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L'IISMM/EHESS et l'Association E-ARABESQUE vous invitent à une rencontre avec Farouk MARDAM BEY, Elias SANBAR Et Christophe KANTCHEFF à propos du thème de leur important ouvrage ÊTRE ARABE le 08 décembre 2005 à 18h00 à l'IISMM, salle "Maurice et Denys Lombard" - 96 boulevard Raspail - Paris 6e

Compte-rendu de la séance fait par Cécile Oumhani et publié sur le site BabelMed
(Poète, nouvelliste, romancière, Cécile Oumhani est Maître de conférence à l'université de Paris XII)

Ce qu’ «Etre Arabe» veut dire

La salle Maurice et Denys Lombard à l’IISMM/EHESS était pleine le 8 décembre à 18 heures 30, quand Farouk Mardam Bey et Elias Sanbar sont venus présenter leur livre Être arabe. Livre prophétique, prémonitoire comme le dira Rania Samara, professeur à l’Université de Damas et à Paris 3, présidente de l’association e-arabesque. En effet, l’ouvrage a été terminé juste quelques mois avant les violences urbaines de novembre et l’islamophobie qui s’est ensuite si vite et si fort répandue dans les discours de certains.

Il s’agit d’une série de conversations plutôt que d’entretiens, explique Elias Sanbar, des conversations côte à côte, puisque Farouk Mardam Bey et lui-même partagent les mêmes vues. Leur ouvrage n’a pas pour propos de donner une définition sociologique de l’être arabe, mais plutôt de refléter un vécu. Il n’existe pas pour Elias Sanbar de personnalité arabe qui traverserait les siècles ou les zones géographiques. Il faut chercher l’identité dans les mouvements, en ce qu’elle y garde de reconnaissable.

Les auteurs ont eu le souci de rejeter ce qui serait une restauration des paradis perdus, qu’il s’agisse de ceux qui regrettent un âge d’or ou des laïques qui continuent de rêver d’une Andalousie d’ouverture qui n’a jamais vraiment existé.

Ils remettent en question l’idée d’un état-nation qui serait la genèse de l’humanité. Cette conception a empêché la reconnaissance de multiples réalités qui n’étaient pas incluses dans son modèle.

Enfin ils font une distinction fondamentale entre l’arabité à laquelle ils sont attachés et l’arabisme pour lequel ils n’éprouvent aucune nostalgie. Celui-ci peut être daté dans ses phases comme dans ses crises, puisqu’il apparaît dans les années 50 pour disparaître à la fin des années 70.

Elias Sanbar souligne que leur but est aussi d’en finir avec un racisme qui ose désormais dire son nom, avec l’islamophobie de plus en plus marquée et ouvertement exprimée en France. Pourtant il ne qualifie pas leur livre de pamphlet et dit que, ne se sentant ni supérieurs ni inférieurs, ils demeurent viscéralement attachés à l’égalité et en même temps sereins.

Farouk Mardam Bey ouvre son intervention en rappelant que cet ouvrage a pour but d’aller à l’encontre d’idées reçues non seulement en Europe mais aussi dans le monde arabe. Il cite l’histoire de la décadence arabe aux 12 ème-13 ème siècles et montre que trop souvent on l’assimile à une décadence de l’Islam, alors que celui-ci vivait un âge d’or dans d’autres zones géographiques, comme l’empire ottoman, l’Indonésie ou l’Afrique Noire.

De la même façon, beaucoup d’Arabes pensent que l’empire ottoman a été une époque d’oppression, alors qu’au 18ème siècle, il a été porteur de réformes, de modernisation et même d’un début de sécularisation.

L’arabisme est souvent présenté comme venant du fond des âges, alors qu’il est né en Syrie puis s’est répandu en Égypte et dans le Maghreb entre les deux guerres. Il faut opposer aussi deux types d’arabisme, celui qui est doctrinaire et un autre, plus ouvert sur le monde et même favorable à une sécularisation, au pluralisme et à la démocratie.

Farouk Mardam Bey revient sur les événements marquants depuis 1945, pour débusquer encore des idées fausses, concernant la guerre de Palestine en 1948 ou le nassérisme. Il s’arrête sur l’éclatement de l’identité irakienne dès 1990 et souligne le rôle de la politique américaine dans la confessionnalisation de la vie politique en Irak.

Christophe Kantcheff, du journal POLITIS, insiste quant à lui sur la méconnaissance des Français à l’égard de la culture arabe. Ce livre s’adresse à tous, dans un contexte où la diffamation des musulmans est devenue un sport national. Il a été séduit par la notion d’identité polyphonique qui en émerge, à travers un argumentaire strictement rationnel face à des débats qui sont devenus passionnés.

Avant d’ouvrir le débat, Rania Samara fait l’éloge d’un ouvrage qui revisite le 20ème siècle depuis l’empire ottoman. Les notions y sont clairement expliquées et elle souhaite qu’il puisse toucher un très large public et puisse être traduit en arabe. De nombreuses questions sont alors posées aux auteurs, témoignant ainsi de l’impact de leurs idées dans le contexte actuel.

En ce temps où l’on dit que la polygamie serait en cause dans les violences urbaines, où on voudrait faire enseigner que la colonisation française aurait eu un impact positif, souhaitons que ce livre soit lu par le plus grand nombre. Souhaitons aussi qu’il amorce une large réflexion qui secoue de leur torpeur ceux qui ne sentent pas les relents du climat qui s’instaure ainsi complaisamment. Le dialogue des cultures, la fin de la méconnaissance de l’Autre passent par la lecture de tels livres et une réelle mise en acte des mots, au-delà de simples paroles qui confortent, alors qu’elles ont été prononcées du bout des lèvres.

Last Updated on Sunday, 22 August 2010 15:53
 

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