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Pour se souvenir des siècles de contribution arabe aux sciences PDF Print E-mail
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Written by Suzanne Baaklini   
Friday, 05 August 2011 10:13
r Suzanne BAAKLINI | 05/08/2011
Rim Turkmani.
Rim Turkmani.

Interview L’astrophysicienne Rim Turkmani a été sensible au cours de sa carrière à la mise en valeur du rôle historique des scientifiques arabes dans le progrès de la science. Un rôle souvent occulté ou minimisé selon elle.


Rim Turkmani, astrophysicienne d’origine syrienne, exerce son métier à l’Imperial College de Londres. Au cours d’une intervention à la Conférence mondiale des journalistes scientifiques qui a eu lieu récemment à Qatar, elle a parlé de son intérêt pour l’histoire de la science arabe, pour laquelle elle a consacré de nombreuses recherches et une exposition.
Dans un entretien accordé à L’Orient-Le Jour en marge de la conférence, Rim Turkmani précise que ses recherches dans ce domaine se sont concentrées sur la période du XVIIe siècle, celle de la révolution scientifique. « Il est bien connu que la période où les scientifiques arabes et musulmans ont le plus influé sur l’Occident est celle de la Renaissance, précise-t-elle. Mais même plus tard, au cours du XVIIe siècle, les scientifiques occidentaux accordaient toujours une grande importance à des références écrites en arabe et en perse. Ils ont cherché à se procurer ces documents, à les traduire et à les utiliser. Des milliers d’ouvrages ont ainsi été traduits, et la plupart d’entre eux se trouvent actuellement dans une bibliothèque d’Oxford. »

Selon l’astrophysicienne, il existe de nombreuses indications selon lesquelles de grands noms de la science moderne ont profité de ces écrits, comme Edmond Halley (1656-1742), qui a donné son nom à la fameuse comète. Celui-ci a lui-même traduit deux livres de l’arabe, et il a écrit un essai sur al-Battani (855-923, mathématicien et astronome arabe souvent considéré comme le « Ptolémée arabe » ). Il y avait aussi sir Robert Boyle (1627-1691, chimiste et physicien), qui a étudié de près la chimie et la physique arabes, notamment les traités de Jabir ben Hayyan.
Rim Turkmani précise que quand on parle de science arabe, on évoque une période très étendue dans le temps (en gros du VIIIe jusqu’aux XVe, XVIe siècles même) et une superficie géographique considérable, étant donné l’ampleur des conquêtes islamiques.
« Les scientifiques occidentaux du XVIIe siècle étaient surtout intéressés par les résultats des observations et des expériences sur le terrain menés par leurs prédécesseurs arabes, plutôt que par leurs théories, dit-elle. À titre d’exemple, en astronomie, la théorie des savants arabes était déjà dépassée à cette époque. De nouveaux modèles avaient été définis entre-temps. Mais leurs observations conservaient un intérêt primordial. En effet, pour appuyer leurs nouvelles théories, les scientifiques occidentaux avaient besoin des observations effectuées au cours de siècles, voire d’un millénaire. Il en est de même en médecine. Les Occidentaux ont appris le concept de vaccin contre la variole des Arabes et des Turcs, qui en avaient la maîtrise. Il y a des preuves de cela : à l’époque, l’Académie royale britannique avait demandé à l’ambassadeur de Libye de discourir sur la vaccination dans son pays, qui se pratiquait depuis huit ans déjà dans le monde islamique. L’information avait été relayée par des sujets britanniques vivant dans l’Empire ottoman. »

Une civilisation marquée par la diversité
L’intérêt de Rim Turkmani pour le sujet est mû par sa propre histoire. « J’ai commencé mes études en Syrie, raconte-t-elle. Quand je les ai poursuivies en Suède (master et doctorat) puis que j’ai entamé ma carrière en Grande-Bretagne (Saint Andrews University puis Imperial College), j’ai pris conscience de cette lacune dans l’histoire des sciences. Nulle part ne parlait-on d’une quelconque contribution arabe aux sciences. Au premier cours d’histoire de l’astronomie auquel j’ai assisté, j’ai été surprise de constater que l’on passait directement de Ptolémée à... l’invention du télescope ! Comme s’il ne s’était rien passé durant 1 400 ans. Était-ce possible ? »
Pourquoi, malgré leurs contributions, les scientifiques arabes auraient-ils été plus ou moins ignorés dans l’histoire de la science ? « À l’époque de la Renaissance et de la révolution scientifique, il n’y avait aucune marginalisation, affirme Rim Turkmani. Au contraire, les scientifiques occidentaux de l’époque reconnaissaient la contribution arabe et employaient des notions puisées dans leurs écrits, tout en les citant dans leurs propres traités. Leur respect pour leurs prédécesseurs arabes était très évident. Le problème est apparu plus tard. Aujourd’hui, quand des scientifiques comme Halley ou Doyle sont cités, personne ne précise plus ce qu’ils devaient aux Arabes. »
L’astrophysicienne affirme ne pas pouvoir se prononcer sur les raisons de cette marginalisation tardive des savants arabes. « Certains se disent convaincus que cette marginalisation n’est pas le fruit du hasard, qu’elle est voulue, dit-elle. Pour ma part, j’estime que quelles que soient les raisons, il est inutile de s’y attarder. Il vaut mieux corriger la conception de l’histoire, non seulement pour réhabiliter les Arabes et les musulmans, mais aussi pour s’assurer que l’histoire des sciences est perçue de manière correcte et complète. De plus, mettre en valeur les contributions des différentes cultures à la science a un impact positif autant sur le lecteur occidental qu’oriental. Le lecteur arabe se sent partenaire dans les progrès de la science moderne et le lecteur occidental, lui, prendra la mesure de la contribution des Orientaux à la civilisation moderne. »
Pour Rim Turkmani, une relecture de l’histoire s’impose. « Cette époque de civilisation islamique était caractérisée par une grande diversité, dit-elle. Nous pourrions en tirer des leçons aujourd’hui. Pour ne citer qu’un exemple, j’évoque souvent le cas de ben Butlan (1001-1066), un médecin irakien chrétien qui avait écrit un ouvrage fameux de vulgarisation médicale appelé Taqwim as-sihhah, pour promouvoir un mode de vie équilibré. Or il avait vécu, exercé son métier et évolué dans un monde islamique. Il est important de comprendre, dans notre monde actuel, combien la diversité était un facteur de réussite pour cette civilisation islamique. »
L’astrophysicienne affirme vouloir poursuivre son action dans la réhabilitation de cette longue tranche de l’histoire des sciences, même si son métier essentiel reste celui de chercheuse en astrophysique. « Je tente de transmettre le message là où je vais, dit-elle. J’ai organisé une exposition intitulée Racines arabes (Arabick Roots, suivant l’orthographe du XVIIe siècle) à la Royal Society de Londres. J’espère que nous pourrons la transposer ailleurs. J’ai été appuyée dans mes efforts par une ONG britannique, la Fondation des sciences, des technologies et des civilisations (FSTC), dédiée à la réhabilitation de la contribution arabe et musulmane aux sciences et à la civilisation modernes. Ses membres sont issus de cultures diverses, même s’ils exercent souvent en Europe ou en Amérique. »
Rim Turkmani mène actuellement des recherches sur les explosions solaires à l’Imperial College, à Londres.
http://www.lorientlejour.com/category/%C3%80+La+Une/article/716212/Pour_se_souvenir_des_siecles_de__contribution_arabe_aux_sciences.html

Last Updated on Thursday, 25 August 2011 09:01
 

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