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DAMAS Nouvelle de Zakaria Tamer PDF Print E-mail
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Written by Traduction : Abderrahmane Laghzali   
Friday, 08 July 2011 17:54

Il y a très longtemps, vivait un homme nécessiteux dont le visage était une terre sur laquelle il n’avait pas plu depuis plusieurs années. Un jour, il dit à la mer d’une voix tremblante et triste :

« On dirait que tu as donné l’ordre à tes poissons de disparaître. Voilà une semaine que je lance mes filets et que je les retire vides.
-  Si tu veux de mes poissons, tu dois me payer d’abord »

L’homme s’étonna, et la mer lui demanda avec ironie : -Pourquoi tu ne réponds pas ? -Je ne réponds pas parce que je suis surpris : c’est la première fois que j’entends la mer parler comme parlent les hommes ! -Quand il est question d’argent, moi, je parle, et en plusieurs langues. -Moi, comme tu sais, dit l’homme suppliant, je suis un homme pauvre. Je ne possède pas d’argent ; et ma nourriture, je la gagne difficilement après la vente de ce que je pêche de tes poissons. -Que tu sois pauvre ou riche, cela ne me regarde pas. Si tu ne paies pas, tu n’auras que mon eau salée. -C’est comme ça que tu te comportes avec tes amis ? Je ne suis pas ton ami qui t’aime toujours ? Tu admets que ton ami ait faim et qu’il soit humilié ? »

La mer ne lui prêta plus attention et persista dans son refus.

L’homme ne supporta pas la faim et se vit obligé de partir loin de la mer, désolé, fâché. Il marcha des jours sans rencontrer aucune créature vivante ; mais il vit, soudainement, une vieille épée par terre. Il la prit, la contempla. Elle était rouillée et souillée. Il se dit : « J’ai besoin de nourriture, moi, et non d’une épée. Mais, si j’ai de la chance, je trouverai quelqu’un pour l’acheter à un prix raisonnable. » Il se mit à nettoyer l’épée. Il entendit une voix lui dire :

« Demande et tu auras. » Il regarda autour de lui mais il ne vit personne, et continua le nettoyage de l’épée. Après un instant, il entendit de nouveau, la même voix, si proche, dire : « Est ce que tu es sourd ? Tu n’as pas entendu ce que je t’ai dit ? J’ai dit : demande et tu auras. Pourquoi tu ne demandes rien ?

L’homme dit, craintif : « Qui parle ?
-  C’est moi.
-  Et où est ce que tu es ?
-  Debout, près de toi, mais tu ne peux me voir.
-  Qui es-tu ? demanda l’homme plus effrayé ; et qu’est ce que tu veux de moi ?
-  Je suis le serviteur de cette épée que tu tiens maintenant à la main ; et, puisque tu en es devenu le propriétaire, tu as droit à un seul vœu ; quand je l’exaucerai, j’aurai ma liberté et je ne te reverrai plus, ni toi tu n’entendras ma voix une autre fois.
-  Est-ce que je dois comprendre que tu réaliseras tout ce que je demanderai ? dit l’homme perplexe.
-  Un seul vœu ; vas-y, dis ce que tu désires. »

L’homme s’assit par terre et plongea dans la réflexion.

La voix lui dit, fâchée : « Tu t’es endormi ou quoi ?
-  Ecoute ; je voudrais que tu me construises une ville.
-  Et, tu l’aimerais comment ? Vas-y, décris »
-  Une ville sans mer !
-  Tant mieux. Ce que tu demandes n’est pas fatigant pour moi. Construire sur du sable n’est pas aussi difficile que sur la terre.

Enthousiaste, l’homme ajouta : « Et j’aimerais qu’elle soit la plus belle ville.
-  Elle sera la plus belle, et celui qui la verra aura le coup de foudre et ne pourra jamais l’oublier même s’il visite la terre entière.
-  Et si un étranger y vient, visiteur ou invité se sentira dans son pays natal. Mais s’il y vient un ennemi, envahisseur, qu’il la trouve une terre de tremblements et de volcans en colère. Je la voudrais aussi avec des remparts d’accès difficile et des portes ne s’ouvrant que de l’intérieur.
-  Ferme tes yeux quelques instants puis ouvre-les pour trouver ce que tu désires. » dit la voix à la manière de quelqu’un qui s’étire en baillant.

L’homme ferma les yeux et prêta une oreille attentive ;

le silence régna autour de lui.

Il réalisa qu’il fut trompé par une force invisible qui se moqua de lui. Il se dit alors avec tristesse : « C’est ainsi que la vie traite les pauvres. » Il appuya son dos sur le tronc d’un arbre, désespéré, sans ouvrir les yeux. Mais tout à coup, il entendit la voix lui dire avec ironie et reproche : « Si tu dors maintenant alors qu’il fait jour, tu ne pourras pas dormir la nuit ! Ouvre les yeux »

Il ouvrit les yeux et se trouva assis sur la terre d’une place, dans une ville aux ruelles étroites et maisons contiguës, mais en bons rapports. Il se leva alors plein de joie et d’étonnement, et fit une promenade dans la ville. La ville, avec sept rivières, fortifiée, entourée de remparts, ayant sept portes, lui paraissait telle une créature appuyant son dos contre un mont. Devant lui, s’étendaient de vastes champs verts, bondés d’arbres. Il se dit : « Une ville belle comme celle-ci, il lui faut un nom qu’elle mérite »

Il chercha longtemps un nom assorti mais il trouva dans son esprit des mots pèle mêle : le sang, la démolition, la musique, les joies, la pluie, la lune, le soleil, la férocité. Il associa alors certaines de leurs premières lettres, et en fit un nom pour sa ville : DAMAS

L’homme ne vit pas seul à Damas. Beaucoup de gens y vinrent, l’intronisèrent roi. Et, quand il mourut, ses fils et ses petits fils se léguèrent le pouvoir les uns aux autres.

Certains étaient printemps et d’autres feux

Zakaria Tamer(Syrien)

Traduction : Abderrahmane Laghzali



Publié le 16 mars 2010  par Laghzali
Last Updated on Friday, 08 July 2011 17:59
 

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