éternelle.

     Amour. Le mot désigne non pas la relation amoureuse, mais la relation de générosité à l’égard de l’autre, qui commence par un bon accueil et un partage en fonction de ses besoins. L’amour, c’est aussi le sentiment de Dieu à l’égard de l’homme, et la réponse de l’homme à l’amour de Dieu.

     Ange. Entre Dieu et l’homme, il existe des êtres intermédiaires qui sont des « messagers » de Dieu, les anges. Le monde des anges est plus ou moins développé, selon les traditions.

     Apôtres. Les disciples de Jésus sont envoyés pour prêcher la bonne nouvelle (l’évangile), ce sont les apôtres, c’est-à-dire les « envoyés » de Jésus.

     Baptême. Le rite d’entrée dans la communauté chrétienne est le baptême, rite d’eau, qui s’administrait d’abord par immersion dans le Jourdain, et se pratique le plus souvent par aspersion d’eau sur le front ; mais le baptême par immersion est encore pratiqué par certains mouvements. Le baptême s’applique aux enfants, avec engagement des parents, ou aux adolescents en fin de catéchisme (voire aux adultes nouvellement convertis), avec leurs engagements.

     Création. La Bible commence par un récit de la Création du monde en six jours suivis du jour du repos, le shabbat. Lue comme une image, comme le préconisent les grands courants du christianisme, cette présentation n’est pas en contradiction avec la science. Lus comme une vérité historique datant d’environ 8000 ans, cette histoire est en concurrence avec la science, et un fort courant relativement récent cherche à développer cet enseignement à la place de celui de la science : c’est le « créationnisme », surtout implanté aux Etats-Unis.

     Dieu. Le sentiment religieux de l’homme s’observe dans toutes les sociétés humaines et a fait naître toutes sortes de conceptions de « Dieu ». Dans le christianisme, Dieu est unique, et il a comme concurrent toutes sortes de valeurs ou d’objets qui font rêver les gens : l’or, la puissance, la vitesse, l’exploit, la célébrité… Dieu se définit alors comme celui qui lutte contre la mort en promettant à l’homme une vie meilleure. Mais Dieu a une structure complexe, puisqu’il regroupe en lui plusieurs « personnes » : le père (créateur), le fils (médiateur) et l’esprit (inspirateur et consolateur) ; c’est ce qu’on appelle la Trinité.

     Ecriture. Les chrétiens ont hérité du judaïsme une collection de livres saints, servant de référence à leur religion et de base de lecture lors des services religieux ; et ils ont amplifié cette collection pour former leur référence : la Bible.

     Eglise. La communauté des chrétiens s’appelle l’Eglise. Puis le mot s’est appliqué au bâtiment où la communauté se rassemble ; enfin, il s’applique à l’institution qui dirige et regroupe les croyants. Dans le principe, l’Eglise est une ; comme est une la pousse qui sort du sol, à partir d’une graine. Mais peut-on empêcher la jeune pousse de faire des branches, en grandissant ? La structure initiale s’est très tôt divisée, en gardant un tronc principal. Il existe aujourd’hui des centaines, voire des milliers d’Eglise ; et des efforts pour que ces branches demeurent en contatc les unes avec les autres, malgré les écarts qui se développent.

     Eucharistie. Le deuxième rite des chrétiens, après le baptême, est la communion ou repas d’action de grâce (eucharistie). Généralement pris sous deux espèces, le pain et le vin, il a une double signification depuis son origine : il célèbre la venue du temps nouveau où la vie sera éternalle ; et il commémore la mort de Jésus, par le pain qi représente le corps et par levin qui représente le sang du crucifié. A cause de ce sens, les chrétiens des premiers temps ont été accusés de cannibalisme.

     Evangile. Le mot désigne à l’origine (en grec) la nouvelle de la victoire d’un général ; il veut dire « bonne (eu- ou ev-) nouvelle (-angel- devenu -angile). Dans le christianisme, il veut dire d’abord la « bonne nouvelle » contenue dans la prédication du royaume de Dieu et de la vie éternelle ; puis le mot désigne le livre des paroles de Jésus, puis tout livre contenant la vie de Jésus et ses paroles. La Bible chrétienne a comme livres principaux les 4 évangiles, qui sont au début du Nouveau Testament. L’évangile garde le sens d’une prédication, d’une parole d’espérance.

     Foi. Le mot a deux sens : c’est d’abord, d’après le sens grec, un rapport de fidélité et de confiance entre une personne et une autre ; par extension, la foi est la confiance du chrétien à l’égard de Jésus et de Dieu. C’est ensuite, par rapprochement en latin entre fides, « foi », et credo, « croire », l’adhésion à un certain nombre d’affirmations doctrinales, les articles de foi. Le « salut par la foi » est à prendre plutôt dans le premier sens. La « confesssion de foi » est au contraire à prendre dans le second.

     Grâce. La grâce, c’est le don de Dieu, sous toutes ses formes. Dans grâce, il y a l’idée de gratuité : Dieu donne sans exiger une contrepartie. La nature du don de Dieu est variée : Dieu a donné la loi ; c’est lui qui donne la foi ; c’est encore de lui que vient la (véritable) sagesse. La grâce est l’objet d’un débat : les salut de l’homme est-il grâce de Dieu ? ou l’œuvre de l’homme y est-il pour quelque chose ?

     Loi. C’est d’abord l’ensemble des règles qui régissent un corps social. Dans la Bible, la loi prend un caractère sacré : elle désigne l’ensemble des règles inspirées par Dieu au grand-prêtre du temple de Jérusalem pour que le peuple qui dépend de ce temple devienne un peuple saint, capable d’occuper parmi les nations (croyant en d’autres dieux) le rôle des prêtres dans le peuple. La loi a alors deux versants : le versant moral et le versant rituel. Les principes du versant moral sont résumés dans le double commandement d’aimer Dieu et son prochain. Le versant rituel est à l’origine du repos du dimanche, du jeûne (relatif) du carême, de la piété, de la charité, des pèlerinages et des rites du baptême et de la communion.

     Miracle. Le miracle est une transformation de l’homme (guérison) ou de la nature, qui ne s’explique pas par les lois naturelles connues et qui implique l’intervention de Dieu. S’il s’agit seulement d’un phénomène surnaturel, on parle de « prodige » ; pour dire qu’il y a intervention de Dieu et que par cette intervention Dieu fait avancer son projet, on parle alors de « signe ». Le miracle de la transformation de l’eau en vin, dans les Noces de Cana (Jean 2,1-10) est appelé un « signe ».

     Mystère. Il existe, dans les évangiles, « des choses cachées depuis la fondation du monde » : ce sont des mystères. Le christianisme s’impose au 4e siècle dans l’empire romain en l’emportant sur deux religions à mystère : le culte de Mithra (perse) et celui d’Isis (égyptien). Le mystère concerne le projet de Dieu pour l’homme, dont un petit coin du voile est levé pour ceux qui se destinent au ministère, les prêtres ou les pasteurs. Le mystère est la base de la prédication ; il prend souvent la forme d’un paradoxe, autrement dit quelque chose d’étrange et d’inattendu qui ouvre à l’homme la perspective de son salut.

     Parabole. Parmi les paroles de Jésus mises par écrit après sa mort, certaines proposent une image ou une comparaison : ce sont les paraboles. Le mot grec veut dire « comparaison », et il est devenu si courant qu’il est à l’origine du mot « parole ».

     Rédemption. Le salut promis par Dieu à son peuple, qui devient avec le christianisme l’Eglise, suppose une opération de rachat des fautes commises : la rédemption est synonyme et rachat, et le mot a évolué en français pour devenir celui de « rançon ». Dans la théologie, ce n’est plus l’homme qui rachète sa propre faute, mais la mort de Jésus l’a rachetée d’avance, une fois pour toutes. Jésus est donc appelé le Rédempteur.

     Résurrection. L’Eglise est née de la foi à la résurrection de Jésus, c’est-à-dire que Jésus a retrouvé la vie quelques jours après sa mort. La résurrection, c’est donc d’abord le retour à la vie, la victoire de la vie sur la mort ; mais le mot se charge dans les évangiles d’un sens plus précis : la vie nouvelle est bien personnelle, c’est-à-dire que le ressuscité garde la mémoire de sa vie antérieure ; et elle est corporelle, c’est-à-dire que le ressuscité n’est pas pur esprit, mais qu’il est à la fois corps et esprit, avec un corps subtile devenu incorruptible.

     Révélation. Le mot est synonyme de « dévoilement » : il est donc en rapport avec le mystère et signifie qu’à un moment donné, et pour un public donné, le mystère est levé, son contenu est révélé. La révélation se dit en grec apokalupsis, d’où le français « apocalypse », qui prend secondairement le sens de catastrophe, parce que la révélation contient l’idée d’une transformation radicale des choses, à la fin des temps, assimilable à une catastrophe.

     Royaume. L’idée de la souveraineté du Dieu unique de l’Univers a généré celle du « Royaume (des cieux) », parce que la monarchie était alors la seule référence politique. Cette notion implique que le pouvoir est entre les mains d’un monarque absolu, dont les décisions sont fermes et ne se laissent pas infléchir. Mais la nature même de Dieu et celle de son projet pour l’homme permettent une évolution sémantique de ce mot vers celui de paradis. Cela dit, le mot royaume demeure…

     Salut. Comme le judaïsme et l’islam, le christianisme est une religion de salut, née dans un monde dominé par l’oppression. Puis, le christianisme s’est implanté dans les milieux nantis, et la notion de salut a eu tendance à s’affaiblir, puisque l’idéal n’était plus de perdre ce que l’on avait (du moins dans les milieux favorisés). C’est donc dans les situations critiques que cette notion garde toute sa force : le christianisme a ainsi su faire face à des situations d’oppression, sans fléchir. Malheureusement, cela ne l’a pas empêché de devenir à son tour un oppresseur, jusqu’à vouloir assurer aux gens leur « salut » malgré eux, en leur appliquant les traitements les plus inhumains.

Principaux noms propres de la Bible

     Venons-en à quelques noms propres essentiels de la Bible et à leurs corollaires.

     Adam. Le premier homme s’appelle ’adam, mot hébreu qui veut dire « homme », c’est-à-dire « de la terre » (’adamah). Dieu crée Adam, puis il sépare le masculin du féminin, et ce dernier devient Eve. Ils sont créés adultes et immortels ; mais après avoir mangé le fruit défendu, ils sont chassés du paradis par Dieu et deviennent mortels. Ils ont alors trois fils : d’abord Caïn, puis Abel ; et après le meurtre d’Abel par Caïn, le troisième est Seth : c’est de lui que descend toute l’humanité (Genèse 2-4).

     Noé. Descendant d’Adam à la dixième génération, Noé va être épargné par Dieu du déluge en construisant une « arche », un coffre en bois étanchéisé au goudron. L’arche tient bon pendant l’inondation créée par une pluie de 40 jours et nuits ; eles renferme par couples tous les animaux de la terre (sauf les poissons) et assure la vie renouvelée d’après le déluge, envoyé par Dieu pour punir l’humanité de ses fautes. La descendance de Noé est en principe régénérée. Noé a trois fils : Sem, Cham et Japhet, qui représentent les peuples des trois continents, l’Asie, l’Afrique et l’Europe. Le peuple élu descend de Sem. Après le déluge, Noé est le premier à cultiver la vigne et à boire de son produit, le vin (Genèse 6-9).

     Abraham. Descendant de Noé à la dixième génération, Abraham habite d’abord à Ur, au sud de la Mésopotamie, puis est inspiré par Dieu pour quitter les siens et parcourir tout le « croissant fertile » depuis Ur jusqu’en Egypte. Au passage, il construit l’autel de Dieu à Béthel et au retour, il se sépare de son neveu Loth et se fixe à Hébron. Là il reçoit la promesse de Dieu d’une longue postérité et Dieu fait alliance avec lui. Mais sa femme Sara est stérile : il a un premier fils Ismaël de Hagar, sa servante. Puis naît Isaac de Sara malgré son âge, par la volonté de Dieu. A la demande de Dieu, Abraham est prêt à sacrifier Isaac, mais un bouc meurt à sa place. Isaac épouse Rébecca dont il a deux jumeaux, Esaü et Jacob. Par la ruse de sa mère, Jacob reçoit la bénédiction de son père : il deviendra le père du peuple élu (Genèse 12-28)

     Israël. Jacob épouse deux sœurs, Léa, dont il a quatre fils, Ruben, Siméon, Lévi et Juda, et Rachel, dont il a Joseph et Benjamin ; il aura encore six autres fils de leurs servantes, et une fille, Dina. Puis il reçoit le nom d’Israël. Avec ses fils, il est l’ancêtre des tribus dont se compose le peuple élu. L’histoire se concentre ensuite sur Joseph, qui est vendu comme esclave par ses frères à des marchands. Parvenu en Egypte, il interprète un songe de Pharaon et devient son ministre ; puis il fait venir sa famille en Egypte, lors d’une femine, après avoir pardonné à ses frères (Genèse 29-50).

     Moïse. Le peuple de Dieu est resté en Egypte après la famine qui l’y avait amené, et il est durement traité par les Egyptiens. Alors, Dieu inspire Moïse pour qu’il mène ce peuple hors d’Egypte, jusque dans le désert. La sortie se fait en traversant la mer ; et le peuple rebelle sera maintenu au désert pendant 40 ans. Il y reçoit les tables de la Loi et y vit maintes aventures. Moïse a un frère, Aaron, dont descendent tous les prêtres, et une sœur, Miryam.

     Josué. Le successeur de Moïse est Josué (en grec Jésus), c’est lui qui franchit le Jourdain et fait entrer le peuple dans la Terre promise. Il conquiert ensuite le pays ville par ville et le répartit entre les différentes tribus, saus celle de Lévi, qui a la prêtrise, mais pas de terre (Josué).

     Samson. Après Josué, ce sont des juges qui dirigent le peuple. Les premiers sont Déborah et Gédéons ; et le plus connu est Samson, qui tient sa force de sa chevelure ; trahi par Dalila, qui connaît son secret et lui coupe les cheveux, il est capturé par les Philistins et meurt en détruisant leur temple. La période des juges s’achève avec Samson (Juges).

     David. Le peuple fait bientôt l’expérience de la royauté, avec Saül, choisi par Dieu dans la tribu de Benjamin, tandis que le sactuaire de Siloé est confié à Eli. Mais Dieu suscite un nouveau roi, enfaisant oindre un jeune berger par Samuel, qui a été élevé au temple de Siloé et sert de porte-parole à Dieu. Saül ne laisse pas la place, et David conquiert lentement son trône. David épouse d’abord la fille de Saül, Milka, mais c’est de Bethsabé, la femme dont il tue le mari, qu’il aura une descendance, avec Salomon. Avec David, Jérusalem devient la capitale du royaume (1-2 Samuel).

     Salomon. Le fils de David est l’image d’un grand roi, il a richesse et sagesse. Il fait bâtir le temple de Dieu à Jérusalem, il reçoit la reine de Saba qui vient du bout du monde (le Yemen). Il préserve encore l’unité du royaume dont il a hérité de son père. Mais après lui, le royaume se divise : Israël au nord, avec Samarie pour capitale, Juda au sud, autour de Jérusalem. Les descendants vont progressivement s’éloigner des commandements de Dieu ; et malgré les mises en garde des nombreux prophètes inspirés par lui, Dieu livre les deux royaumes à leur ennemi, d’abord Samarie, puis Jérusalem, qui est prise par Nabuchodonosor, en – 586. Cette défaite est la toute première correspondance avérée entre l’histoire écrite du Proche-Orient et le récit biblique (1-2 Rois).

     Judas. Après une période d’exil, Jérusalem est rebâtie, et le temple reconstruit est confié par Cyrus à une dynastie de grands-prêtres qui ont autorité sur le peuple et qui sont placés sous la suzeraineté des empereurs perses. Puis, à l’arrivée d’Alexandre le Grand (– 330), la suzeraineté devient grecque, avec les rois d’Alexandrie, puis ceux d’Antioche (– 199). La dynastie sacerdotale, qui a tenu bon, est déstabilisée en – 175 par Antiochus IV Epiphane, qui s’empare de Jérusalem et interrompt le culte en – 167. C’est alors que Judas Maccabée prend la tête d’une rébellion, libère le temple et y rétablit le culte en – 164. Après lui, son frère Siméon fondera la dynastie asmonéenne, à la fois sacerdotale et royale, qui tiendra jusqu’à l’arrivée de Pompée (– 63), lequel rattache la Judée à la République romaine (Fl. Josèphe, Antiquités juives).

     Jésus. Jésus naît à la fin du règne d’Hérode le Grand (– 40 à – 4) et du mandat de Simon Boéthos, grand-prêtre d’origine égyptienne au temple de Jérusalem (– 22 à – 5). Il est élevé au foyer de Joseph, et sa mère est Marie ; il a plusieurs frères (Jacques, Judas, peut-être Jean et un autre Joseph) et des cousins (dont Jean le Baptiste). Il reçoit le baptême de son cousin, à l’âge d’environ trente ans, et son ministère commence peu après : il guerit les malades et prêche un royaume d’espérance ; puis il meurt injustement accusé, en avril 30. Les fils d’Hérode et les grands-prêtres y ont vu un danger pour leur pouvoir : ce sont eux qui l’on accusé devant l’autorité romaine, le préfet Ponce Pilate. Mais après sa mort, il apparaît à ses disciples, et une large foule croit qu’il est ressuscité : ce mouvement crée la première Eglise, placée sous l’autorité de ses disciples.

     Pierre. Simon Pierre est le chef des disciples de Jésus, et c’est lui qui dirige la première communauté chrétienne, née en 30 à Jérusalem. Sa prédication s’accompagne d’un enseigne­ment fondé sur les paroles de Jésus, très tôt mises par écrit par un scribe, Matthieu. Comme dans tout le judaïsme d’alors, le chemin du salut est celui de la loi. Puis, Pierre est appelé à partir évangéliser dans d’autres pays, d’abord dans le monde araméen, puis à Rome. C’est là qu’il termine sa vie, sans doute vers 66, peut-être lors de l’incendie de Rome où les chrétiens sont accusés par Néron de l’avoir allumé. Après sa mort, la décision est prise de confier la légitimité suprême à quelqu’un qui aura son statut, et non un membre de la famille de Jésus.

     Paul. Saul de Tarse, formé par les pharisiens à Jérusalem, approuve d’abord la persécution des chrétiens ; puis il a la vision de Jésus supplicié sur le chemin de Damas et se convertit : il devient l’apôtre Paul. Son ministère se déroule pendant les années 50 : constatant que les chrétiens d’origine juive et païenne ne sont pas mis sur le même plan, à cause de la loi, il élabore une doctrine qui est à la base de celle de l’Eglise chrétienne : la mort de Jésus rachète l’humanité de son péché, et le salut s’obtient par la foi en Jésus. Ses principales lettres ont été conservées et figurent dans le Nouveau Testament. Arrêté à Jérusalm en 58, il est jugé, puis transféré à Rome à sa demande, où il arrive vers 61 ; et il meurt probablement en 63.

     Jacques. A Jérusalem, après Simon Pierre, la direction de la commnunauté est confiée à Jacques, sans doute vers 43. Jacques est le frère de Jésus, mais il dirige la communauté sans se prévaloir de sa parenté avec Jésus, qu’il tient pour le véritable maître et à qui il prête une nature divine. En 62, à la faveur d’un flottement du pouvoir, il est question que Jacques soit nommé grand-prêtre, bien qu’il soit comme Jésus laïc de naissance. Mais cette candidature échoue et Jacques meurt assassiné. Il laisse le souvenir d’avoir été le premier évêque de Jérusalem, et un membre de la famille de Jésus lui succédera en 71, formant ainsi comme une lignée dynastique après Jésus. Mais celle-ci demeurera ensuite sans suite.

     Jean. Jean est avec Paul l’un des deux principaux auteurs du Nouveau Testament. On ne sait rien de sûr sur son origine : peut-être est-il apparenté à Jacques et Jésus ; au moins Jésus lui manifeste-t-il une affection particulière. Sous sa plume inspirée, la parole de Jésus devient une parole d’amour destinée à tout être humain et d’abord les faibles et les rejetés. Jean est appelé à co-diriger la communauté de Jérusalem avec Pierre ; mais il semble la quitter après le départ des Hellénistes, qui entrent en dissidence vers 34, avant la conversion de Paul. On perd alors sa trace jusqu’après 70, où il est bien implanté Ephèse et y dirige moralement l’Eglise depuis son exil, à l’île de Patmos, où il écrit son Apocalypse.

     Ces quatre personnages semblent avoir marqué durablement les courants du christianisme : Pierre, l’Eglise catholique ; Paul, les protestants ; Jacques, les Eglises orientales ; et Jean, les Eglises orthodoxes.

 

Bibliographie :

1) Régis Ladous, « Le christianisme », dans R. Ayoun – G. Bencheikh – R. Ladous, Initiation au judaïsme, au christianisme et à l’islam, Paris, Ellipses, 2006, p. 125-245.

2)Brigitte Dumortier, Atlas des religions, Paris, éd. Autrement, 2002.

3) Serge Lafitte, La Bible et le Coran, Paris, Plon, 2006.

4) La Bible, Ancien et Nouveau Testaments, (il en existe de nombreuses éditions, avec ou sans notes).

 

Last Updated on Sunday, 19 August 2012 15:52
 

Promotion 1963

MLFcham Promotion 1963

Giverny - Mai 2004

MLFcham Giverny - Mai 2004

Athènes - Oct 08

MLFcham - Athènes - Octobre 2008

Promotion 1962

MLFcham Promotion 1962