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La religiosité polythéiste. Pompéi. PDF Print E-mail
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Written by histoire-theologie-chretienne.org   
Friday, 20 May 2011 09:20


Dans les vestiges de Pompéi, conservés sous son recouvrement par l’éruption du Vésuve (79 ap.J.C.) la recherche archéologique peut lire la vie quotidienne d’une cité à l’époque de l’empire romain. Bien entendu, depuis sa redécouverte au XVIII ième siècle, les recherches, dont toutes n’étaient pas inspirées par la curiosité historique, ont fait perdre bien des données. Déjà même sans doute, après la destruction de la ville, ce qui paraissait accessible fut l’objet de récupérations. Il semble bien par exemple que le sommet du Capitole, ou temple de Jupiter, émergeait au-dessus de la nappe de lave.

La ville existait depuis la fin du VII ième s. Elle est devenue étroitement dépendante de Rome en l’an 80 av.J.C., lorsque Rome y installe deux mille familles des vétérans de ses légions. Jusque-là elle était autonome, centre d’une région prospère qui vivait surtout de la culture de la vigne et de la proximité de la mer. En l’an 69 ap.J.C. elle subit déjà un tremblement de terre qui met à mal beaucoup de ses monuments. Les recherches modernes ont permis de se rendre compte que leur restauration avait bien avancé avant l’an 79. Ce que l’on a retrouvé c’est donc surtout les vestiges de la ville dans le contexte de sa vie en étroite corrélation, politique, économique et religieux avec le pouvoir impérial de Rome.

Si les innombrables statues qui la peuplaient ont généralement disparu, l’esprit de la ville se laisse distinguer sous les décombres, par les peintures qui se sont conservées. On y saisit l’omni présence de l’esprit religieux : dans la vie officielle de la cité, dans les relations de voisinage en chaque quartier, dans la vie des familles, sans oublier le secteur des activités professionnelles. Aucun des aspects de la vie n’était purement profane. Le divin imprégnait tous les aspects de la vie des hommes. La « piété », c’est-à-dire, dans le langage courant de l’époque, la propension à penser que tout se trouvait sous le pouvoir immédiat des dieux, et qu’il ne fallait donc pas négliger de leur rendre hommage par de fréquents gestes de culte, si minimes soient-ils, faisait partie de l’état d’esprit de quiconque se souciait de son honneur de bon citoyen.

La vie publique.

Autour du forum voué à la vie publique sous les deux aspects auxquels aujourd’hui nous pensons tout de suite (gestion administrative, vie sociale quotidienne), se trouvaient quatre grands temples. Ils étaient voués chacun à l’un des dieux majeurs : le Capitole ou temple de Jupiter, le temple d’Apollon, celui de Vénus, patronne de la ville, et celui de l’empereur Auguste divinisé ; dans des rues toutes proches, deux autres chapelles.

Au quartier des théâtres, trois sanctuaires entouraient les édifices de spectacles : celui d’Isis, déesse du mariage et de la famille, celui d’Esculape, et un plus ancien, mais qui était lui aussi en service au jour de la destruction de la ville.

En général les temples se trouvaient protégés par une haute muraille qui pourrait évoquer un mur de forteresse. A l’intérieur, la demeure du dieu, c’est-à-dire de sa statue se trouvait tout au fond dans une pièce parcimonieusement éclairée, évoquant le mystère de la distance incommensurable qui sépare du divin ; celui qui voulait y déposer son offrande n’y entrait qu’avec la permission du gardien. En revanche, au devant, le portique recevait l’ensemble des visiteurs. Au pied des colonnes étaient disposées les statues de quelques autres divinités. Le nombre ajoutait au caractère sacré du lieu.

Il appartenait exclusivement aux représentants des familles les plus en vue par leur assise sociale et économique de présider aux offices lors des fêtes en l’honneur du dieu ou de la déesse. Cela commençait d’abord dans les rues par la procession qui conduisait les animaux voués au sacrifice. Après l’immolation des bêtes devant l’autel situé face au temple, la viande était partagée entre les dieux et les participants. Pour les premiers, elle était brûlée sur l’autel. Les officiants participaient ensuite au banquet sacré dans une pièce attenante. Dans la ville voisine d’Herculanum, détruite aussi par le Vésuve, on en a retrouvé des traces pour le jour même de l’éruption du Vésuve. Des distributions de parts étaient faites à l’assistance ; celle-ci cependant ne pouvait comporter qu’une assez faible partie de la population, vu la relative exiguïté des lieux ; mais dans l’amphithéâtre, des spectacles, jeux, musiques, combats de gladiateurs assuraient à l’ensemble de la population la suite de sa participation à la festivité en l’honneur du dieu.

Dans chaque quartier ou carrefour il revenait également aux familles dominantes du voisinage d’élever le petit temple, ou dans un mur, l’alvéole de la statue du dieu ou simplement la peinture le représentant. On y célébrait entre voisins la fête locale, avec sacrifice, procession dans la rue principale, festivités et banquet collectif.

Si les femmes n’avaient pas accès aux fonctions de gouvernement, certaines charges de culte pouvaient être réservées aux grandes dames de la ville, notamment dans le culte rendu à Vénus, la déesse protectrice de Pompéi.

En définitive, c’est donc beaucoup sous l’égide du sacré que cherchait à se garantir la concorde sociale, dans une société où il existait de très grandes disparités, depuis les grands propriétaires terriens, jusqu’aux esclaves, en passant par les affranchis. Ces fêtes contribuaient à assurer la « paix des dieux », c’est-à-dire la garantie de leur protection pour toute la communauté.

La religion à l’intérieur des familles.

« Qu’y a-t-il de plus sacré que la demeure de chaque citoyen ? demande Cicéron. C’est le lieu de ses autels, de ses foyers, de ses dieux Pénates, de ses sacrifices, de ses dévotions, de ses cérémonies » (De domo sua). Chaque famille assurait en effet à ses dieux particuliers, ou dieux lares, un lieu de culte, le laraire. Cela pouvait se présenter comme une chapelle ou comme un petit autel ou simplement dans une mur sous la forme d’un niche creusée portant la petite statue ou les statues du ou des lares, avec toujours des peintures où pouvait figurer, avec le dieu, le maître de maison.

L’importance de ce culte était si important qu’à Pompéi on a mis à jour, sous la lave, des personnes qui fuyaient la catastrophe avec, dans leur bras, la statuette du dieu lare : il n’était pas question d’abandonner le dieu de la famille. Par ailleurs la conservation de scènes peintes atteste dans certaines maisons qu’elles venaient manifestement d’être rafraîchies quelques jours avant le déferlement de la lave. Les dieux lares étaient l’objet d’un culte très attentif.

On attendait d’eux la protection de toute la maisonnée et même la surveillance en cas de danger venant de l’extérieur. Aussi leur emplacement était-il choisi de telle sorte que, de là, s’aperçoivent les entrées des diverses pièces. Dans les riches demeures, le coffre-fort avait sa place sous cette surveillance directe.

D’autres dieux étaient parfois représentés à côté du dieu Lare. Vénus y trouvait souvent sa place, comme le dit cette inscription : « Méthé, esclave de Cominia, aime Chrestus. Que Vénus Pompéienne soit propice à tous les deux et qu’ils vivent toujours en bonne entente. » (P.266) En revanche un Pompéien victime d’une grande déception sentimentale n’hésite pas à s’en pendre furieusement à la déesse : « Que vienne ici qui est amoureux. A Vénus je veux casser les côtes avec mon bâton ; à la déesse je veux briser les reins : si elle est capable de transpercer mon tendre cœur, comment ne pourrais-je pas lui casser la tête avec mon bâton ? » p.20

Chaque fois, en dessous de la peinture du dieu Lare se trouvait la représentation d’une ou deux grandes couleuvres : dans les lieux publics comme privés, le serpent était le signe de l’insondable mystère que le divin restait pour tout le monde en dépit de la convention qui faisait représenter les dieux sous forme humaine. On ressentait comme dangereux de perdre le sens de l’indéfinissable, de la force secrète dont la totalité du visible est le signe. La figuration omni-présente du serpent dans les représentations du religieux exprimait cette façon de reconnaître et de s’avouer le sens du mystère inaccessible sous-jacent au pur fait de l’existence du Tout.

Les Lares faisaient l’objet de formes de culte souvent très simples ; on les regardait comme des membres de la famille. Le maître de maison ne rentrait chez lui qu’en leur dédiant quelque grain d’encens. C’est à lui évidemment qu’il appartenait d’offrir un sacrifice aux lares quand il le jugeait utile. D’après les peintures de Pompéi, c’était en général le sacrifice d’un porc ou d’un mouton. Lors du repas, le chef de famille portait un toast aux Lares. Ceux-ci présidaient évidemment à toute la vie de famille : naissances, mariages et même départ en voyage. Le culte ordinaire consistait dans l’offrande d’encens, de fleurs en guirlande ou même d’aliments ordinaires qui ensuite étaient consumés dans la flamme de la lampe à côté du dieu ; souvent ce sont les serpents qui viennent s’y servir. (tableau p.251)

Plutarque se fait l’interprète de l’idée générale de cette religion lorsqu’il écrit : « Ce n’est pas l’abondance du vin ou de la viande rôtie qui crée la joie et fait vibrer nos fêtes, mais le solide espoir et la ferme croyance que le dieu est présent dans toute sa bienveillance et accepte avec grâce ce qui lui est offert » (p.195)

Les dieux de la vie professionnelle.

La visite attentive de Pompéi permet de voir que la vie économique se présentait toujours sous le patronage des dieux. La devanture des divers ateliers et des commerces portait la peinture du dieu qui avait quelque rapport avec l’activité exercée à l’intérieur.

Ainsi, Vesta était la déesse traditionnelle des boulangers, Bacchus, le dieu évident des auberges ainsi que des travaux de la vigne, Mercure, celui de la généralité des commerces. La plupart du temps les dieux Lares figuraient à côté du dieu principal.

Images p.307 : Bacchus au milieu des vignes.299 : Vesta entre les Lares, dans une boulangerie. ; 217 Procession des artisans du bois ; 320 le dieu de la rivière qui traverse le territoire autour le Pompéi, le Sarno, patron du transport des marchandises par cette voie fluviale.

Documentation : Quotidien des dieux et des hommes. W.V.Andringa. Ecole française de Rome. 2009. Les citations comme les reproductions de photos sont tirées de cet ouvrage. Le numéro de la page est indiqué.

Entre les Lares, Vesta, déesse des  boulangers

Entre les Lares, Vesta, déesse des boulangers (p.299).

Procession d’artisans du bois (p.217).

Procession d’artisans du bois (p.217).

Sarno, le dieu de la rivière d Pompéi et du transport fluvial (p.320).

La fresque de la villa des Mystères.

Cette superbe fresque se trouvait dans une villa suburbaine. Elle ne pouvait appartenir qu’à une riche famille, sans doute propriétaire d’un grand vignoble environnant. Elle a été peinte vers 70-6O av.J.C., soit dix ou vingt ans après la colonisation romaine de Pompéi. Les personnages sont grandeur nature. Des interprétations très divergentes sont avancées. Celle qui inspire la présentation ci-dessous doit beaucoup à l’une des études les plus récentes et les plus approfondies, celle de Gilles Sauron « La grande fresque de la villa des Mystères à Pompéi » Ed. Picard. (Quelques images lui sont empruntées).

Supposons que nous sommes sur la porte d’entrée de cette pièce rectangulaire. Nous apercevons face à nous, sur le mur du fonds deux scènes : à gauche un groupe comprenant un silène et deux demi-dieux ; l’un de ceux-ci, ceint d’une couronne de lierre, symbole de Dionysos, regarde au fonds d’une coupe, tandis que l’autre enlève le masque au silène ce qui permet à celui-ci de détourner son regard de ce qui est représenté à sa gauche. Il s’agit du jeune Bacchus presque nu, en état manifeste d’ébriété. Il a perdu l’une de ses sandales et lâché la tige de son haut insigne, le thyrse. Son buste est affalé sur les genoux d’une dame dont le haut du corps a disparu lors d’un accident survenu à la peinture. Elle est assise sur un siège plus élevé, ce qui signifie qu’elle est déjà parvenue au stade divin. Il s’agit de Sémélé, la mère de Dionysos. L’une de ses mains repose sur l’épaule de son fils comme pour le protéger.

Sur le mur de droite qui, à partir de l’entrée, expose ce qui a conduit à cette scène, le peintre a raconté comment la mère et le fils en sont arrivés là : En nous supposant toujours sur la porte d’entrée, nous avons à notre droite, Sémélé en jeune femme, aux mains de sa coiffeuse : elle se prépare à l’union avec Zeus, d’où, selon la légende, va naître Dionysos. Ensuite voici une jeune femme, qui danse, nue avec tout juste une étoffe enroulée qui va de l’une des épaules entre les genoux. C’est la jeune Sémélé.

En nous rapprochant encore de la scène centrale, la voici à genoux, la tête et les avant-bras appuyés sur les genoux d’une servante qui semble vouloir la protéger d’un danger qui arrive de leur gauche :

Une démone ailée brandit en effet une verge  dans leur direction : Sémélé, selon son épopée mythologique, avait demandé à voir Zeus dans toute sa gloire. Elle en est punie : elle est foudroyée lors de la naissance de Dionysos ; la tige menaçante représente la foudre de Zeus; Sémélé serait donc morte en couches. Entre la démone et la scène centrale, une servante s’apprêtait à découvrir le van dans lequel repose le bébé.

Si nous revenons alors à gauche des deux scènes du fonds – Dionysos ivre et le trio silène et demi-dieux – voici la spectaculaire peinture d’une femme debout qui, dans une attitude éloquente de déni se détourne de ce que voyait l’un des demi-dieux au fonds de la coupe c’est-à-dire sans doute l’ébriété de Dionysos et bien sûr l’ensemble de son destin : avant d’accéder à l’Olympe, il avait été victime d’une mise à mort atroce dans la dislocation et l’arrachement de tous ses membres. Athéna avait recueilli sa tête, ce qui lui avait permis de devenir l’un des dieux. C’est la dame qui a commandé la fresque qui s’est fait représenter dans cette attitude de refus ; refus de quoi ? Celui de la perspective d’un avenir dionysiaque pour ses enfants, comme le voit peut-être le demi-dieu au fonds de la coupe ?

A sa droite, se trouve alors représentée l’antithèse des excès dionysiaques : ici le silène, tête couronnée maintenant non plus de lierre, signe de Dionysos mais de laurier, symbole d’Apollon, joue de la lyre tandis que l’un des demi-dieux, joue du pipeau. L’autre, une demie déesse plus exactement, donne le sein à un tout jeune chevreau, dans une évocation champêtre selon le style mythologique.

Juste après, en remontant vers l’entrée, voilà encore la dame, assise, tandis que trois servantes lui apportent des plats ; est-ce pour la table ou s’agit-il de la préparation d’une offrande aux dieux ?. Enfin la voici, dans une pose solennelle, une main sur la hanche, et qui assiste, manifestement satisfaite, à la leçon de lecture que son enfant, adolescent bien élancé, reçoit de l’éducatrice : scène antithétique par rapport à celle de l’ivresse du jeune Dionysos.

Enfin, à notre gauche, sur le mur qui fait face aux deux scènes du fonds, c’est encore la mère qui s’est fait représenter, assise, drapée de ses plus beaux atours. Elle a devant les yeux toute la série de la fresque, c’est-à-dire selon toute vraisemblance, ce qui lui semble la créditer pour une existence définitive dans l’au-delà.

Bacchus recueilli par sa mère dans son statut divin.

La foudre sur la jeune maman.

« Oh non ! pas ça !»

La maman, à la leçon de lecture de son enfant.

En définitive, il apparaît bien que le polythéisme, en exprimant l’omni présence du divin dans la nature et dans la vie des hommes, reflète éloquemment la source du sentiment religieux : la prégnance du mystère du Tout. L’homme se sent dominé de tous côtés par de la puissance secrète. Il ne peut s’empêcher d’y supposer de l’intentionnel, du calculé. La religiosité polythéiste l’exprime en ses conceptions et images largement anthropomorphiques.

Cependant, par le fait même, la tentation est grande d’imaginer des dieux selon nos vœux, des dieux qui nous arrangent ; de là des évocations d’un divin tantôt fantaisiste dans sa poésie, tantôt complice d’excès de toutes sortes. Le polythéisme est allé ainsi, par exemple dans le culte de Dionysos-Bacchus, jusqu’à en faire la justification de modèles de vivre bien peu reluisants : il s’était créé à Rome sous le patronage de Dionysos, une affiliation plus ou moins secrète et qui en était arrivée à toutes sortes d’excès ; jusqu’aux crimes les plus monstrueux. Le Sénat romain fut obligé de sévir (186 av. J.C.) : 7000 personnes furent arrêtées et 3000 mises à mort. On comprend donc le souci de la dame pompéienne à élever son fils dans une toute autre direction.

Finalement, cette religiosité trop commode pour garder indéfiniment son crédit, a donné des signes de fatigue au long des années de l’empire romain. Des sectes diverses, d’origine orientale, la concurrencent. Des esprits sceptiques mettront même les dieux au chômage ; par exemple ceux dont Lucrèce sera le plus typique représentant ; d’autres, à l’époque antérieure, lors de la grande époque d’Athènes (4ième siècle) tout en gardant soigneusement la référence polythéiste, l’accompagnent de recherches rationnelles qui vont ouvrir la pensée philosophique : Socrate, Platon et Aristote. Entre temps le peuple israélite parvient au monothéisme.

Last Updated on Sunday, 03 July 2011 17:51
 

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