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Extraits de poèmes de Aïcha Arnaout PDF Print E-mail
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Written by Aïcha Arnaout   
Tuesday, 15 March 2011 12:47

http://terresdefemmes.blogs.com/mon_weblog/2006/04/acha_arnaoutla_.html

 

Née à Damas (Syrie) le 13 octobre 1946, Aïcha Arnaout vit à Paris depuis 1978. Son œuvre poétique, traduite au Liban et au Yemen, l’est aussi dans les principales langues européennes.




AÏCHA ARNAOUT

Arnaout
Ph. D.R.


■ Aïcha Arnaout
sur Terres de femmes


Dans les eaux du glacier originel
Être et désêtre
Aïcha Arnaout, Alain Gorius/La fontaine

 

 

Aïcha Arnaout | La traversée du Blanc


Un_regard_compact
Image, G.AdC





LA TRAVERSÉE DU BLANC
(extrait)



« Tes plantes de pied brûlées
entre deux infinis
et tu n’es qu’à mi-chemin
vers ce blanc vertige

les dunes migratrices
attisent les distances
froissent les temps

ne restera de toi
qu’une ombre sans pas
dans l’assonance des abîmes

qu’un regard compacté
dans la chair des mots. »

Aïcha Arnaout, « La traversée du Blanc » in Revue poétique Confluences poétiques n° 1, « La poésie en France », Mercure de France, mars 2006, page 25.

 

 

DANS LES EAUX DU GLACIER ORIGINEL



« Dans les eaux du glacier originel
j'étais limpide
jusqu'à ce que la lune m'ordonne de paraître
et que la tempête vienne s'allonger sur mon corps

Impétueux comme l'ivresse des première fontes
mon cri n'est pas parvenu aux scarabées volants
Je l'ai étouffé dans le sable

On entendait autre chose
que l'écho et le râle des oiseaux
On voyait autre chose
que les eaux éplorées et la tornade de l'horizon. »



Aïcha Arnaout, Fragments d'eau et autres poèmes, Al Manar, Collection Méditerranées, 2003, page 21. Traduction d'Abdellatif Laâbi.



Arnaout 4
Ph. angèlepaoli





ÊTRE ET DÉSÊTRE


D'après l'ombre et tes multiples mues
tu es destiné à l'émersion et l'extinction
pour toujours

parmi de fins miroirs
tes images laminaires se déboîtent
se pourchassent
se dévorent

mystérieux itinéraire
à perte de souffle
être et désêtre à tout instant
sans relâche.

              Elle dépistait ses images possibles
dans les vertiges de l'univers
sur les lèvres des plaies galactiques
parmi leurres et lueurs

l'incertitude nourricière ne faisait que commencer

elle frôlait sa mutation spirale
dans la lave matrice
hantait les nulles parts
pour regagner son espace
immolait l'errance de ses ombres
sur l'autel de l'isthme primordial
et ne trouvait que poussière et cendres

la voilà de retour au siège de l'éphémère
vibrante de son immense vertige
elle s'installe
rejeton
dans son exil d'être.

Du désordre flottant au chaos originel
de la confusion des sens à l'intuition primale
de l'imperméabilité des ombres à l'état translucide

devenir
savoir comment vraiment mourir
comment se loger

tous les jours
en paix
dans son cercueil

détaché des chaînes luxuriantes
déplumé des accessoires chimériques
déraciné de son propre nom

se loger entier
là où cessent
le bruissement du cœur
le bourdonnement des pensées

devenir
affleurer à tout instant

son vif néant
affranchir de leurs exils
ses fantômes et ses ombres
se faufiler
flou d'images sans confins
liquidité des formes de l'avant gestation

devenir
constamment s'enfanter
plus familier à soi-même.

Les mues de l'ombre
que je suis
ne sont que les traces
de mes exils d'être.

Tu défibres ton corps hétéroclite
jusqu'aux confins de sèves
jusqu'à la grappe aînée
de tes cellules d'embryon

une vie durant
tu n'as été qu'un accident de parcours
parmi des momies frénétiques
des cadavres ambulants
des dieux criquets escortés de bouffons

étrangère pour toujours
personne n'a parlé de ta moelle fossile
des triticites de tes champs intérieurs
la déchirure était ton remède

le néant ton retour
le périple du sevrage était lent
hésitante

tu palpes ta gestation insolite
dans le vif argent des miroirs trompeurs

tu grignotes ta solitude mielleuse
l'attente blanche au bord de l'iris d'origine
l'enstase des doigts dans le plasma des mots
la félicité de l'errance
la déflexion d'une imperméable lueur
qui te propulse
vers l'ambre primordial.

Être et désêtre
et nul paradoxe
             des cendres de chacun renaît l'autre

les passions conduisent à la vacuité
la vacuité accueille l'émerveillement
l'émerveillement seuil de l'extinction
de l'extinction émane la grande passion
et nulle frontière

être et désêtre
osmose fertile
sans stigmates
ni cicatrices.


Aïcha Arnaout, Être et désêtre, Extraits, in Côté femmes, d'un poème l'autre, Espace-Libre, Alger-Paris, 2010, pp. 13-14-15-16. Poèmes réunis par Zineb Laouedj et Cécile Oumhani.




NOTE D'AP : ce poème a été dit par Aïcha Arnaout le samedi 19 juin 2010 à la librairie La Terrasse de Gutenberg (75012 Paris), à l'occasion de la publication de l'anthologie Côté femmes, d'un poème l'autre, à laquelle j'ai moi-même participé.
 

Aïcha Arnaout, Alain Gorius/La fontaine

 


Restant l-- sur le chemin- dans l-attente des corbeaux(2)
Photocollage, G.AdC






ELLE COURAIT



E
lle courait, et le froid qui montait de la terre enneigée la déchirait de ses épines ; elle n’atteindrait peut-être pas la fontaine au pied de la hêtraie ; elle tomberait glacée, sa nudité décharnée restant là, sur le chemin, dans l’attente des corbeaux ; sa servante avait fui, et quand bien même un paysan se serait aventuré à cette heure en pareil endroit, il ne lui aurait été d’aucune aide ; trop de bruits avaient couru sur le château et sa maîtresse vieillie dans la folie ; trop de haine, puis trop d’oubli s’était appesanti sur elle qui était restée, dans l’espoir que pas un de ceux qui lui avaient donné la seigneurie de l’Escalette ne revint de sa croisade.


    Une vieille constellation
    embaumée des relents d’une lente mort
    frémissante de tant de souvenirs
    qui se déchirent et délirent
    Vivre l’ardeur de la chair jusqu’au bout de la veine
    jusqu’à l’abîme
    dans l’alchimie nécromancienne du ravage charnel
    parmi les fleurs séminales des monstres
    aux visages décousus
    qui partagent ta couche

    Vivre les fibres de l’âme jusqu’au bûcher du ciel
    l’autopsie des marées mortes conduites par les anges
    la divergence saisonnière de l’espérance et du doute

    et finir
    en hibernation dans la peau craquante de la démence



Aïcha Arnaout, Alain Gorius, La Fontaine [troisième titre du Triptyque de Lodève], Al Manar, 2009, pp. 16-19. Dessins de Diane de Bournazel.






Diane de Bournazel

Peinture de Diane de Bournazel
in Aïcha Arnaout, Alain Gorius, La Fontaine
Al Manar, 2009, page 17.

 

 

 

 

 

 

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