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Vers la fin de l'exception arabe ? PDF Print E-mail
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Written by Hasni Abidi   
Monday, 07 February 2011 09:51
*Vers la fin de l'exception arabe ?*



Les gouvernements arabes ont échoué sur tous les fronts : faillite de l'Etat
développeur miné par sa nature patrimoniale et grevé par les rentes de
situation ; faillite de la libéralisation économique, mise au service d'une
oligarchie égoïste qui en a ignoré les conséquences sociales ; faillite de
régimes sclérosés qui ont eu recours à des aménagements de façade et à des
ouvertures au rabais afin de vendre à l'étranger leur image de garants d'une
stabilité devenue obsessionnelle pour l'Occident, au lieu d'engager des
réformes véritables ; faillite, enfin, des grands projets politiques, avec
les naufrages successifs des tentatives unitaires, les défaites répétées
face à Israël, la désintégration de l'Irak, la scission du Soudan... Le
citoyen arabe se retrouve démoralisé, fatigué des slogans creux et accablé
d'un indéfectible sentiment d'humiliation.

<http://pubs.lemonde.fr/5c/ZOP-LEMONDE/articles/tall/605571119/Middle/OasDefault/default/empty.gif/35633830356664333464346232393330>

Au lendemain de la chute de Ben Ali en Tunisie, la perspective d'un effet
domino est dans toutes les têtes. L'Egypte, le plus peuplé des pays
arabophones, jadis grand frère et pionnier du renouveau nationaliste, est
peut-être le seul qui soit en mesure de faire basculer l'ensemble de la
région. Or nombreux sont ceux, en Egypte et ailleurs, qui ont souligné le
caractère particulier du pays des pharaons : *"L'Egypte n'est pas la
Tunisie, les différences sont flagrantes."*

Il faut dire d'abord que l'Egypte n'a pas attendu l'exemple tunisien pour
commencer à bouger : en 2006, on comptait déjà 266 actes protestataires
(grèves et rassemblements), puis 614 en 2007, 630 en 2008 et 700 en 2009.
Ces mobilisations étaient liées à des demandes de types social et salarial,
auxquelles se sont ajoutées des revendications rendues de plus en plus
pressantes par la privatisation des services publics (santé, éducation,
etc.). En revanche, il est vrai que les mouvements protestataires égyptiens
sont restés longtemps sectoriels, enclavés et atomisés, se contentant d'une
satisfaction partielle des demandes.

Cette situation a généré un "leadership du service" : on acquiert le statut
de leader si l'on réussit à répondre aux besoins des membres du mouvement
(ouvriers, fonctionnaires...). Quant à la Fédération générale des syndicats
égyptiens, elle est un instrument du régime. Fonctionnant par cooptation,
elle est déconnectée de sa base sociale et ne prétend à aucune
représentativité. Le pouvoir en place en Egypte s'est donc rassuré en
faisant passer pour routinières les protestations sociales, en cherchant à
leur ôter tout caractère politique.

*Instrument du régime*

Il en va tout autrement en Tunisie. L'Union générale tunisienne du travail
(UGTT), qui comprend plus de 600 000 membres selon ses dirigeants, apparaît
comme une institution ancrée dans l'histoire du pays puisqu'elle a joué,
dans les années 1970 et 1980, un rôle politique important par sa
confrontation avec le pouvoir. Certes, avec l'avènement de Ben Ali, son
caractère oppositionnel s'est réduit. Cependant, son rôle médian entre la
société et le pouvoir n'a guère changé. De ce fait, son soutien visible aux
protestations de décembre 2010 a été décisif pour modifier les rapports de
force.

Il y a eu aussi la classe moyenne urbaine, cultivée et "connectée", qui a
vite donné des accents politiques aux revendications sociales. Les
manifestants des villes de l'intérieur ont réussi à assaillir les forces de
l'ordre et à les épuiser. La finition a été l'oeuvre de Tunis, où réside le
pouvoir central. C'est encore un contraste avec l'Egypte, dont la classe
moyenne est fragile à cause des problèmes économiques. Le taux
d'alphabétisation n'est que de 60 %, contre 90 % en Tunisie, d'où la
difficulté chronique des Egyptiens à faire le lien entre frustration
économique et despotisme, à faire le passage du social vers le politique.

Et pourtant, un simple appel sur la Toile pour crier *"Moubarak,
dégage !"*a suffi pour galvaniser la foule. La nouvelle génération
semble s'être
affranchie de la chape de plomb qui pèse sur le pays depuis des décennies.

Tous les regards convergent désormais vers la Tunisie. Une transition
démocratique réussie donnerait des ailes à tous ceux qui, dans le monde
arabe, veulent sortir de l'autoritarisme. Si une situation trouble et
confuse s'installe, l'autoritarisme pourrait revenir en force. L'armée
tunisienne a été un acteur majeur du renversement de Ben Ali. Les causes
profondes de la révolte populaire - l'injustice, la crise économique et le
mépris institutionnalisé - sont toujours là et ne disparaîtront pas du jour
au lendemain.

Nul ne peut prévoir l'avenir, mais les événements en Tunisie ont pris tout
le monde de court. La première victime de ce mouvement de révolte dans
l'espace arabe est le paradigme culturaliste. Longtemps, la politologie a
baigné dans l'idée d'une particularité culturelle du monde arabe pour en
expliquer les déficits chroniques en matière de démocratie. La rue a eu
raison du différentialisme arabe.

Hasni Abidi, politologue, directeur du Centre d'études et de recherche sur
le monde arabe et méditerranéen (Cermam) à Genève Article paru dans
l'édition du 05.02.11
Last Updated on Sunday, 12 June 2011 11:48
 

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